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Leszek Balcerowicz

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Leçons de la transition post-socialiste à l’aune de la sortie de crise


11 mars 2010

Ancien Ministre des Finances et Président de la Banque centrale de Pologne, Leszek Balcerowicz était l’invité des rencontres du Cercle des Européens, le 11 mars 2010. En plein débat sur les déficits au sein de la zone euro et sur les conditions de la reprise économique, il a appelé à la mise en œuvre de "politiques crédibles de consolidation des finances publiques", pointant du doigt l’échec des politiques macro-économiques comme la véritable cause de la crise. Dressant le bilan de la transition économique des anciens pays du bloc communiste, il s’est livré à un plaidoyer en faveur du capitalisme et des réformes. Membre du comité de Larosière, il a souligné les grands enjeux de la régulation financière.


Vice-premier ministre et ministre des Finances du premier gouvernement non communiste formé par Tadeusz Mazowiecki (cadre de Solidarnosc) en septembre 1989, Leszek Balcerowicz est l’un des artisans du renouveau économique de la Pologne et l’architecte de la profonde mutation de son pays au sortir de 40 années de régime communiste. Sa thérapie de choc, encore appelée "Plan Balcerowicza", a su conduire avec succès la Pologne vers une économie de marché ouverte et dynamique. Après avoir quitté ses fonctions en 1991, il devient président du parti libéral de centre droit, Union pour la liberté (UW). Il est rappelé au ministère des Finances en 1997, cumulant à nouveau le titre de Vice-premier ministre. En 2001, il est nommé Président de la Banque centrale de Pologne. Docteur en économie de l’Ecole de commerce de Varsovie (Warsaw School of Economics) où il enseigne depuis 1993, Leszek Balcerowicz préside depuis 2008 le think tank Bruegel.

Leszek Balcerowicz et Noëlle Lenoir © Cercle des Européens 2010
Rencontre Leszek Balcerowicz © Cercle des Européens 2010
Leszek Balcerowicz © Cercle des Européens 2010
Rencontre Leszek Balcerowicz © Cercle des Européens 2010

Du socialisme sous le régime soviétique …

Leszek Balcerowicz a débuté sa présentation en rappelant "l’essence du socialisme" sous le régime soviétique. Il a rappelé la mise sous contrôle de l’Etat de l’ensemble des secteurs de la vie publique et privée : censure des médias, propagande, police politique, répression de l’opposition politique appelée "dissidence", économie dirigée, monopoles d’Etat, négation des libertés publiques et de la liberté d’entreprendre…(cf diapo 4-5).

L’ancien Ministre a ensuite évoqué le "coût du socialisme", un coût non seulement humain, si l’on se réfère à la période stalinienne ou de façon plus contemporaine au régime castriste – face auquel "l’UE est bien trop effacée" – mais aussi et surtout économique. Cette dimension est d’ailleurs trop souvent négligée. Les pays tombés sous le joug communiste se sont fait dramatiquement distancés par les pays d’Europe occidentale à partir de la seconde moitié du XXème siècle. Ainsi, alors que le PIB par habitant de la Pologne équivalait en 1950 à celui de l’Espagne, il était devenu près de deux fois et demi inférieur en 1990 (cf diapo 6).

"Je ne connais pas un seul exemple de bon socialisme", a affirmé Leszek Balcerowicz avant d’ajouter : "il peut y avoir des plus ou moins bons capitalismes, en fonction de la politique économique qui est menée, mais le socialisme est toujours mauvais".

… au capitalisme comme condition à la démocratie

Leszek Balcerowicz a dressé un bilan des différentes trajectoires politiques suivies par les anciens pays du bloc communiste. Si le projet initial était commun : démocratisation, instauration d’un Etat de droit et transition vers l’économie de marché, la réalité a démontré "d’énormes différences".

