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Herman Van Rompuy : portrait du premier Président du Conseil européen

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19 novembre 2009

A l’issue du Conseil européen extraordinaire que se tenait le 19 novembre 2009 à Bruxelles, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement ont désigné le Premier ministre belge, Herman Van Rompuy, pour occuper le poste de Président stable du Conseil européen créé par la Traité de Lisbonne.


Herman Van Rompuy © Conseil de l'Union européenne 2009

A l’issue du Conseil européen extraordinaire que se tenait le 19 novembre 2009 à Bruxelles, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement ont désigné le Premier ministre belge, Herman Van Rompuy, pour occuper le poste de Président stable du Conseil européen créé par la Traité de Lisbonne. © Conseil de l'Union européenne



Près d’un an après sa nomination – malgré lui - au poste de Premier ministre d’une Belgique en pleine crise, l’histoire semble se répéter pour Herman Van Rompuy. Pressenti comme le favori depuis quelques semaines, bien qu’il ne se soit jamais porté candidat au poste, ni même n’ait manifesté le moindre intérêt, celui-ci a été désigné Président du Conseil européen par les 27 chefs d’Etat et de gouvernement, le 19 novembre 2009. Herman Van Rompuy ne sera pas cette fois chargé de déminer une crise potentiellement explosive mais de redonner un nouvel élan à une Union européenne qui depuis le "oui" irlandais du mois d’octobre et la ratification complète du Traité de Lisbonne (avec la signature du Président tchèque le 3 novembre 2009) sort de plus de quatre années d’impasse institutionnelle et dont on attend à présent des politiques concrètes.

Contrairement aux différentes nominations qui rythment la vie communautaire, notamment avec le renouvellement tous les quatre ans de la Commission, celle-ci revêt une importance toute particulière au regard de l’évolution institutionnelle de l’Union européenne puisqu’Herman Van Rompuy devient le premier à endosser le rôle de Président stable du Conseil européen, créé par le traité de Lisbonne. Compte tenu du faible encadrement juridique du rôle et des pouvoirs de ce nouveau président ainsi que des nombreuses incertitudes quant aux relations et aux mécanismes de coordination avec les autres institutions, la personnalité et le profil du premier Président stable du Conseil européen devraient en outre s’avérer déterminants dans la définition de cette fonction.

Un économiste de 28 ans, conseiller au cabinet de Léo Tindemans

Né le 31 octobre 1947 à Etterbeek, commune bilingue située dans la Région de Bruxelles-Capitale, Herman Van Rompuy étudie au collège jésuite Sint-Jan-Berchmans de Bruxelles, avant de suivre les pas de son père, l’économiste Vic Van Rompuy, et de poursuivre un cursus universitaire en sciences économiques. Il sort de l’Université catholique flamande de Louvain (K.U Lueven) en 1971 après y avoir obtenu un doctorat. C’est à la Banque nationale de Belgique qu’il décroche son premier poste en tant qu’attaché au bureau des études en 1972. Son engagement politique date de cette même période. De 1973 à 1977, il est Vice-président des Jeunes CVP (Christelijke Volkspartij, devenu en 2001 CD&V).

Cette position dans le parti chrétien-démocrate flamand, mêlée à son profil d’économiste et son expérience à la Banque nationale, le mènent en 1975 au sein du cabinet du Premier ministre Léo Tindemans alors qu’il n’a que 28 ans. Dans un contexte de relance institutionnelle de la Communauté, ce dernier occupe alors le devant de la scène européenne puisque c’est le 29 décembre 1975 qu’il remet son "rapport sur l’Union européenne " (appelé "rapport Tindemans"). En 1976, Léo Tindemans devient de plus le premier Président du Parti populaire européen (PPE) - créé la même année par un autre mentor de Herman Van Rompuy, Wilfried Martens -. Difficile alors d’envisager que le jeune conseiller Van Rompuy ne se soit pas frotté aux problématiques européennes aux côtés de l’Européen convaincu qu’est Léo Tindemans, défenseur d’une conception fédérale de l’Europe, et considéré aujourd’hui comme un de ses pères fondateurs, notamment pour le côté visionnaire de son rapport. En 1978, lorsque Léo Tindemans achève son mandat de Premier ministre, Herman Van Rompuy rejoint le cabinet du ministre des Finances, Gaston Geens, où il restera deux ans.

