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Pavel Fischer

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Les priorités de la Présidence tchèque de l’Union européenne


27 janvier 2009

A l’occasion de l’ouverture de la présidence tchèque de l'UE, son Excellence M. Pavel Fischer, Ambassadeur de la République tchèque en France, a reçu les membres du Cercle des Européens, lors d’une rencontre exceptionnelle, le 27 janvier 2009. Celui-ci a exposé les priorités de la République tchèque, résumées sous la formule des "trois E" : Economie – Energie – Europe dans le monde. Suite à la crise financière, la présidence s’attachera à "continuer le travail de la présidence française", tout en veillant "à ne pas suréglementer", mais à réglementer mieux. Après le conflit gazier entre l’Ukraine et la Russie, la question de la sécurité énergétique de l’UE, était au cœur de la discussion. L’Ambassadeur a également précisé les contours du "partenariat oriental", porté par la République tchèque.


Pavel Fischer a été nommé Ambassadeur en France en 2003. Il était auparavant porte-parole adjoint puis responsable du département politique de l’Office du Président de la République tchèque, Vaclav Havel (entre 1997 et 2003). Il est diplômé de l’ENA (Promotion Cyrano de Bergerac, 1999) et a enseigné au Lycée bilingue franco-tchèque de Prague (1985-1991).

Antoine Bernheim, Noëlle Lenoir et Pavel Fischer © Cercle des Européens 2009
Pavel Fisher © Cercle des Européens 2009
Rencontre Pavel Fischer © Cercle des Européens 2009
Jérôme Bédier, Pavel Fisher © Cercle des Européens 2009
Antoine Bernheim et Noëlle Lenoir © Cercle des Européens 2009
Pavel Fisher, Joël Séché et Caude Bouge © Cercle des Européens 2009
Bertrand Moingeon, Pavel Fischer, Loïc Armand © Cercle des Européens 2009
Loïc Armand et Daniel Tardy © Cercle des Européens 2009

En introduction du débat, Noëlle Lenoir a souligné que pour la première fois les membres du Cercle des Européens étaient accueillis dans une Ambassade, qui plus est, dont le pays occupe actuellement la présidence semestrielle du Conseil de l’Union, ce qui conférait un double caractère exceptionnel à cette rencontre. La Présidente du Cercle a donc chaleureusement remercier son Excellence Pavel Fischer, Ambassadeur de la République tchèque en France depuis 2003.

France – République tchèque – Suède : 18 mois de présidence

"Présider l’Union après la France constitue un véritable défi", a déclaré l’Ambassadeur, avant de préciser que la République tchèque prépare ce grand rendez-vous depuis déjà deux ans, en concertation avec la France et la Suède afin que ce trio de présidences "ne forme pas trois tranches séparées de six mois" mais une "charpente de 18 mois". Tout au long de son intervention, l’Ambassadeur a insisté sur le souci de cohérence entre les priorités de ces trois pays et la volonté d’inscrire la présidence tchèque dans le prolongement du travail effectué par la France au second semestre 2008. "Ne vous étonnez pas si vous retrouvez dans nos priorités les mêmes thèmes que ceux de la présidence française" a-t-il ajouté.

Une présidence marquée par la célébration d’événements historiques L’Ambassadeur à tout d’abord souligné les enjeux de la présidence tchèque liés au contexte européen et international : crise financière et économique, questions institutionnelles liées à la ratification du traité de Lisbonne et élections européennes de juin 2009. Cette présidence sera ponctuée par de nombreux événements historiques, en premier lieu desquels les 5 ans du "plus grand élargissement que l’Union européenne ait connu", celui de 2004 aux pays d’Europe centrale et orientale (+ Chypre et Malte). Pavel Fischer a indiqué que cet anniversaire "ne passera pas inaperçu" et qu’il donnera notamment lieu à une conférence au mois de mars, autour du thème de l’apport de l’élargissement de 2004. Alors que se profile une échéance électorale majeure, l’année 2009 sera également marquée par le 30ème anniversaire de la première élection du Parlement européen au suffrage universel. Enfin, le prochain sommet de l’Otan, qui doit se tenir en avril 2009 à la frontière franco-allemande (Strasbourg et Kehl), marquera les 60 ans de la création de l’Alliance atlantique. Ce sommet revêtira une importance particulière du fait de la venue du nouveau Président américain, Barak Obama. C’est pourquoi la présidence souhaite organiser une réunion des 27 Etats de l’UE avec lui pour aborder en profondeur des sujets de coopération entre l’UE et les Etats-Unis.