Tandis que les pays d’Europe centrale et orientale mettaient en place des régimes démocratiques, d’autres réintroduisaient la dictature, comme le Turkménistan ou le Kazakhstan (cf diapo 10). "En Asie centrale, dictature et socialisme forment un couple naturel". Pour l’ancien Ministre il y a en effet une corrélation évidente entre régime politique et modèle économique : tous les pays qui ont introduit la démocratie ont également opté pour le capitalisme ; "car sans le capitalisme, la démocratie ne peut pas survivre".

La première étape de la transition post-soviétique des pays d’Europe centrale et orientale a été celle de l’instauration du capitalisme, avec le lancement du processus de privatisation. Puis, la démocratie s’est installée "graduellement", compte tenu des lourds legs du communisme. L’étude du système politique actuel révèle "le caractère impressionnants des transformations opérées" (cf diapos de 11 à 15). Du point du vue du fonctionnement de l’Etat de droit, et si l’on se réfère aux critères d’indépendance, d’efficacité et d’impartialité des tribunaux, "les PECO ne sont certes pas au niveau des plus hauts standards en Europe, mais certainement à un niveau similaire à celui de la Grèce, de l’Espagne, de l’Italie ou du Portugal" (cf diapo 17).

Un rattrapage économique aux résultats contrastés

Si les pays de l’ancien bloc communiste n’ont pas tous suivi la même trajectoire politique, les différences en termes de performances économiques sont tout aussi frappantes. L’ancien ministre des Finances polonais a ainsi souligné que son pays était celui qui avait connu la plus forte croissance depuis 1989, suivi de l’Albanie, la Slovaquie, la Slovénie et l’Estonie (cf diapo 19). Comparativement, l’Ukraine affiche les plus mauvais résultats avec une croissance en 2008 en deçà de celle de la moyenne de l’ensemble des pays en 1989, tandis que la Russie dépasse cette moyenne de seulement 7 points. La Pologne présente également la plus forte croissance du PIB par habitant (177% par rapport à la moyenne de 1989 – cf diapo 20).

Une autre statistique est "intéressante pour l’opinion publique" : si en 1989, le PIB de la Pologne représentait 35% de celui de l’Allemagne, il est de 50% en 2007. Celui de l’ensemble des pays ayant adhérés à l’UE en 2004 est inférieur à 45% (cf diapo 21). "Avec mes compatriotes, nous nous sommes mobilisés pendant 20 ans pour rattraper l’Allemagne. Ce sera peut être le cas dans 20 ans !", a déclaré M. Balcerowicz.

Un plaidoyer en faveur des réformes

Selon Leszek Balcerowicz la principale explication à ces résultats très contrastés tient d’une part à "l’étendue des réformes menées pour aboutir à une économie de marché, compétitive, flexible et stable", d’autre part aux politiques macro-économiques. "Plus nombreuses sont les réformes, meilleurs sont les résultats", ce qui n’est pas uniquement valable pour les PECO mais constitue "une leçon universelle". L’impact des réformes peut également se mesurer à partir de résultats "non économiques", liés à la santé – par exemple à travers l’espérance de vie (cf diapo 23) ou à l’accès à une alimentation plus saine et moins chère - ainsi qu’à l’environnement – par exemple à travers les émissions de CO2 (cf diapo 25).

L’autre facteur d’explication relève de la "prudence des politiques macro-économiques", en particulier fiscales. L’ancien ministre des Finances à souligné que les pays d’Europe centrale et orientale dont les gouvernements avaient laissé filer les déficits, "en payent aujourd’hui très cher le prix". Il a cité le cas du gouvernement de la Hongrie qui, bien qu’ayant été "exemplaire du point de vue des réformes", a mené une politique fiscale dramatique assortie de "colossales dépenses publiques" qui ont fortement creusé les déficits. La situation est "très instable" (cf diapo 32 - 33). Si fin 2008 la Hongrie a du se résigner à faire appel à l’aide du FMI, ce n’est pas selon Leszek Balcerowicz en raison de la crise en elle-même ou de "facteurs extérieurs", mais bien du fait de mauvais choix politiques.

