Twitter du Cercle

Hans-Gert Pöttering

Version pour imprimerPDF version

Le Parlement européen et les enjeux des élections de juin 2009


28 février 2009

Président du Parlement européen et député depuis 1979, Hans Gert Pöttering était l’invité des Rencontres du Cercle des Européens - L’Express, le 28 février 2009. Fort d’une expérience de trente années au sein du Parlement européen, il a mis en avant la montée en puissance de cette institution et insisté sur l’importance du Traité de Lisbonne pour la démocratisation de l’UE. A la veille des élections européennes de juin 2009 et au moment d’entamer sa 6ème campagne, il a sollicité le soutien des responsables politiques nationaux, locaux et des médias. S’agissant de la crise, il a insisté le besoin de cohésion : "si nous pensons que la réponse se trouve dans des solutions nationales, nous sommes perdus".


Hans-Gert Pöttering est membre du Parlement depuis la première élection au suffrage universel en 1979. Il préside l’assemblée depuis 2007 (jusqu’en juin 2009) et a été Président du principal groupe politique, le PPE-DE de 1999 à 2007. Au niveau national, il est membre du comité directeur et du bureau fédéral de la CDU depuis 1999 et préside l'Europa-Union d'Allemagne (depuis 1997). Docteur en droit, Hans-Gert Pöttering est professeur honoraire.

Christophe Barbier, Hans Gert Pöttering et Noëlle Lenoir © Cercle des Européens
Hans Gert Pöttering © Cercle des Européens 2009
Christophe Barbier, Hans Gert Pöttering et Noëlle Lenoir © Cercle des Européens
Rencontre Hans Gert Pöttering © Cercle des Européens 2009
Hans Gert Pöttering et Noëlle Lenoir © Cercle des Européens 2009
Christophe Barbier et Hans Gert Pöttering © Cercle des Européens 2009

En introduction des débats, Noëlle Lenoir, a tenu a saluer "l’expérience sans pareil" de Hans-Gert Pöttering, député européen depuis la première élection du Parlement au suffrage universel direct, en 1979. Elle a souligné son rôle en tant que Président du Parlement européen (PE) qu’il a voulu voir incarner une "Europe ouverte sur le monde". C’est ainsi que le Président Pottering a reçu aux PE les représentants issus de toutes les cultures et de toutes les religions du monde.

Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l’Express, qui animait cette rencontre à quant à lui planter le décor à la veille d’élections européennes cruciales pour le continent comme pour la vie politique nationale. L’enjeu est de mobiliser les électeurs en leur apportant des raisons positives de se rendre aux urnes : "l’Europe est en proie au doute et à l’angoisse avec en toile de fond le spectre de l’éclatement économique ou du souverainisme politique". Dans ce contexte et compte de tenu du rôle de l’assemblée européenne, "l’instance qui va déterminer les règles selon lesquelles nous allons vivre ensemble durant les 15 ou 20 prochaines années, le Parlement européen porte tous nos espoirs", a déclaré Christophe Barbier.

En visite à Paris pour assister à la Conférence des présidents des parlements de l’UE, qui se tenait à l’Assemblée nationale, les 27 et 28 février, le Président du Parlement européen a tout d’abord souligné devant les membres du Cercle que "quelque chose avait changé en France", un changement matérialisé par un nouvel engagement en Europe et une considération plus marquée à l’égard du Parlement européen.

1979 – 2009 : Le rôle du Parlement européen aujourd’hui

Fort de ses trente ans d’expérience et de ses cinq campagnes européennes, Hans-Gert Pöttering a mis l’accent sur la campagne pour les élections européennes de juin 2009 qui doit permettre aux citoyens de prendre conscience du rôle central qu’est celui du Parlement européen aujourd’hui et plus largement de l’importance cruciale de l’Union européenne. Pour comprendre cette importance, il faut selon lui revenir "aux racines de l’Europe", qui "n’est pas une simple organisation géographique mais une communauté de valeurs, basée sur la dignité humaine, les droits de l’homme, la démocratie, le droit, la liberté, la paix et fonctionne selon les principes de la solidarité et de la subsidiarité".

Il a rappelé le chemin parcouru par le Parlement européen depuis 30 ans. Lors de sa première élection au suffrage universel en 1979, "ses pouvoirs législatifs étaient nuls" et le public s’interrogeait sur les raisons d’élire les députés européens, du fait de leur très faible influence sur les décisions prises, contrairement aux parlements nationaux. "Aujourd’hui, a poursuivi le Président, le Parlement est puissant, la codécision – qui lui permet de voter les lois sur un pied d’égalité avec le Conseil – représente 75% de la législation communautaire, une proportion qui atteindra près de 100% avec le Traité de Lisbonne et déjà, les questions les plus importantes pour les citoyens sont débattues au sein de notre hémicycle".

