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Son Exc. Mme Veronika Stabej: "En Slovénie, nous sommes définitivement Européens"

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08 Décembre 2011

L'ambassadeur de Slovénie en France, son Excellence Mme Veronika Stabej, a répondu aux questions du Cercle des Européens sur différents sujets: l'Euro, la crise de l'Europe, l'action de l'ambassade de Slovénie, les 20 ans de l'indépendance...


Veronika Stabej est diplômée en langues et littératures anglaise et française à la Faculté des lettres de Ljubljana et a suivi des formations en matière de langues, gestion, planification stratégique et relations internationales en France, aux Etats-Unis, en Suisse, au Royaume-Uni et en Slovénie. Elle a débuté sa carrière au sein de l’International Executive Development Centre à Bled, à European Foundation for Entrepreneurship Research (EFER) à Amsterdam et comme directrice de la fondation Open Society Fund Soros en Slovénie. Après l’indépendance de la Slovénie en 1991, elle est devenue porte-parole et chef de Service des relations publiques au cabinet du Premier ministre. En 1997, elle est entrée dans la diplomatie comme Ministre plénipotentiaire et chargée d’affaires à l’Ambassade de Slovénie en France prend la fonction d'Ambassadrice à partir du 3 septembre 2010.

Pour son engagement fort en faveur de la francophonie et du partenariat euro-méditerranéen, elle a reçu le 26 mai 2009 l’Ordre du Chevalier de la Légion d’Honneur de la part du président de la République française, M. Nicolas Sarkozy. 


Sur la crise en Europe

 

Cercle des Européens: La Slovénie est un modèle d'intégration avec l'adoption de l'Euro dès 2007 et la première présidence du Conseil de l'Union européenne en 2008 pour un pays intégré en 2004. Comment l'euro est-il perçu avec la crise par la population ?

Son Exc. Mme Veronika StabejS.E.M. Veronika Stabej: En Slovénie, nous sommes toujours contents d'être dans la zone euro. L'euro était très important pour prouver qu'on avait fini un chemin qui avait commencé il y a vingt ans avec l'indépendance, qu'on était capable assez tôt de remplir tous les critères nécessaires. C'est vrai dans la crise  actuelle que certains se demandent de temps en temps si ce serait mieux d'être ou pas dans la zone euro. Néanmoisn l'euro est très important car c'est une des bases de la construction européenne et il faut continuer avec pour les grands, comme pour les petits.

Quand nous sommes devenus indépendants, nous avons créé notre monnaire, le Tollar qui remplaçait les dinares yougoslaves. En 2007, notre monnaie n'avait donc même pas seize ans et la population n'y était pas tellement attachée. C'était plus facile de changer d'autant plus que cela constituait un signe que nous étions pleinement intégrés dans l'Union européenne.

 

Cercle des Européens: Comment expliquez-vous la crise européenne actuelle ?

S.E.M. Veronika Stabej: L'Union européenne a la possibilité de réagir unie. Mais au contraire, on voit qu'il y a de plus en plus de discordes. Nous avons besoin peut-être d'un leadership européen fort, une Union forte avec la zone euro car l'un ne va pas sans l'autre. Les Européens doivent se serrer les coudes, qu'il y ait une unité dans cette zone euro. Il ne faut pas faire de différence entre les grands et les petits. Chacun peut apporter des choses importantes à l'Union européenne.

 

Cercle des Européens: Le couple franco-allemand agit beaucoup mais sans forcément les autres pays européens... Comment cela est-il perçu en Slovénie ?

S.E.M. Veronika Stabej: Le couple franco-allemand est certes important dans l'Union européenne mais il ne peut pas agir seul. L'Union consiste en 27 pays. Il est vrai que la France et l'Allemagne représentent les deux plus grosses économies et que sans eux rien est possible. Il faut intégrer les autres pays dans les processus de décision sur les questions de stratégie. Pour être efficace, nous devons dé-bureaucratiser le processus de décision européen.

Je peux témoigner du fait que la France tient bien compte de l'utilité des plus "petits" pays dans ces discussions. Nous avons signé avec la France un partenariat stratégique au mois de mars 2011 avec le président de la République française et notre Premier ministre. Cela prouve le désir, le besoin et la volonté de la France d'associer la Slovénie, ce qui est très positif.

 

Sur les Balkans

 

Cercle des Européens: Pourquoi ne ressent-on pas le même nationalisme en Slovénie que dans d'autres pays de l'ancienne Yougoslavie ?