La devise de la présidence : "Une Europe sans barrières"

Cette devise ne signifie pas, a d’emblée précisé l’Ambassadeur, "une Europe sans règles ou sans frontières". La République tchèque compte durant sa présidence promouvoir "une Europe sans barrières économiques, sociales et culturelles pour les citoyens et les entrepreneurs". L’approfondissement du marché unique sera donc au centre de cette action. L’Ambassadeur a sur ce point fait référence aux conclusions du rapport d’Alain Lamassoure sur : "Le citoyen et l’application du droit communautaire", pour insister sur des nombreuses entraves qui existent encore à la libre circulation des biens et des personnes au sein du marché unique. Cette devise comporte également un volet extérieur puisqu’il s’agit également de supprimer "des obstacles à la coopération entre l’Union européenne et ses voisins et partenaires stratégiques".

Priorités de la présidence : "les trois E" : Economie – Energie – Europe dans le monde

Economie

"Nous n’avons pas choisi la crise économique, mais nous ne voulons pas la subir", a affirmé avec détermination, Pavel Fischer. Il faudra dans un premier temps "continuer le travail de la présidence française et faire face à la crise", tout en veillant "à ne pas suréglementer", mais à réglementer mieux. L’Ambassadeur a rappelé l’importance de l’accès au crédit et de la stabilité des banques. Bien que non membre du G20, la République tchèque sera présente au prochain sommet, prévu à Londres le 2 avril 2009, en tant qu’observateur et se tient prête à participer aux préparatifs de cette rencontre internationale. Dans cette perspective, l’objectif est déjà de chercher un consensus entre Européens. Pavel Fischer a en effet noté qu’il existait entre Paris, Londres et Berlin, trois "sensibilités si différentes" dans la façon de gérer la crise, que la République tchèque n’avait "pas l’intention d’en ajouter une, mais plutôt de veiller à ce qu’un consensus puisse être trouvé".

Alors que la crise a renforcé les appels en faveur d’un superviseur européen centralisé pour des institutions financières, Pavel Fischer s’est interrogé sur la pertinence de cette initiative. Le système comporte aujourd’hui 68 régulateurs au sein de l’UE, a-t-il précisé, en suggérant qu’il serait peut être préférable de dresser un bilan de leur action, d’améliorer le travail des régulateurs nationaux en leur proposant une plus étroite coopération européenne et un cadre commun, et ceci avant de penser à des fusions au niveau européen.

L’ambition de la République tchèque durant ces six mois est également de "renforcer la compétitivité de l’économie européenne et préserver le tissu de PME qui fait la richesse et la force de l’espace européen". A ceux qui pensent que les Tchèques sont d’inconditionnels ultralibéraux, l’Ambassadeur a répondu que l’opinion publique tchèque reste attaché à une idée d’Etat providence et souhaitait la préservation du tissu social. "La crise doit être enfin considérée comme une opportunité pour investir davantage dans des domaines de la recherche et du développement, de l’innovation et de l’éducation", a poursuivi Pavel Fischer.

Energie

L’Ambassadeur à tout d’abord précisé que le programme de travail de la République tchèque dans ce domaine résonnait avec les recommandations du rapport de Claude Mandil (ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie), remis le 21 avril 2008 dans le cadre de la préparation de la présidence française et intitulé "Sécurité énergétique et Union européenne" . Les priorités de la République tchèque dans ce domaine reposent sur un double constat : "l’importance de la solidité du tissu énergétique en Europe et la faiblesse des interconnexions". L’Ambassadeur a insisté sur le sous-investissement dans les réseaux pétroliers, électriques et gaziers en Europe. Pour mettre en place un véritable marché unique du gaz et de l’électricité, il a rappelé que les Etats membres ne peuvent plus jouer la carte de la concurrence mais plutôt améliorer la coordination. Interrogé sur le financement des réseaux énergétiques, Pavel Fischer a pointé le fait que quelques interconnexions stratégiques suffiraient à garantir l’approvisionnement de la plupart des Etats de l’Union. "Les blocages ne proviennent pas d’un manque de financement, mais d’un manque de volonté politique", a-t-il ajouté.

S’agissant de la production électrique, il a indiqué que l’Europe ne pouvait pas à l’heure actuelle se passer du nucléaire. 2ème pays exportateur d’électricité dans l’UE – loin derrière la France – la République tchèque organisera, en mars à Prague, un sommet consacré à la place du nucléaire en Europe.

