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Gunnar Lund

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Régulation, crise économique et climat : comment la présidence suédoise mène l’UE


8 septemre 2009

A l’occasion de la présidence suédoise de l’UE, son Excellence Gunnar Lund, Ambassadeur de Suède en France, recevait les membres du Cercle des Européens pour un déjeuner-débat, le 8 septembre 2009. Fort de son expérience diplomatique et gouvernementale, Gunnar Lund a décrypté les enjeux des grands dossiers sur la table de la présidence : régulation financière au sein de l’UE, préparation du G20 de Pittsburgh, stratégie de sortie de crise, conférence de Copenhague et enfin ratification du Traité de Lisbonne. Autant de défis considérés par la Suède comme source de "grandes opportunités pour l’Europe".


Ambassadeur en France depuis novembre 2007, Gunnar Lund était précédemment en poste aux Etats-Unis. De 1999 à 2002, il a été Ambassadeur à la Représentation permanente de la Suède auprès de l’Union européenne. Durant sa carrière, Gunnar Lund a alterné entre fonctions diplomatiques et fonctions politiques. Il a en effet été membre du gouvernement suédois à trois reprises, en tant que Ministre chargé des affaires économiques internationales et des marchés financiers (2002-2004), Secrétaire d’État aux affaires européennes (1994-1999) et Secrétaire d’État au Ministère des finances (1988-1991). Avant d’occuper ses premières responsabilités politiques Gunnar Lund a été fonctionnaire au sein des Ministères suédois des finances et des affaires étrangères. En tant que Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, il avait été au cœur de la première présidence suédoise du Conseil de l’UE (2001) et a également participé en tant que négociateur en chef pour la Suède aux conférences intergouvernementales chargées de négocier les traités d’Amsterdam et de Nice.

Gunnar Lund © Cercle des Européens 2009
Rencontre Gunnar Lund © Cercle des Européens 2009
Rencontre Gunnar Lund © Cercle des Européens 2009
Gunnar Lund © Cercle des Européens 2009
Rencontre Gunnar Lund © Cercle des Européens 2009
Noëlle Lenoir © Cercle des Européens 2009
Nicole Fontaine et Gunnar Lund © Cercle des Européens 2009

Fidèle du Cercle des Européens, Gunnar Lund a fait part de son plaisir de recevoir ses membres à l’Ambassade de Suède. Introduisant le débat, Noëlle Lenoir a souligné que si la Suède avait déjà pris les rênes de l’Union en 2001, l’ampleur des défis actuels donnait un relief tout à fait particulier à cette nouvelle présidence. Mettant en avant la double carrière diplomatique et gouvernementale de Gunnar Lund, elle a insisté sur "sa légitimité et sa grande maîtrise des dossiers européens". Celui-ci occupait en effet les fonctions Représentant permanent auprès de l’Union européenne, au moment de la première présidence suédoise. Il a par ailleurs exercé à trois reprises des responsabilités ministérielles : en 1988 en tant que secrétaire d’État aux Finances, en 1994 en tant secrétaire d’État aux Affaires européennes, puis en 2002 en tant que ministre chargé des Affaires économiques internationales et des marchés financiers.

Rebondissant sur les propos de Noëlle Lenoir et fort de son expérience passé, l’Ambassadeur a souligné que l’exercice d’une présidence du Conseil a "toujours représenté une lourde responsabilité" pour un pays, mais que l’action de la Suède s’inscrivait aujourd’hui dans l’"une des périodes les plus décisives de l’histoire de la construction européenne". Les trois crises caractérisent cette période dictent à la Suède ses priorités : la crise financière et économique, la crise climatique et la crise interne que connait l’Union européenne depuis plusieurs années, liée aujourd’hui au sort du Traité de Lisbonne. Faisant part de la philosophie suédoise pour aborder cette présidence, dont le slogan est "Relevons le défi", Gunnar Lund a affirmé que dans toute période de crise se trouvaient "de très grandes opportunités". Non seulement une opportunité pour l’Union européenne "de se montrer à la hauteur des défis" aux yeux de citoyens de plus en défiants à son égard, mais aussi de sortir renforcée de la crise. L’enjeu est d’autant plus important que "la fragilisation de la construction européenne, du marché intérieur ou de l’euro sont des risques à prendre en compte".

Crise financière : surmonter les divergences entre Européens et trouver un accord avec les Américains

Concernant la réponse européenne à la crise, l’Ambassadeur a tout d’abord indiqué que la Suède n’avançait pas en terrain vierge et que la Présidence tchèque, parfois critiquée à outrance en France, avait permis de définir les objectifs avec l’adoption lors du Conseil européen de juin, du rapport de Jacques de Larosière sur la régulation et la supervision financière au sein de l’UE. La tâche de la présidence suédoise est à présent d’apporter une traduction législative à l’ensemble de ces mesures, ce qui, a ajouté Gunnar Lund, "est un travail difficile, source de nombreuses tensions et de divergences". Il a schématiquement indiqué à ce propos les différentes philosophies qui pouvaient exister entre les Anglais et les pays Nordiques d´un côté et les continentaux de l´autre.

