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S.E.M. Marios Lyssiotis, Ambassadeur de Chypre: "Notre présidence veut rendre l'Europe plus pertinente aux yeux de ses citoyens"

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29 juin 2012

La présidence chypriote commence le 1er juillet 2012 et prend le relais de la présidence danoise. Dans un contexte compliqué de crise de l'euro et de besoin d'aide financière du pays, l'Ambassadeur de Chypre répond aux questions du Cercle des Européens pour nous présenter les grands dossiers de la présidence.


Logo de la présidence chypriote du Conseil de l'Union européenne

Marios Lyssiotis a réalisé une partie de ses études en France à Grenoble où il passe une licence de philosophie et un D.E.A. Etudes Politiques en 1984. Il commence alors une carrière d'enseignant avant d'entrer au ministère des Affaires étrangères chypriote en 1991. Il poursuivra tout le reste de son parcours professionel dans la carrière, que cela soit dans des ambassades ou auprès du Président de la République. En 2004, il devient le représentant permanent de Chypre au Conseil de l'Europe. En 2006, il retourne auprès de la présidence avant de devenir en 2008 Ambassadeur de la République de Chypre en Autriche, Représentant Permanent auprès des Organisations des Nations Unies à Vienne, Représentant Permanent auprès de l’ OSCE.

Il prend son poste à Paris en 2011.

Décorations : Grande Médaille du mérite de la République d’Autriche

Langues : Grec, Français, Anglais


Cercle des Européens: Chypre prend la présidence du Conseil de l'Union européenne après la Pologne et le Danemark. Quels seront les grands dossiers à suivre ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: La feuille de route se prépare en amont et c’est au moment de la présidence du premier pays du trio que les dossiers ont été établis et présentés à l’ensemble des pays membres. Ainsi, Chypre reprendra en route les dossiers hérités de ses partenaires Polonais et Danois. Cependant, nous conservons une certaine marge de manoeuvre quant à l’orientation que nous voulons donner à l’Europe pour les mois à venir.

Les dossiers à suivre se classent selon les quatre priorités que Chypre a établi pour la durée de son mandat :

  • une Europe plus efficace,
  • une Europe dotée d’une économie plus performante, fondée sur la croissance,
  • une Europe plus pertinente aux yeux de ses citoyens, avec solidarité et cohésion sociale et enfin,
  • l’Europe dans le monde, plus proche de ses voisins.

Dans le premier volet, vous trouverez les questions concernant le Cadre Financier Pluriannuel 2014-2020, ou encore la mise en œuvre de la stratégie de l’Europe 2020, outil important pour maximiser le développement durable, la croissance économique et la cohésion sociale des Etats membres. Le deuxième volet lui, se concentre sur la mise en place d’un cadre de gouvernance économique amélioré et une revitalisation de l’acte pour le marché unique. La troisième priorité aborde pour l’essentiel, des questions sociales ou encore de justice et de santé mais aussi de relance de l’emploi. Et enfin, le dernier, se focalise sur la politique extérieure de l’UE et plus spécifiquement autour de la Méditerranée, aussi bien pour l’élargissement, que pour les pays avoisinants en transition démocratique après le Printemps Arabe.

 

Cercle des Européens: Sur les relations avec les pays du Sud, comment allez-vous travailler sur cette question avec l'Union pour la Méditerranée (UPM) ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: Dans le contexte de sa politique de voisinage, l’UE cherche constamment à améliorer les rapports qu’elle entretient avec les pays limitrophes. Il est donc ainsi tout à fait naturel que Chypre – en tant que pays méditerranéen – ait tenté de jouer de cet avantage pour justement renforcer le rôle et l’implication de l’UE dans les pays voisins du Sud ainsi que redynamiser la situation autour de l’Union Pour la Méditerranée.

Pour cette dernière, nous avions pour ambition d’inviter les pays membres de l’Union pour la Méditerranée autour de tables rondes organisées tout au long de la présidence à Nicosie comme à Bruxelles. Ce projet n’a malheureusement pas abouti du fait des blocages par la Turquie de toutes les initiatives prises par la présidence chypriote dans ce cadre.

D’un point de vue plus positif, nous sommes en bonne voie et avec l’aval de la Commission, pour entamer des négociations d’accords de libre-échange avec plusieurs de nos partenaires de la rive sud de la Méditerranée dont le Maroc, la Tunisie et l’Egypte.

 

Cercle des Européens: Beaucoup de discussions européennes portent aujourd'hui sur le volet de la "croissance" sans que tous les pays ne mettent exactement la même chose derrière. Quelle est la vision de Chypre en la matière ? Est-elle proche de la vision défendue par François Hollande durant la présidentielle ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: La vision de Chypre en matière de croissance répond à une double exigence : rétablir la confiance des marchés financiers et des investisseurs, par l’amélioration du cadre de gouvernance économique ; et en même temps, regagner la confiance des Européens en ouvrant les perspectives de croissance. Pour ce faire, il est nécessaire de respecter nos engagements en matière de discipline budgétaire, prendre les mesures adéquates qui vont dans le sens de la relance de la croissance et utiliser les instruments à notre disposition afin de stimuler notamment l’emploi. La Présidence s’efforcera, ainsi, de mettre en œuvre, avec efficacité, les décisions du Conseil Européen qui vont dans ce sens.