La directive Services (dite "Bolkestein"), symbolise selon Hans-Gert Pöttering, cette affirmation du Parlement dans le processus décisionnel européen et son influence sur la vie quotidienne des citoyens. Dans sa version initiale, le projet de directive de libéralisation des services au sein du marché intérieur avait soulevé diverses contestations dans les Etats membres, en particulier dans les milieux syndicaux. En avril 2006, le Parlement européen a amendé de façon substantielle cette directive (notamment par la suppression du point le plus contesté, celui du principe du pays d’origine), se posant ainsi comme un acteur de poids face à la Commission et au Conseil, ainsi que comme le défenseur des droits sociaux européens.

Le Président du Parlement européen a appelé les médias, les responsables politiques locaux, régionaux, nationaux et européens a travailler ensemble pour mieux faire connaître aux citoyens le rôle du Parlement européen. "Nous ne pouvons y parvenir seuls", a-t-il déclaré.

La ratification du traité de Lisbonne

Dans le prolongement de son propos sur la montée en puissance du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering a affirmé : "la grande tâche qui nous reviens aujourd’hui est la ratification du traité de Lisbonne". Synonyme de davantage de pouvoirs pour le Parlement européen, avec l’extension de la procédure de codécision qui deviendra la règle ordinaire, ce traité est "nécessaire pour la démocratie, pour une Europe plus forte et pour mieux agir ensemble avec davantage de transparence".

Se réjouissant de la ratification du traité par la Chambre des députés tchèque, le 18 février dernier et ayant lui même félicité le Président de la République tchèque, Vaclav Klaus, lors sa venue devant les membres du Parlement européen, au lendemain de ce vote, il a souligné que ses félicitations s’adressaient à celui qui avait multiplié les propos antieuropéens depuis ces derniers mois, mais doit encore apposer sa signature sur l’acte de ratification du traité.

Hans-Gert Pöttering a ensuite évoqué la situation en Pologne, où malgré le vote des deux assemblées, la ratification est en stand by du fait du refus du Président Lech Kacszyński de signer le traité. Situation paradoxale dès lors que le Président polonais a obtenu satisfaction sur toutes ses demandes lors de la négociation du traité, avec notamment l’inclusion du principe de "solidarité énergétique". "La solidarité, qui est à la base de l’UE, n’est pas un principe à sens unique", a affirmé Hans-Gert Pöttering. Il a enfin parlé de la situation en Allemagne où le processus de ratification au résultat de la saisine de la Cour constitutionnelle. Il a précisé que le Président Horst Köhler soutenait le traité et que la Cour se prononcerait bientôt sur sa conformité avec la Loi fondamentale allemande (les recours déposés devant la Cour de Karlsruhe portent notamment sur le fait que le traité limiterait les compétences du parlement allemand). La Cour pourrait à cette occasion préciser certaines conditions concernant la façon dont les questions européennes sont à traiter par le gouvernement et le parlement allemands.

L’avenir du traité de Lisbonne est enfin entre les mains des Irlandais qui devront se prononcer une seconde fois sur le texte, manifestement en octobre 2009. Hans-Gert Pöttering a indiqué que le choix avait été finalement fait d’accorder aux Irlandais le droit de conserver leur commissaire, une demande qu’avait formulé les Irlandais.

L’élargissement, le Traité de Lisbonne et la question de la Turquie Le Président du Parlement européen a confirmé qu’il n’y aurait "pas de nouvel élargissement de l’Union tant que le traité de Lisbonne ne sera pas entré en vigueur". (Rappelons à ce propos que la République tchèque qu’en dépit des réticences de son Président de la République, la République tchèque est un des Etats membres les plus favorables à une intégration rapide des pays des Balkans, notamment de la Croatie dont les négociations d’adhésion pourraient être achevées fin 2009) S’agissant de la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, Hans-Gert Pöttering, mettant à part sa position personnelle, a rappelé que la majorité des membres du Parlement européen est favorable à l’adhésion de la Turquie, "à condition que celle-ci respecte l’ensemble de nos valeurs et de nos règles". En tout état de cause, les négociations en cours continuent, et à leur issue. "Il reviendra aux Parlements nationaux de l’ensemble des États membres ainsi qu’au Parlement européen de se prononcer en faveur de cette adhésion ou de choisir

