Twitter du Cercle

En direct de l'Académie des Technologies

Son Exc. M. Peter Westmacott: "La zone euro doit résoudre ses problèmes avant de réfléchir sur la possibilité d'avoir d'autres membres ou pas"

Version pour imprimerPDF version

13 octobre 2011

Ambassadeur du Royaume Uni en France depuis mars 2007, Peter Westmacott quitte Paris pour Washington à la fin de l'année. Il a répondu à nos questions sur la politique européenne du Royaume Uni et sur la gestion de la crise économique et financière par l'Europe.


Sir Peter John Westmacott est ambassadeur de Grande-Bretagne en France depuis mars 2007. En 1980, il était déjà entré en fonction à cette ambassade en tant que Premier secrétaire chargé des affaires économiques avant d'être affecté durant quelques mois en 1984 à la Direction Européenne du Foreign Office à Londres. En 1993, il devient Conseiller à l’ambassade de Grande-Bretagne à Washington avant d'occuper le poste de Directeur des Amériques au Foreign Office en 1997. De 2002 à 2006, il est ambassadeur de Grande-Bretagne en Turquie. Il rejoindra Washington en fin d'année 2011.


"L'Europe est en grande difficulté, tout le monde le sait", affirme notre interlocuteur, qui juge toutefois difficile pour un représentant du Royaume Uni de critiquer la réponse de l'Europe, compte tenu du fait que "la situation aujourd'hui est une crise de la dette souveraine des pays de la zone euro" et que le Royaume Uni n'appartient pas à celle-ci. "Nous sommes tous impliqués, note-t-il, mais les actions immédiates relèvent des pays membres de la zone euro". Est-ce que cela prend trop de temps ? "Visiblement ça prend du temps, dit-il, on voudrait aller plus vite », mais c'est la rançon de la démocratie, "une des grandes valeurs de l'Europe".

Interrogé sur l'hypothèse d'une Europe plus fédérale, M. Westmacott répond : "On n'est pas beaucoup plus fédéraliste que les Français vis-à-vis de l'Europe. Aujourd'hui ce qui est urgent c'est que la zone euro règle ses propres problèmes". Un fédéralisme fiscal, "cela reste à voir", dit notre interlocuteur, qui ajoute : "Il ne serait pas très réaliste de penser que nous irions plus loin dans le même sens que les pays de la zone euro".

La crise aura-telle des effets sur la décision du Royaume Uni d'adopter, ou non, l'euro ? "Ce n'est pas le sujet du jour. Le premier ministre a été très clair là-dessus. Il ne veut pas que le Royaume Uni entre dans la zone euro, il reste hostile à l'idée. A l'heure actuelle la zone euro n'a pas besoin de réfléchir sur la possibilité d'avoir d'autres membres ou pas. Il faut résoudre d'abord les problèmes qui existent aujourd'hui".

Le Royaume Uni n'est-il pas marginalisé en Europe par son absence de la zone euro ? "Les pays qui ne sont pas membres de la zone euro travaillent autrement" que ceux qui en sont membres, explique M. Westmacott, qui souligne que les Vingt-Sept exercent ensemble d'importances compétences économique, notamment pour tout ce qui relève du marché intérieur, et que le Royaume Uni y prend toute sa part.

La politique européenne du Royaume Uni a-t-elle changé depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs et des libéraux-démocrates ? "Dans un certain sens, oui, par rapport à la politique des travaillistes", estime l'ambassadeur, qui rappelle que le premier ministre, David Cameron, est hostile à tout nouveau transfert de compétences à l'Union européenne. "Mais le Royaume Uni reste engagé d'une manière positive et constructive en faveur de la construction européenne", précise-t-il.

Interrogé sur la mise en place d'une défense européenne, M. Westmacott, prenant l'exemple de l'intervention militaire en Libye, note que, pour le Royaume Uni, "ce qui est important, c'est que nous utilisions des mécanismes qui fonctionnent, que ces interventions soient efficaces et que nous ayons les capacités d'agir". Pour la Libye, dit-il, "on avait besoin des mécanismes de l'OTAN" parce qu'il n'existe pas de mécanismes équivalents au niveau européen. "Là où nous avons des hésitations, ajoute-t-il, c'est sur l'idée de créer de nouvelles institutions de défense si on n'en a pas besoin. Cela ne sert pas à grand chose à notre avis de diluer les ressources dont l'OTAN et les états-majors nationaux ont besoin pour créer des institutions, éventuellement à Bruxelles, dont on ne se servira pas".

 

Interview réalisée grâce au concours de Thomas Ferenczi

Réalisation vidéo par Kossa Productions pour notre partenaire de Fenêtre sur l'Europe

www.troisfourmis.com