L’ascension au sein du parti chrétien-démocrate flamand

Parallèlement à ces deux expériences dans les coulisses du pouvoir, Herman Van Rompuy poursuit son ascension au sein du parti chrétien-démocrate en affirmant notamment ses compétences d’économiste. Il entre dans le bureau national du CVP en 1979 et devient un an après Directeur du centre d’études politiques et économiques du parti, position stratégique qu’il occupera durant huit années. Celui-ci ne se cantonne pourtant pas à un rôle d’intellectuel et va développer des qualités de conciliateur au sein du parti et dans l’organisation du pouvoir (auquel participe le CVP pendant presque toute la seconde moitié du XXème siècle) qui l’imposeront à la tête du CVP en 1988. De 1982 à 1988, il est en effet l’un des principaux négociateurs pour la formation de six gouvernements successifs de Wilfried Martens (Premier ministre de 1979 à 1992 presque sans discontinuité). Dans un Etat fédéral à l’organisation administrative complexe, fondée en partie sur la division linguistique, la composition du gouvernement fédéral est un exercice particulièrement sensible. Jean-Luc Dehaene qui succède à Wilfried Martens au poste de Premier ministre, ne manquera pas de faire également appel aux compétences de Van Rompuy pour la constitution de son équipe gouvernementale en 1992 puis en 1995.

Parfaitement bilingue, il est élu en 1982 Président de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, qui cristallise les tensions entre communautés francophone et flamande et représente un laboratoire de la difficile unité belge. Dans le prolongement de ce mandat, Herman Van Rompuy assure la Présidence du parti chrétien-démocrate de 1988 à 1993.

Ministre du Budget du gouvernement Dehaene : objectif euro

Après un très bref passage ministériel en 1988 aux Finances et aux PME (Secrétaire d’Etat de mai à septembre), Herman Van Rompuy va s’imposer à partir 1993 comme une figure gouvernementale incontournable et se forge alors également une stature nationale auprès de l’opinion publique belge. Le Ministre du Budget et Vice-premier ministre du gouvernement de Jean-Luc Dehaene I et II (1992-1999) n’a pourtant pas une tâche facile ni populaire, puisqu’il est chargé de conduire la politique d’austérité dans le cadre de l’Union économique et monétaire européenne. La baisse est lente et les efforts douloureux mais le Ministre du Budget parvient en six ans à réduire l’endettement public de façon significative. En 1998, la Belgique fait partie des pays sélectionnés pour adopter l’euro. Un an plus tard, les chrétiens-démocrates perdent de peu les élections législatives remportées par les libéraux de Guy Verhofstadt.

La présidence de la Chambre des représentant, une consécration

Herman Van Rompuy retrouve alors son mandat de député à la Chambre des représentants qu’il avait obtenu en 1995. Il n’en est alors pas à sa première expérience parlementaire puisqu’il a été sénateur de 1988 à 1995. L’ancien Ministre siège véritablement à la Chambre de 1999 à 2008. Outre les questions budgétaires qui continuent à l’occuper, il est membre de la commission des Relations extérieures au sein de laquelle il mène un important travail législatif, notamment sur les questions relatives à la mondialisation, au commerce international, ou à la paix au Proche et Moyen Orient . Le Député ne néglige pas les questions européennes et s’intéresse en particulier à l’élargissement de l’UE aux pays d’Europe centrale et orientale, à l’adhésion de la Turquie ainsi qu’au processus constitutionnel et aux travaux de la Convention européenne à partir de 2002. En juillet 2007, Herman Van Rompuy est élu Président de la Chambre des représentants. Cette élection représente alors une reconnaissance de ses qualités d’homme de compromis, de coordinateur, ainsi que de sa capacité à représenter l’institution sur les scènes nationale et internationale. Loin d’avoir constitué une "traversée du désert", ce passage de l’ancien Ministre à la Chambre a certainement joué un rôle prépondérant dans sa nomination, un an et demi plus tard, au poste de Premier ministre.