Le dialogue des cultures : "crucial pour le futur de l’Union européenne"

Hans-Gert Pöttering a longuement exposé sa conception du dialogue des cultures, qui restera certainement comme sa véritable empreinte en tant que Président du Parlement européen. "J’ai la profonde conviction, a-t-il déclaré, que si nous ne menons pas à bien ce dialogue, en particulier au Proche-Orient, nous pourrions avoir des temps difficiles". De retour d’une visite officielle dans la région où après s’être rendu à Gaza, il a rencontré Benjamin Netanyahu désigné par Shimon Peres pour former un nouveau gouvernement suite aux élections législatives du 10 février, ainsi que le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Salam Fayat - quelques jours après avoir reçu le Président Mahmoud Abbas au Parlement européen, le 4 février "en tant qu’Européens, a-t-il déclaré - nous devons tout mettre en œuvre pour que le processus de paix se poursuive et pour parvenir à la solution de deux Etats". En sa double qualité de Président du Parlement européen et de Président de l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne, il a poursuivi son propos en mettant en garde contre un échec de la paix au Proche-Orient, qui engendrerait "d’importantes complications de nos relations avec le monde arabe".

La crise financière

"Il faut être clair sur les principes, en tant qu’Européens, nous ne sommes pas en faveur du capitalisme, mais de l’économie sociale de marché et nous devons défendre ce principe inscrit dans le traité" (le Traité de Lisbonne mentionne, à l’article 1er, point 4, l’économie sociale de marché comme faisant partie des objectifs de l’Union). Voilà les premiers mots du Président du Parlement européen à propos de la crise, citée comme l’un des principaux thèmes de la campagne pour les européennes de juin. "Nous croyons bien entendu dans le marché, a-t-il ajouté, non comme un but en soi, mais comme le moyen pour répondre aux attentes des peuples".

Hans Gert Pöttering a appelé les dirigeants européens à "ne pas céder aux tentations protectionnistes", ce qui conduirait à "compromettre ce que nous avons accompli durant toutes ces années, à savoir le marché unique, qui est aussi la base de notre compétitivité". Il faut selon lui redoubler d’efforts pour prendre des décisions communes, "car si nous pensons que la réponse se trouve dans des solutions nationales, nous sommes perdus".

Notre but à l’heure actuelle est, a-t-il indiqué, "de défendre coût que coût notre monnaie unique et sa stabilité", soulignant que sans l’euro, l’Union européenne aurait subi de façon beaucoup plus brutale les effets de la crise et rendant au passage un hommage appuyé à l’action du Président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet. La réponse à la crise ne doit pas uniquement se situer au niveau des institutions internationales, comme le FMI, a souligné le Président, mais l’Union européenne doit instaurer en son sein de nouvelles règles pour un meilleur contrôle du système financier et davantage de transparence. Il a salué à ce propos le travail de Jean-Paul Gauzès, présent dans la salle, député européen et membre de la Commission des affaires économiques et monétaires du PE et auteur de nombreux rapports relatifs à la régulation, en particulier celui sur le contrôle des agences de notation.

Sur ce point précis, Hans-Gert Pöttering prône un rôle accru de la BCE - "institution de confiance" - dans la régulation bancaire. Le groupe d’expert présidé par Jacques de Larosière qui a rendu son rapport le 25 février s’est d’ailleurs prononcé en faveur de la création d’un nouvel organe de supervision bancaire (appelé Conseil européen du risque systémique (ESRC)), présidé par la BCE.

Dans la perspective des prochaines élections européennes, le Président du Parlement européen a conclu en disant que si la paix ne constituait plus le principal argument en faveur de l’intégration européenne, elle restait son fondement essentiel. Faisant référence à la crise et aux risques de division entre États qu’elle engendrait, il a rappelé que l’Europe s’était construite sur la base du respect du droit, et que remettre en cause les règles ou décider de ne plus les suivre signifierait "la fin de l’Europe". "La construction européenne nous a fait entrer dans une nouvelle configuration historique, où malgré la diversité des intérêts, nous pouvons résoudre nos conflits par des décisions politiques et démocratiques. En défendant cela, nous avons notre chance de pouvoir compter dans le XXIème siècle et ensemble nous réussirons, voilà le message qu’il faut faire passer aux citoyens !".

www.troisfourmis.com