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S.E.Mme Anne Dorte Riggelsen: L'ambassade du Danemark et la présidence du Conseil de l'Union européenne

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10 avril 2012

L'ambassadeur du Danemark en France, S.E.Mme Anne Dorte Riggelsen, a répondu aux questions du Cercle des Européens sur différents sujets: la crise de l'Europe, la présidence du Conseil de l'Union, l'euro au Danemark...


Anne Dorte Riggelsen est née le 22 avril 1958 et a fait ses études de Droit à l’Université de Copenhague. Après quelques années au Ministère des Affaires étrangères, elle a été nommée Secrétaire d’Ambassade à Paris et ensuite à la Mission permanente du Danemark auprès des Nations Unis à New York. De 2001 à 2006, Anne Dorte Riggelsen a été en charge des Affaires Européennes. En 2006, Anne Dorte Riggelsen a intégré la direction du Ministère des Affaires étrangères en tant que responsable des ressources humaines et des affaires économiques et financières.

Anne Dorte Riggelsen retrouve Paris le 1er août 2009 au poste d'ambassadeur de son pays en France.


Cercle des Européens: La présidence danoise arrive en pleine crise de l'euro... est-ce un désavantage de ne pas avoir l'euro pour la présidence ?

S.E.Mme Anne Dorte Riggelsen: Vous savez que le président de l’Eurogroupe est permanent, alors avec ou sans dérogation pour avoir l'euro, cela ne changera rien pour le Danemark. Autre aspect à prendre en compte, nous avons un taux de change fixe avec l'euro depuis 2002. Notre politique monétaire est par conséquent liée à 100 % avec l'euro. Dernière chose, notre économie ouverte est aussi très liée avec la zone euro. Pour le Danemark, cela veut dire qu'il faut coordonner étroitement nos politiques avec le président permanent de la zone euro et les autres pays membres. Et ça nous le faisons depuis toujours...

Notre gouvernement, avec le soutien du parlement, va adhérer à ce traité budgétaire: cela veut dire du point de vue politique que nous allons défendre l'euro qui est aussi important pour nous.

 

Cercle des Européens: Comment est ressentie la crise de l'euro au Danemark ?

S.E.Mme Anne Dorte Riggelsen: La crise a également frappé le Danemark... nous avons un taux de croissance trop bas de 1%, un taux de chômage trop élevé entre 6 et 7 % et un déficit trop élevé malgré une dette publique relativement faible. Le gouvernement de centre-gauche a une vision double: il faut créer la croissance et l'emploi tout en consolidant notre économie.

Un sondage récent rapport que les Danois sont à 60% sceptiques, critiques même, sur l'euro. Mais peut-on séparer l'euro de la crise ? Je ne crois pas car en 2009, c'était presque le contraire avec 60% de Danois favorables à l'euro... la crise n'était pas ressentie aussi profondément en 2009 que maintenant. Nous avons donc besoin de trouver des solutions monétaires et économiquement plus globales. Ce n'est qu'une fois les solutions trouvées qu'il faudra ré-interroger les Danois sur l'euro.

 

Cercle des Européens: Rétablissement des frontières dans l'espace Schengen: y a-t-il encore des tensions entre votre pays et la Commission ?

S.E.Mme Anne Dorte Riggelsen: C'est vrai, l'ancien gouvernement a voulu contrôler la criminalité douanière avec une solution peut-être un peu "à l'ancienne"... La Commission a trouvé qu'il fallait changer plusieurs choses. Le nouveau gouvernement partage cette vision. Désormais nous sommes sur les mêmes positions que celles de la Commission et des pays voisins. L'ordre est rétabli.

 

Cercle des Européens: Que représente une présidence du Conseil de l'Union pour une ambassade comme la votre ?

logo de la présidence danoise du Conseil de l'Union européenneS.E.Mme Anne Dorte Riggelsen: Beaucoup de travail et d'opportunités. C'est bienvenue parce que maintenant cela me donne l'opportunité de parler de l'histoire du Danemark, ce pays éternellement consensuel, ancien, quelques fois un peu compliqué, innovateur, créatif... Mais cela me donne aussi l'occasion d'expliquer ce qu'est l'Union européenne, cette coopération civilisée, raffinée. C'est une opportunité bienvenue.

 

Cercle des Européens: Comment allez-vous gérer durant votre présidence un couple franco-allemand qui se veut porter la dynamique européenne ?

S.E.Mme Anne Dorte Riggelsen: C'est un atout ! Vous savez, je n'aime pas le terme "gérer", les Danois détestent être "gérés". Nous coordonnons et dialoguons avec tout le monde et spécialement avec la France et l'Allemagne. Cela marche très bien et il n'y a pas de surprise ou alors que des bonnes.

 

Cercle des Européens: Une ambassade basée à Paris, est-ce différent que dans d'autres villes d'Europe ?

S.E.Mme Anne Dorte Riggelsen: Oui et non. La spécificité est la France. Que fait-on comme ambassadeur bilatéral ? Je vends du produit danois, dialogue avec mes homologues français. Quelques fois, intellectuelement, j'essaie de séduire aussi. La culture danoise est un atout pour moi. Par ailleurs, j'essaie d'être à l'écoute de mes compatriotes. Il y a beaucoup de touristes danois de passage ici. Quelques fois, ils ont besoin d'aide et nous sommes là aussi pour eux.

 

Cercle des Européens: Y a-t-il des accords bilatéraux signés récemment entre le Danemark et la France ?

S.E.Mme Anne Dorte Riggelsen: Les accords bilatéraux sont un peu anachroniques en Europe avec l'acquis communautaire. C'est là où France et Danemark sont ensemble. On n'utilise plus très souvent ces anciens outils que sont les accords bilatéraux.

 

Cercle des Européens: Quel bilan tirez-vous de cette toute première année du Service Européen d'Action Extérieure ?

S.E.Mme Anne Dorte Riggelsen: Félicitations à Mme Ashton et à M. Vilmont, son sage Secrétaire Générale. Félicitations à nous tous car c'est notre enfant. Un an, c'est peu et il faut l'aider, être solidaire à ses côtés. Je trouve qu'il y a vraiment des succès importants qu'il faut souligner: sur le dossier iranien, Mme Ashton avec tous les services ont fait un travail remarquable et discret. Or la discrétion, c'est aussi la diplomatie...

On sait que ce service est un atout mais il ne doit pas servir à remplacer les diplomaties bilatérales, ce n'est pas nécessaire. Il faut travailler ensemble pour être plus fort. C'est une des ambitions de notre présidence danoise.

(interview réalisée en janvier 2012)

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