Poursuivant sur les conditions dans lesquelles se déroulent ces négociations intra-européennes, il a précisé que s’il y a eu une convergence de points de vue entre Etats au plus fort de la crise, "les divergences commencent à réapparaitre à mesure que la tempête semble s’éloigner". Dans la perspective du prochain sommet du G20, le 27 septembre, à Pittsburgh, le Premier ministre suédois et Président en exercice du Conseil européen, Fredrik Reinfeldt, a ainsi décidé de convoquer une réunion informelle des chefs d’Etat et de gouvernement, le 17 septembre, afin de "coordonner la position de l’UE".

Outre la difficulté de trouver une position commune entre Etats membre sur les questions de régulation, Gunnar Lund a souligné que "le plus difficile serait de trouver un accord avec les Etats-Unis", tout en affirmant avec détermination que "la Présidence suédoise représentera l’intérêt européen lors du G20". Alors que l’initiative de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel sur réglementation des bonus dans le secteur financier - initiative à laquelle se sont ralliés les membres de l’Eurogroupe - a permis d’inscrire cette question à l’ordre du jour du G20, l’Ambassadeur a précisé que d’autres sujets certainement plus conflictuels comme la régulation bancaire mondiale devront être avancer. Il a plus spécifiquement évoqué la question du renforcement des fonds propres des banques, un sujet sur lequel "les divergences transatlantiques sont importantes".

Dès octobre 2008, la Commission européenne à proposé une révision de la directive sur les exigences de fonds propres (Capital Requirements Directive - CRD, initialement adoptée en juin 2006), afin de renforcer la solidité financière des banques ou des entreprises d’investissement et d’améliorer ainsi la gestion des risques. Cette nouvelle législation, adoptée par le Parlement au mois de mai devrait entrer en vigueur en 2010. De nouveaux amendements à cette réglementation bancaire ont été proposés par la Commission en juillet 2009 et visent plus particulièrement les risques liés à la titrisation et la politique de rémunération . Ces propositions font partie des nombreux dossiers sur lesquels la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen devra se prononcer. _ Au niveau international, les règles concernant les obligations en matière de fonds propres sont régies par les normes Bâle II. Alors que les Européens ont transposé ces normes dans leur législation (directive fonds propres), ils souhaitent voir le plus grand nombre de pays faire de même, en premier desquels les Etats-Unis, qui ne les ont toujours pas adoptées. Ce sujet sera au cœur des discussions à Pittsburgh. Dans une lettre envoyée à ses partenaires du G20, le Secrétait américain au Trésor, Timothy Geithner, a proposé un nouvel accord international qui remplacerait Bâle II. Une proposition loin de susciter l’enthousiasme des Européens qui souhaitent avant tout voir les normes de Bale II transposées outre Atlantique.

Préparer une stratégie de sortie de crise

Gunnar Lund a insisté sur l’intention de la présidence suédoise de préparer dès à présent la sortie de crise en proposant l’adoption d’"une feuille de route pour la politique économique dans les années à venir". Celle-ci reposerait en priorité sur trois thèmes :

- Le Pacte de stabilité : après le "déchaînement" en matière de politiques fiscales et économiques et l’explosion des déficits dans de nombreux Etats, le retour à la discipline budgétaire et à l’ordre dans les finances publiques doit selon la Suède constituer une priorité.

- La Stratégie de Lisbonne : alors que la Stratégie de Lisbonne doit être révisée en 2010 (sous présidence espagnole), la présidence suédoise, qui a fait du retour à l’emploi une priorité dans le contexte immédiat de la crise sociale, cherchera à définir les bases d’un accord concernant les objectifs à long terme en matière de croissance et d’emploi et appuiera le développement d’une économie basée sur l’innovation.

- La croissance verte ou eco-croissance : vertueuse en la matière, la Suède souhaite conjuguer la lutte contre le changement climatique à la croissance économique et voit dans le défi climatique une opportunité de renforcer la compétitivité de l’UE. Trois domaines ont été ciblés par la présidence : les transports, les technologies de l’information et des télécommunications, et la politique énergétique.

Selon Gunnar Lund, une action combinée et coordonnée de l’UE dans ces trois domaines permettrait de "donner aux citoyens une vision du projet européen pour le futur".

L’Ambassadeur a enfin souligné l’importance qu’accordait la présidence suédoise à la politique commerciale de l’UE et à la relance des négociations du cycle de Doha à l’OMC. Après avoir été suspendues en 2006, celles-ci ont été relancées an janvier 2007 à Davos. "En Suède, nous sommes des libre-échangistes convaincus", a déclaré Gunnar Lund. Reconnaissant que jusqu’à présent la crise n’avait pas été l’occasion de repli protectionniste de la part des Etats, il a souligné que le risque existait encore et qu’une stratégie de sortie de crise devait également consister à lutter contre le protectionnisme, surtout dans une période de forte hausse du chômage.

