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S.E.M. Paul Kavanagh, ambassadeur d'Irlande: L'Irlande et le référendum sur le "Stability treaty"

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23 mai 2012

Le jeudi 31 mai 2012, l'Irlande va voter par référendum pour ratifier ou non le traité budgétaire, appelé aussi "Stability treaty". L'ambassadeur d'Irlande en France, S.E.M. Paul Kavanagh, nous a accordé un entretien pour faire le point sur les arguments du Yes et du No, la situation économique en Irlande et la tradition du référendum dans ce pays.


Stability Treaty

Paul Kavanagh est né à Dublin en 1956 et a suivi des études à Synge Street Schools et à l’University College Dublin où il a obtenu en 1977 un diplôme d’études supérieures en histoire contemporaine et en français. Il a été nommé Ambassadeur en France et auprès de la Principauté de Monaco en septembre 2009. En conformité avec les priorités établies par son gouvernement, M. Kavanagh a concentré ses efforts et ceux de la mission à Paris sur la promotion de l’Irlande au niveau économique, sur les possibilités d’investissements et les relations commerciales qui existent entre la France et Monaco, tout en favorisant également les liens culturels.

M. Kavanagh avait été auparavant nommé Ambassadeur auprès des Nations Unies à New York (2007-2009) et de l'Organisation Mondiale du Commerce à Genève (2006-2007). Il a également occupé le poste d’Ambassadeur auprès de l'Union Européenne à Bruxelles (Comité politique et de sécurité) de 2004 à 2006.


Cercle des Européens: Quelles sont les lignes de fracture entre le oui et le non sur ce référendum pour un "Stability treaty" ?

S.E.M. Paul Kavanagh: Tous les partis de gouvernement et donc la grande majorité du Parlement sont en faveur de la proposition et de ratifier le traité. L'argument des soutiens du traité est que c'est un vote pour la stabilité et la certitude. La stabilité est le socle essentiel et incontournable pour la croissance. Et l'Irlande a besoin de croissance. Mais elle ne peut pas se créer dans un vide, il faut que cela soit construit sur une base de bonne gestion des comptes nationaux.

Pour l'autre côté, j'ai entendu hier le débat à la télévision qu'ils parlent d'un traité "d'austérité" qui empêcherait le retour à la croissance et qui condamnerait le pays à plusieurs années d’austérité. Ils sentent le vent tourner en Europe avec l'idée de renégocier ce traité. Pourquoi dès lors nous demander de voter pour un traité qui va changer forcément après renégociations ?

 

Cercle des Européens: François Hollande veut renégocier le traité. Quelles conséquences ces annonces ont-elles sur le débat ?

S.E.M. Paul Kavanagh: Il faut être à l'écoute de ce qu'a dit précisément le président de la République. Il accepte la logique de la discipline budgétaire. Il accepte le contenu du traité actuel et ne veut pas rouvrir le texte mais "ajouter" ou "compléter" le traité en ajoutant un volet de croissance. Le gouvernement irlandais y est fortement favorable. Nous avions signé la "lettre des douze" au sein du Conseil européen au mois de janvier pour exiger de réfléchir à la croissance économique dans les discussions. Pour nous, c'est logique parce que nous avons fait l'austérité chez nous et restauré la confiance des investisseurs et des marchés en Irlande.

Des personnalités opposées au traité tirent d'autres conclusions des déclarations de François Hollande. Le gouvernement dit qu'il faut s'appuyer sur ses paroles exactes...

 

Cercle des Européens: Où en est l'Irlande par rapport à l'aide européenne accordée en 2010 ? Votre pays a-t-il encore besoin d'être soutenu par les partenaires européens ?

S.E.M. Paul Kavanagh: L'Irlande a signé un programme d'aide avec les partenaires internationaux (FMI, Commission européenne et BCE) il y a presque deux ans. Celui-ci comporte 70 engagements et avait confirmé le programme d'ajustements engagé par l'Irlande elle-même pour rééquilibrer les finances du pays. L'ampleur de cet ajustement représente 20% du PIB. La plupart comporte des réductions de dépenses, mais aussi des augmentations d'impôts. Cela représente une cure d'austérité sévère.