"La crise du gaz - qui a opposé l’Ukraine et la Russie et a eu pour conséquence la rupture d’approvisionnement en gaz d’une partie de l’Union – a démontré que unis, les Européens pouvaient peser dans des négociations internationales". Il a en effet dénoncé la stratégie qui, dans le passé, a réussi à diviser les Etats membres en leur proposant des accords bilatéraux pour des contrats d’approvisionnement en gaz de longue durée. "Or c’est sur ce terrain que l’Union européenne doit affirmer son unité car c’est sa marge de manœuvre qui est en jeu".

Après l’accord entre chefs d’Etat et de gouvernement puis l’adoption par le Conseil et le Parlement, en décembre 2008, du paquet énergie-climat, la République tchèque poursuivra les engagements notamment en matière d’efficacité énergétique et de recherche dans les nouvelles technologies vertes.

Europe dans le monde

Le Partenariat oriental, lancé à l’initiative de la Suède et de la Pologne, mais dont la République tchèque revendique en parti la paternité, sera en tête des priorités de la présidence en matière de politique de voisinage (Le 12 décembre 2008, la Commission européenne a formulé un ensemble de propositions pour la mise en place d’un "partenariat oriental" avec six pays voisins de l’UE et anciennes Républiques soviétiques : Ukraine, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Moldavie et Biélorussie). Ce nouveau partenariat se base sur "la conviction que les pays qui n’ayant pas vocation à entrer dans l’UE ont besoin d’un cadre juridique et institutionnel clair pour pouvoir coopérer avec l’UE". Précisant les contours de ce partenariat, l’Ambassadeur a ajouté qu’il s’agissait d’un processus sous condition, "aussi individualisé que possible" avec les Etats concernés, permettant de développer des coopérations notamment économiques, mais dans une logique différente de celle de l’adhésion. "Il s’agit d’un cadre qui ne deviendra pas une sorte de salle d’attente avant l’adhésion, mais plutôt un cadre qui cherche à répondre aux attentes des pays voisins de l’Union", a affirmé Pavel Fischer.

S’agissant de l’élargissement aux Balkans occidentaux, l’Ambassadeur a indiqué le soucis de la République tchèque de ne pas, à ce stade des négociations, fixer de date pour l’adhésion de ces pays mais de maintenir un "horizon européen clair, dont l’expérience a démontré qu’il constituait un important moteur pour les réformes". La Croatie, qui est actuellement le pays le plus proche de l’adhésion, "servira d’exemple vertueux à ce rapprochement entre les Balkans et l’UE, afin que d’autres pays, une fois les conditions réunies, puissent à leur tour présenter leur candidature". Répondant à une question à propos de la Turquie, l’Ambassadeur a indiqué qu’il était difficile de prévoir ouverture de nouveaux chapitres de négociation durant la présidence tchèque mais que celle-ci se concentrerait plutôt la poursuite de négociations en cours.

Avec l’élection de Barak Obama à la présidence des Etats-Unis et la mise en place d’une nouvelle administration, le renouvellement des relations transatlantiques, qui suscitent beaucoup d’attente en Europe, sera au cœur de la présidence tchèque. Répondant à une question sur l’installation des radars anti-missiles sur le sol tchèque, l’Ambassadeur a expliqué la nécessité de permettre aux Etats-Unis de continuer à disposer de capacités stratégiques en Europe, afin "de ne pas laisser les deux rives de l’Atlantique évoluer, et ceci dans une question aussi stratégique, sans une cohérence certaine entre les Etats-Unis et les pays de l’Europe". D’ailleurs, a-t-il poursuivi, "la sécurité de la République tchèque ne peut pas reposer sur le seul pilier atlantique, notre volonté reste à construire deux piliers solides, l’atlantique et l’européen". La République tchèque, selon lui, ne veut pas devenir consommateur de sécurité, elle souhaite y contribuer activement. Et si un pays allié est venu pour demander de l’aide, nous l’avions pris au sérieux. En plus, le projet du bouclier antimissile s’inscrit dans un projet plus large, commun à l’Alliance atlantique Nord.

Ainsi, la question des radars anti-missiles, dont l’Ambassadeur a rappelé qu’ils étaient déjà présents dans d’autres pays membres de l’OTAN et de l’UE, mérite d’être abordée dans le cadre plus large de la sécurité en Europe. Il a également témoigné de la volonté de son gouvernement de poursuivre le dialogue avec la Russie, même s’il faut savoir quitter la logique de "zones d’influence historiques". Il a conclu que de toutes façons, aujourd’hui, il revient au Président Barack Obama de confirmer le choix quant à l’avenir du projet.