Climat : "le monde nous attend"

Dans la perspective de la conférence sur le climat qui se tiendra à Copenhague du 7 au 18 décembre 2009, Gunnar Lund à fait part de son optimisme quant à la capacité de parvenir à un accord mondial sur le renouvellement du protocole de Kyoto. Selon lui, l’engagement des 8 pays les plus industrialisés à limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à 2°C, lors du sommet du G8 à l’Aquila, en juillet 2009, a constitué "un pas très important". Il a toutefois ajouté que "les implications de cet engagement étaient parfois mal comprises" et qu’il fallait à présent passer au concret et à la répartition des efforts. "La bataille se jouait maintenant", a-t-il déclaré.

Parmi les points les plus sensibles de la négociation, l’Ambassadeur a cité le financement de la réduction d’émission de gaz à effet de serre (GES) dans les pays émergents. Les négociations préparatoires qui ont eu lieu du 29 mars au 8 avril à Bonn ont en effet mis en exergue l’affrontement entre pays riches et pays pauvres sur ce terrain, principal obstacle à un accord mondial.

Accusée d’immobilisme après l’échec de Bonn, l’Union européenne a présenté le 10 septembre, un projet de contribution au financement climatique, afin de sortir les négociations de l’impasse. Estimant les besoins des pays en développement de 22 à 50 milliards d’euros par ans d’ici 2020, la Commission a proposé une contribution allant de 2 à 15 milliards d’euros. Fredrik Reinfeld a précisé que les propositions de la Commission constituaient "un point de départ, qui doit désormais être discuté avec tous les Etats membres". En effet, les modalités de répartition de cet effort entre chaque Etat membre reste à définir et fait déjà l’objet de divergences.

Pour une entrée en vigueur du Traité de Lisbonne au 1er novembre 2009

Alors qu’à deux mois du second référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne un sondage (TNS/Irish Times) publié le 4 septembre montrait une baisse des partisans du oui au profit des indécis, Gunnar Lund a maintenu un "relatif optimisme". Compte tenu de la crise profonde que traverse l’Irlande et des avantages de l’appartenance à l’Union dans ce contexte, il est selon lui difficilement envisageable que les citoyens rejettent une second fois le texte. Interrogée sur ce point par l’ancienne Présidente du Parlement européen, Nicole Fontaine, il a précisé que la Suède se préparait aux deux scenarii, tout en espérant que le "oui" l’emporte.

En cas de victoire du "oui" au référendum et dans l’attente de l’achèvement du processus de ratification en République tchèque, en Pologne et en Allemagne, l’ambition de la présidence suédoise est "de tout faire pour permettre une entrée en vigueur du Traité de Lisbonne dès le 1er novembre". Il s’agira également de procéder aux nominations aux principaux postes de l’UE (président permanent du Conseil européen, haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et mise en place Service européen pour l’action extérieure). Gunnar Lund a souligné que l’objectif de son gouvernement était de régler cette question le plus rapidement possible afin de pouvoir consacrer l’ensemble du mois de novembre à la préparation du sommet de Copenhague.

Proche-Orient, Iran, Afghanistan : les 3 défis majeurs de la politique étrangère de l’UE

Dans un contexte international agité, l’Ambassadeur a dressé un état des lieux des trois dossiers les plus importants de la politique étrangère de l’Union européenne : le Proche-Orient, l’Iran et l’Afghanistan.

Alors que l’actualité du dossier proche-oriental est marquée par l’annonce par le gouvernement israélien de l’accélération de la colonisation en Cisjordanie, Gunnar Lund a toutefois noté que "le changement fondamental d’approche de la nouvelle administration américaine" ouvrait des possibilités dans la résolution de ce conflit. Il a dans cette perspective souhaité voir l’Union européenne jouer un rôle actif et complémentaire des Etats-Unis dans la reprise des négociations de paix.

L’Iran constitue selon l’Ambassadeur le dossier le plus difficile de la politique extérieure et ce d’autant plus que les élections présidentielles de juin 2009 et les événements qui ont suivi, ont démontré un durcissement du régime. Gunnar Lund a également fait remarqué que les Américains, qui depuis l’arrivée de Barak Obama à la Maison Blanche ont choisi la voie du dialogue, arrivaient au bout de leur patience. Du côté européen, l’Ambassadeur a noté que si les Etats membres semblaient divisés au printemps, lorsque la question des sanctions contre Téhéran était posée, l’attitude de plus en plus agressive du Président iranien tendait à faire converger les points de vue.

Après des élections présidentielles afghanes sous haute tension et des résultats partiels d’ores et déjà contestés, laissant présager une période d’instabilité politique, le pays fait face à un regain de violence et d’attentats perpétrés par l’insurrection talibane. A l’image du débat français sur l’engagement de l’armée en Afghanistan, l’Ambassadeur à souligné que les Etats européens engagés dans ce conflit (au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) dirigée par l’OTAN) devaient faire face à des critiques de plus en plus difficiles. Dans ce contexte, la présidence suédoise souhaite parvenir à définir une stratégie commune. Gunnar Lund à dans cette perspective salué l’initiative de la France, de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne de convoquer une conférence sur l’Afghanistan d’ici la fin de l’année afin de définir de nouveaux objectifs.

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