Le gouvernement met en exergue le fait qu'on a déjà réalisé les 2/3 de ces engagements depuis l'année dernière. Cet ajustement de la réduction du PIB est censé aller jusqu'à 2015. Or nous avons déjà extrait environ 14% du PIB grâce à la réduction des dépenses. En dépit de tout ça, la croissance est revenue avec 0,7% l'année dernière, même dans ce contexte. Nous attendons une croissance de 0,5% pour 2012. Nous commençons à nous en sortir avec le rétablissement d'une crédibilité internationale quant à nos comptes et notre économie. Les investisseurs viennent nombreux des Etats-Unis et d'ailleurs dans le monde. Même si le chômage reste assez élevé à 14%, même si l'économie domestique reste plate, le gouvernement dit au peuple qu'on a réussi à accomplir ce grand chemin et qu'il ne faut pas le mettre en danger en votant négativement au référendum. Nous avons besoin de stabilité pour faire revenir la croissance, pour augmenter la consommation et réduire le taux d'épargne (lié au fait que les gens payent leurs dettes privées).

 

Cercle des Européens: L'Irlande est connue pour ces référendums sur les questions européennes. Est-ce une volonté politique ou une obligation légale ?

l'ambassadeur d'IrlandeS.E.M. Paul Kavanagh: Procéder à un référendum populaire n'est pas une décision politique. Elle est prise sur la base d'un avis juridique incontournable. Si un traité demande des amendements à la constitution (quelle que soit leur taille), la seule voie pour le ratifier est le référendum. Nous n'avons pas la possibilité comme en France de passer par la voie parlementaire dans ce cas-là. Si nous ne passions pas par le référendum, un particulier pourrait déposer un recours devant la Cour Suprême qui nous y obligerait. Cela aurait permis aux adversaires du gouvernement de dire qu'il avait été traîné devant la population... Or le gouvernement n'avait rien à cacher et souhaitait procéder de manière ouverte. La tradition référendaire en Irlande est bien ancrée dans notre pays désormais.

 

Cercle des Européens: Est-ce facile de faire campagne de manière objective ?

S.E.M. Paul Kavanagh: Nous avons fait beaucoup de référendum ces dernières années. Les gens sont habitués à ce genre de dialogue. Ils voient bien quels sont les arguments et la rhétorique de chaque camp. Ils ont l’expérience. En plus, la tradition de suffrage direct est tellement forte que les débats sont bien gérés.

Les instances gouvernementales sont interdites de faire campagne pour un côté ou l'autre. Elles doivent rester indépendantes et neutres. Cela est très clair depuis une décision de justice datant de plus de vingt ans sur cet aspect dans un autre contexte. C'est notre socle, la tradition. Il y a une offre d'information assez approfondie livrée à chaque foyer dans le pays en anglais et en irlandais. On a la chance dans notre pays d'avoir une commission publique qui se penche sur chaque question posée au peuple. Cette commission des référendums est chargée de préparer l'information de manière objective, claire et lucide.

 

Cercle des Européens: Les Français de l'étranger peuvent voter dans nos scrutins nationaux. Organisez-vous la collecte du vote pour les Irlandais en France ?

S.E.M. Paul Kavanagh: Il faut être inscrit sur la liste électorale et habiter en Irlande pour pouvoir voter. Il y a des exceptions: les officiels du gouvernement travaillant à l'étranger et leur famille ou les soldats de l'armée irlandaise se trouvant à l'extérieur en service international. Au total, nous avons 4,5 millions d'habitants en Irlande.

Pourquoi est-ce si restreint ? Il y a beaucoup d'Irlandais en voyage régulièrement, or nos réseaux ne sont pas aussi vaste que ceux de la France... De plus, il y a la question de la diaspora irlandaise qui est énorme: 70 millions de personnes dans le monde ont des ancêtres irlandais. A partir de quel moment décide-t-on qui est Irlandais ? La question se pose depuis longtemps. Une convention va se pencher prochainement sur notre constitution. Cette discussion sera sur la table.

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