Les enjeux de la régulation financière

Ancien Président de la Banque centrale de Pologne, Leszek Balcerowicz a affirmé que l’un des aspects les plus importants de la régulation concernait la politique monétaire. Ceci est d’autant plus vrai pour de grandes banques centrales telles que le Fed ou la BCE, qui ont un rôle essentiel à jouer pour prévenir la formation de bulles économiques. Dénonçant "la doctrine Greenspan" (du nom de l’ancien Président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006), accusée d’avoir alimentée la bulle du crédit immobilier, il a appelé à "changer de doctrine monétaire". "Les banquiers centraux commettent rarement de grosses erreurs, mais ils suivent de plus ou moins bonnes doctrines".

Concernant la régulation macro-prudentielle, "particulièrement importante au sein de la zone euro", Leszek Balcerowicz a indiqué que la solution technique n’avait pas encore été trouvée. Mettant en avant les spécificités propres à chacune des économies européennes, il a plaidé pour un système reposant sur des autorités nationales de régulation et non pas sur une autorité européenne centralisée. "Il ne peut exister une seule politique macro prudentielle pour tous les pays de la zone euro".

Membre du groupe d’experts réunis autour de l’ancien Directeur du FMI, Jacques de Larosière, pour repenser la supervision européenne, Leszek Balcerowicz a insisté sur "la prévention" et la nécessité de se doter des moyens nécessaires pour éviter une nouvelle crise. Le rapport de Larosière à de ce point de vue recommandé la création d’un Comité européen du risque systémique afin de détecter et prévenir les risques pouvant peser sur la stabilité financière dans l’UE.

L’adhésion de la Pologne à l’eurozone en pleine crise de l’euro

L’ancien Ministre a reconnu que la crise actuelle pouvait donner "des raisons d’être sceptique" quant à l’idée de rejoindre la zone euro. Analysant cette situation, il a incité la Grèce et plus généralement les Etats membres à faire preuve de responsabilité en indiquant que "la rigueur fiscale était essentielle pour préserver la cohésion de l’eurozone". S’agissant plus précisément de la Pologne, la question de "l’adhésion à l’euro et de ses bienfaits ne constitue pas un sujet de controverse économique". L’unique obstacle réside dans le fait que la Pologne "ne remplit pas actuellement les critères pour y entrer". Leszek Balcerowicz a notamment pointé un déficit polonais "encore trop élevé" (6% en 2008). "Il est dans l’intérêt de la Pologne d’introduire des réformes pour assainir de façon durable les finances publiques, mais non pas dans le seul but de rejoindre la zone euro, comme ont pu le faire la Grèce ou le Portugal".

Sortie de crise et opinion publique

La sortie de crise doit avant tout passer par des politiques crédibles de consolidation des finances publiques, et cela nécessitera "un important travail sur les opinions publiques". L’intervenant a dans ce sens souligné le rôle des dirigeants politiques et des autres leaders d’opinion : "si vous indiquez les mauvaise causes, l’opinion appuiera les mauvaises solutions". Or, "les véritables causes de la crise financière ne proviennent pas de la faillite du marché ou des méchants spéculateurs mais bien de l’échec des politiques conduites depuis un certains nombre d’années", a affirmé Leszek Balcerowicz en pointant du doigt l’irresponsabilité des politiques fiscales et l’insuffisance de réformes. "Le cas grec a démontré que de telles situations n’étaient pas durables", a-t-il ajouté. Il convient dès lors de lutter contre "une tendance des opinons publiques", alimentée par des "discours populistes", suivant lesquels "la solution passe par plus d’Etat". Défendant une intervention limitée de l’Etat, l’ancien ministre des Finances a réaffirmé avec conviction que l’unique solution passe par "la concurrence, l’économie de marché, un Etat de droit et des politiques macro-économiques prudentes".

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