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Les cinq craintes des investisseurs s'estompent, une sixième émerge: celui de l'unité européenne !

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Depuis le début de l’année, cinq facteurs cristallisent les inquiétudes des investisseurs financiers. Les craintes à leurs égards s’atténuent à juste titre. Une sixième devrait apparaître: malheureusement il s’agit de celui de l’unité européenne !

Reprenons rapidement les 5 facteurs d’inquiétudes:

- l’effondrement du prix du pétrole: la perception initiale en 2014-2015 favorable des bénéfices pour l’économie mondiale s’était transformée en craintes sur les flux financiers (ventes forcées des actifs occidentaux par les fonds souverains des pays exportateurs de pétrole). Aujourd’hui les fondamentaux Offre-Demande et les comportements politiques des deux principaux exportateurs, l’Arabie Saoudite et la Russie, suggèrent que le point bas du prix du baril est derrière nous;

- les craintes de "la mort annoncée" de la croissance américaine se révèlent manifestement prématurées: les impacts négatifs de l’appréciation du dollar et de la baisse du prix du pétrole sur l’industrie américaine sont désormais dépassés. Outre-Atlantique, la consommation est soutenue par la décrue du chômage et la légère progression des salaires tandis que les prix de l’immobilier améliorent l’effet de richesse ressenti par les ménages;

- les inquiétudes sur la croissance chinoise s’apaisent avec l’ouverture du Congrès National du Peuple pendant lequel seront réitérés les principaux axes de développement quinquennal de la Chine. La confirmation d’une phase de transition du modèle de développement économique sera comprise par les investisseurs si les sujets de surcapacité industrielle et d’inefficience des entreprises d’Etat sont abordés. Un discours adapté sur ces deux problématiques et l’utilisation de l’arme budgétaire en 2016 (le déficit budgétaire chinois n’était « que » de 2,3% en 2015) devraient calmer les inquiétudes exagérées manifestées récemment sur la croissance chinoise;

- la mise en doute de la crédibilité des banques centrales: chahutée par les investisseurs, la FED devrait bénéficier d’un répit. La croissance économique actuelle justifie ex-post sa décision de relèvement des taux de l’automne dernier. La semaine prochaine, la BCE tentera de tempérer les inquiétudes générées par la généralisation - hors des Etats-Unis - des politiques à taux d’intérêt négatifs qui sont à la source de la cinquième crainte des investisseurs…

- la solidité du "Business model" des banques est mise en doute quand à la capacité de ces dernières à générer du profit dans un environnement où sa "matière première », ie le prêt, est confronté à des taux d’intérêt négatifs…Au delà des taux de dépôts auprès de la BCE, on constate désormais que la courbe des taux d’intérêts jusqu’à 7 ans est négative en France, jusqu’à 9 ans pour l’Allemagne … Au regard de la chute des cours boursiers des valeurs bancaires, cette inquiétude légitime a été intégrée par les investisseurs.

What’s next ?

Le décalage conjoncturel entre les Etats-Unis et l’Europe va s’accentuer. Les impacts de la baisse du prix du pétrole, des taux d’intérêt de de l’Euro qui ont bénéficié en 2015 davantage à l’Europe vont s’estomper. Le ralentissement des pays émergents va désormais affecté l’UE alors que le taux de change effectif de l’Euro (ie celui pondéré par l’origine des échanges commerciaux) s’apprécie depuis le début de l’année au point d’effacer la moitié de sa dépréciation enregistrée en 2015. Au sein de l’UE, la France devrait bénéficier d’un effet positif de rattrapage de l’investissement et de l’immobilier particulièrement pénalisés l’an dernier. Cette divergence USA-UE devrait accroître le différentiel de taux entre les deux zones et favoriser une appréciation du dollar.

La perception croissante par les investisseurs des dissensions qui s’accentuent au sein du continent européen risque d’accroître légitimement la prime de risque de ses marchés.

Dans un contexte de forte poussée du populisme (quand bien même le succès de Trump outre-Atlantique démontre que l’Europe n’a pas l’apanage de cette funeste évolution) qui accentue les difficultés à gouverner les pays (Espagne, Irlande, Portugal,…), 4 lignes de fractures sont visibles en Europe:

- la mutualisation des solutions à apporter aux difficultés financière des Etats (crise grecque notamment),
- la crise des migrants,
- le Brexit,
- la divergence Ouest / Est des partenaires sur un nombre croissant de sujets (politiques, économiques, sociétaux,…).

Chacune de ces problématiques met en exergue les contradictions internes de la construction européenne. Quelque soit la complexité des solutions à apporter à ces problèmes, nous sommes confrontés in fine à un double arbitrage à réaliser:

- entre « solidarité ou repli sur soi »
- dans le choix de solidarité - qui me parait le seul réaliste pour que les pays européens puissent continuer d’être acteurs géo politiques et économiques de leur avenir - dans un second arbitrage consistant à définir sereinement les implications de cette solidarité en matière de ce qui relève de la gouvernance nationale et de ce qui relève européenne.

Lorsque l’on constate qu’à ce jour les fonds européens apportés à la Grèce pour aider à traverser la crise des migrants équivalent à 1 Euro par habitant européen, peut-on considérer que notre génération est à la hauteur des défis de son temps ?

A l’instar des crises financières, et bien que ce soit "à chaud », oeuvrons pour que la crise actuelle des migrants aboutisse lors des deux prochaines réunions importantes à ce sujet (demain avec la Turquie et les 18-19 mars lors d’un sommet européen) à la définition de mesures réunissant les pays européens dans le cadre d'une politique conjointe et coordonnée, au risque, sinon d’aboutir à un épuisement de la capacité d’endurance de l’Allemagne et notamment de celle de Mme Merkel sur ce sujet devenu crucial pour la survie de l’Union Européenne !

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