S.E.M. Veronika Stabej: Nous avons toujours considéré que nous étions Européens, notre position géographique fait que nous sommes au milieu de tout. Le nationalisme ne va pas dans ce sens. Nous sommes très contents de qui nous sommes et n'avons pas d'idées de grandeurs. Les Slovènes sont un peuple travailleur qui n'est pas très flamboyant, ne se fait pas assez remarqué mais qui est profondément et définitivement européen.

 

Cercle des Européens: L'entrée de la Croatie dans l'Union européenne est-elle une bonne chose pour la Slovénie ?

S.E.M. Veronika Stabej: Ce qui est important pour la Slovénie, c'est que toute la région de l'ex-Yougoslavie et de tous les Blakans aient une perspective européenne. Ce serait un atout pour nous que les frontières de l'Union ne soient plus les notres mais qu'elles soient repoussées plus au sud. C'est pour ça que nous sommes très contents de l'adhésion de la Croatie et très favorable à la poursuite de l'élargissement. Ces pays doivent pour autant bien remplir tous les critères, c'est clair et net, mais il faut les maintenir dans cette perspective européenne. C'est le seul moyen d'assurer la paix et la prospérité de toute la région qui est en Europe.

 

Sur le travail d'un diplomate

 

Cercle des Européens: Le Service européen d'acton extérieure dirigé par Mme Ashton, est-ce une bonne chose pour la diplomatie slovène ?

S.E.M. Veronika Stabej: Un pays comme la Slovénie ne peut pas avoir de représentations diplomatiques partout dans le monde. Par exemple sur le continent africain, nous n'avons d'ambassades qu'en Egypte et en Israel. C'est la même chose pour l'Amérique latine. C'est intéressant pour nous de pouvoir compter sur une diplomatie européenne représentant tous les pays européens. C'est très bien et indispensable.

Pour le moment, nous disons tous qu'il y a une mise en place un peu longue. Je ne pense que ce service éliminera les diplomaties nationales, mais cela peut  contribuer à une unité européenne plus profonde. Pour que cela puisse fonctionner, cela ne doit pas être trop bureaucratique mais efficace malgré des moyens limités.

Il ne faut pas oublier que les différents pays de l'Union européenne ont des fortes expertises dans certaines régions. C'est notre cas pour les Balkans et le cas pour la France en Afrique. Chacun a des atouts qui peuvent permettre de créer une approche plus concertée et plus européenne.

 

Cercle des Européens: En quoi consite le travail de l'ambassadrice de Slovénie en France ?

S.E.M. Veronika Stabej: Nous sommes une petite ambassade, cela veut donc dire qu'on fait tout et qu'on traite de tous les sujets politiques et économiques, on réalise la promotion de notre pays, c'est très varié. Pour les grands sujets européens, nous effectuons des consultations régulières à tous les niveaux. Il y a aussi des briefings au sein des différents ministères, positions françaises que nous transmettons à notre capitale Ljubjana. Nous en profitons pour expliquer les positions slovènes.

 

Cercle des Européens: Comment faîtes-vous la promotion de la Slovénie en France ?

S.E.M. Veronika Stabej: On essaye de le faire sur tous les fronts: de l'économie au tourisme, en passant par la culture, domaine très important en France (avec le cinéma, la musique, la danse,...). Nous utilisons la résidence pour proposer des soirées variées: pour les enfants avec les marionettes et d'autres avec des poètes. La difficulté à Paris est qu'il y a beaucoup de concurrence dans ce domaine, d'où l'importance de produire des choses ailleurs en France, même si nos moyens sont limités.

 

Cercle des Européens: Comment avez-vous fêté les vingt ans de l'indépendance de la Slovénie en France ?

S.E.M. Veronika Stabej: Nous avons fait beaucoup de choses. Dans le premier semestre, il y a eu des visites officielles de notre président et de notre premier ministre. Nous avons aussi pris pour but de planter une dizaine de tilleuls - qui est un symbole national - en France, dont un de vingt ans planté dans les jardins du Luxembourg à Paris.

Sinon, nous avons fait beaucoup d'évènements culturels. Par exemple , nous avons récupéré des photos de Slovènes vivant en France au moment de l'indépendance pour montrer comment ils avaient vécu ce moment. Avec les journalistes de l'époque, Rolland Dumas, Hubert Védrine ont participé à un documentaire de la télévision slovène. Nous voulons profiter de cet anniversaire pour montrer qu'en vingt ans nous avons accompli beaucoup de choses et que nous en sommes très fiers.

 

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