"Notre ambition est de nouer des relations partout où des coopérations fortes sont nécessaires" a affirmé Pavel Fischer. S’agissant de la situation au Proche Orient, suite au conflit à Gaza, celui-ci a indiqué que l’impératif était de "faire respecter la paix" et de contribuer à un règlement du conflit israélo-palestinien. Les relations privilégiées qu’entretient la Suède avec l’Autorité palestinienne et la République tchèque avec Israël, ouvre selon l’Ambassadeur "une fenêtre d’opportunité" pour la diplomatie européenne. Il serait dommage de rater cette occasion qui permet aux Etats de l’Union européenne de peser sur l’avenir de la paix en Proche Orient.

Les relations avec la Russie

Après la guerre en Géorgie d’août 2008, la difficile réouverture des négociations sur le renouvèlement de l’accord de partenariat et de coopération entre l’Union européenne et la Russie, puis le nouvel épisode de la guerre du gaz en janvier 2009, l’Ambassadeur a été interrogé sur les intentions de la Russie vis-à-vis de l’Europe. Citant la principale figure de la "Révolution de velours" et premier Président de la République tchèque, Vaclav Havel, l’Ambassadeur a répondu que, en s’affirmant sur la scène internationale, la Russie cherchait aussi en partie à identifier sa propre identité, dans le monde d’aujourd’hui. La Russie est un pays au fort potentiel économique et politique, même si elle doit faire face à un déclin démographique et d’importants besoins en matière d’investissements, par exemple dans des infrastructures, ou bien dans le secteur du gaz et du pétrole, qui sont pourtant au cœur du développement économique russe.

Sur le plan des relations entre l’Union européenne et la Russie, Pavel Fischer a rappelé que dans des enceintes comme l’OSCE ou le Conseil de l’Europe, la Russie a déjà à maintes reprises fait preuve de sa volonté de contribuer efficacement aux bonnes relations et qu’il n’était peut-être pas nécessaire de fonder des enceintes nouvelles et d’imaginer de nouvelles structures de coopération. Néanmoins, l’expérience de rupture d’approvisionnement du gaz qui a privé de chauffage et d’énergie l’Union européenne, reste vive. "Autrefois", a-t-il remarqué, "le client était roi. Il ne faut pas laisser inverser des rôles, sinon le fournisseur souhaiterait être le roi à la place du client".

La ratification du Traité de Lisbonne

Faisant référence au climat en France après le rejet du Traité constitutionnel de 2005 pour évoquer la situation irlandaise, Pavel Fischer a rappelé combien il était délicat de faire revoter un peuple qui avait déjà dit "non". Prenant ce facteur en compte, la présidence tchèque souhaite "donner le temps au temps" et apporter les garanties suffisantes pour rassurer les Irlandais. "Il ne faut en aucun cas précipiter les étapes" à ajouté l’Ambassadeur car cela pourrait se révéler "dangereux" en vue des élections européennes de juin 2009 et cela pouvait davantage arranger ceux qui cherchent à se faire remarquer dans la campagne électorale.

S’agissant de la République tchèque qui n’a pas encore conclu la ratification du traité de Lisbonne, l’Ambassadeur a tenu à rappeler qu’en novembre 2008, la Cour constitutionnelle tchèque avait voté à l’unanimité la conformité du traité avec la Constitution, ouvrant ainsi la voix à la ratification parlementaire. Le processus de la ratification est reparti. "Arithmétiquement parlant", le nombre de voix est réuni, a indiqué Pavel Fischer, tout en précisant que des obstacles de procédures et autres obstructions, qui ont déjà retardé le vote, n’étaient pas à exclure. Néanmoins, le gouvernement s’est engagé, et ceci à plusieurs reprises de réussir la ratification en bonne et due forme et cet engagement reste entier.

L’Ambassadeur a enfin mentionné le cas de l’Allemagne avec le nouveau recours déposé le 26 janvier devant la Cour constitutionnelle fédérale d’Allemagne concernant la conformité du traité de Lisbonne avec la Loi fondamentale du pays, pour souligner combien le chemin vers la ratification du traité de Lisbonne restait difficile.

Pour conclure le débat, l’Ambassadeur a dit combien il était honoré d’avoir reçu les membres du Cercle des Européens. Il a tenu à les remercier pour leur curiosité et leur intérêt. "Représenter un pays de 10 millions d’habitants est un exercice diplomatique exigeant, a-t-il confié, surtout après une si grande présidence !".

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