Un Premier ministre symbole d’apaisement entre communautés

Alors qu’il déclarait ne pas souhaiter le poste, Herman Van Rompuy est chargé par le Roi de former un nouveau gouvernement en décembre 2008, suite à la démission d’Yves Leterme, mis en cause dans l’affaire du sauvetage de la banque Fortis. Se pliant à la discipline royale, avec un sens certain du service de l’Etat, Van Rompuy accepte cette mission dans un contexte particulièrement délicat. Le gouvernement d’Yves Leterme, qui avait été formé au bout de 9 mois de crise politique sans précédent a marqué une période d’exacerbation des tensions entre Flamands et francophones, sur fond de réforme de l’Etat et de projet de scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde. Ancien Président de cet arrondissement où la fracture entre les deux communautés est la plus marquée, explorateur puis conciliateur en pleine crise politique en septembre 2007, et fort de son expérience parlementaire, Herman Van Rompuy va endosser pleinement son rôle d’homme de la situation en jouant la carte de la modération et du compromis. Pourtant favorable à une autonomie accrue de la Flandre et à son unification linguistique, il a su, en tant que Premier ministre, placer l’unité de la Belgique au dessus de ses convictions personnelles. Bien que les problèmes de fond n’aient pas été réglés en onze mois, Herman Van Rompuy a certainement accompli sa tâche prioritaire : apaiser les relations entre Flamands et francophones dans un pays au bord de l’éclatement.

Herman Van Rompuy, plus utile à la Belgique qu’à l’Europe ?

Wilfried Martens, qui en tant qu’explorateur avait présenté, en décembre 2008, la candidature d’Herman Van Rompuy au poste de Premier ministre comme la meilleure option possible, aurait ainsi sans nul doute préféré voir ce dernier poursuivre sa mission au sein du Royaume plutôt que de rejoindre les instances européennes. Quelque jours avant la nomination de Van Rompuy au poste de Président du Conseil européen, Wilfried Martens déclarait ainsi : "Herman Van Rompuy se rend bien compte qu’il fera basculer la Belgique dans une nouvelle crise s’il s’en va". Une déclaration retentissante de la part de cette personnalité politique tout aussi impliquée sur la scène belge que sur la scène européenne, en tant que Président du PPE.

Est-ce à dire qu’Herman Van Rompuy n’aurait pas les qualités et les compétences pour présider le Conseil européen ? Si sa faible expérience internationale pourrait être un handicap, ses qualités reconnues d’homme de compromis pourraient utilement être mises en œuvre au niveau européen ; et ce d’autant plus que la gestion de la diversité et des équilibres sont des facteurs communs aux logiques de fonctionnement du système belge et du système européen. Dès l’annonce de sa désignation et alors que de grandes incertitudes pèsent sur ce nouveau rôle institutionnel au sein de l’UE, Herman Van Rompuy déclarait avec lucidité et simplicité : "mon rôle, c’est de chercher un consensus". Une posture déjà éprouvée en tant que Premier ministre et à propos de laquelle il soulignait fin 2008 : "Faire le consensus, ça a un côté positif et un côté négatif : le positif, c’est qu’on vous fait confiance ; le négatif, c’est que personne n’a peur de vous !". Une formule qui résume tout à la fois les enjeux et les difficultés du poste de Président du Conseil, ainsi que les atouts et les faiblesses de Van Rompuy pour exercer cette fonction.

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