Cercle des Européens: La présidence française avait permis à Nicolas Sarkozy de mettre fortement en avant la France auprès de ses partenaires européens. Comment cela va-t-il se passer pour vous ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: La présidence tournante n’est pas seulement une occasion pour les pays européens de se partager le pouvoir décisionnel dans le cadre du Traité, mais également un outil de communication, une manière de mieux faire connaître son pays. Ce sera donc pour nous une opportunité inégalable – pour un petit pays relativement lointain d’un point de vue géographique du centre névralgique de l’Europe – de montrer à l’ensemble de la communauté européenne que nous avons la capacité de contribuer à la construction de l’édifice européen.

 

Cercle des Européens: C'est la première fois que Chypre prend la présidence du Conseil de l'Union européenne... Cela représente-t-il plutôt de l'inquiétude de mal faire ou de la fierté ?

S.E.M. Marios LyssiotisS.E.M. Marios Lyssiotis: Je réponds ici sans hésitation que c’est une fierté pour notre pays. Les enjeux sont importants et le sont encore plus pour un état de la taille du nôtre. Nous avons pu bénéficier sur les douze derniers mois, de l’efficacité et de l’enthousiasme polonais sans oublier le savoir-faire et l’expérience institutionnelle danoise.

En outre, la coopération rapprochée avec nos deux partenaires a permis de grands avancements dans les priorités que le trio avait prédéfinies en juillet 2011 et nous sommes aujourd’hui confiants quant au bon déroulement des 6 prochains mois.

Quoi qu’il en soit, Chypre ressortira, sans doute aucun, grandie de cette fonction, forte de l’expertise et du capital politique qu’elle aura acquis.

 

Cercle des Européens: Une présidence du Conseil de l'Union européenne représente un budget conséquent. Les Polonais avaient investi énormément en 2011 (171 millions d'euros), le Danemark beaucoup moins (35 millions). Et Chypre en ces temps de crise économique ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: Le budget chypriote pour cette présidence s’élève à 62 millions d’euros, dont 23 millions ont été alloués à la réhabilitation du centre des congrès "Filoxenia" à Nicosie où se tiendront la majeure partie des rencontres pour les 6 mois à venir. Cette réhabilitation est un investissement durable et nous espérons que le centre des congrès continuera à accueillir d’autres conférences bien après la fin de notre mandat.

Par ailleurs, ce budget a été établi en fonction des besoins nécessaires à la bonne réalisation de nos dossiers. Ce sera une présidence conforme à l’esprit des temps que nous traversons.

 

Cercle des Européens: L'Euro est en crise... est-ce toujours considéré comme un avantage pour la population de faire partie de la zone euro ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: Certes, nous traversons une période de crise financière sans précédent. Cela nous oblige à tout mettre en œuvre pour l’affronter, tous ensemble, afin de rendre l’Union plus forte et meilleure pour l’ensemble de ses citoyens. Un pays seul, et a fortiori un petit pays comme Chypre ne peut pas répondre à la mondialisation et à la crise générale. Appartenir à un ensemble plus large et plus fort constitue le cadre le plus performant pour affronter cette crise. En outre, la solidarité entre partenaires de l’Union européenne et de la zone Euro en particulier, contribue à affronter plus efficacement les défis posés par la crise.

Il est par ailleurs, inévitable qu’en période de crise, l’attention se focalise sur la difficulté et les faiblesses. Il ne faut, néanmoins, pas oublier que l’Union européenne représente un des pôles économiques majeurs. Il possède des avantages et moyens considérables pour affronter les défis économiques, garantir le bien-être de ses citoyens et agir sur la scène internationale.

Les Chypriotes restent certainement attachés aux valeurs européennes et demeurent profondément pro-européens ! 

 

Cercle des Européens: Comment allez-vous diffuser l'information auprès de population ? Est-ce l'occasion de faire plus particulièrement la promotion de l'Europe auprès d'elle ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: Quelle meilleure réponse à cette question que notre slogan même: "Pour une meilleure Europe". Une Europe telle que nous l’envisageons est aussi plus proche de ses citoyens et plus efficace. Toutes les actions de notre présidence vont dans ce sens.

Nous avons choisi de répondre à cette prérogative par un engagement accru auprès des partenaires sociaux, des ONG et des autorités locales en vue d’une meilleure mise en œuvre de la stratégie Europe 2020. Sans compter notre investissement auprès de nos citoyens au nom de l’année 2012 baptisée année européenne du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle, auquel s’ajoute des questions en lien avec la santé, le bien-être des enfants, la culture et l’éducation.

 

Cercle des Européens: Le pays est toujours occupé dans sa partie nord par l'armée turque. Comment cela est-il ressenti par la population chypriote ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: Le conflit chypriote perdure, malheureusement, encore de nos jours et ce, malgré tous les efforts déployés pour la réunification de l’île tant au niveau national qu’au niveau des instances internationales.

Néanmoins, il est ici primordial d’insister sur le fait que Chypre n’a pas l’intention de définir sa présidence en fonction de son problème national. Et, inversement elle ne permettra en aucun cas la remise en question de son rôle en tant que Présidence du Conseil à cause de son problème national.

 

Cercle des Européens: Que souhaitez-vous que nous retenions à la fin de la présidence chypriote ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: Le message que nous souhaiterions passer est bien simple. Nous voulons, au moment de faire le bilan de cette présidence, être en mesure de dire que malgré le contexte socio-économique actuel difficile, nous sommes parvenus à faire avancer les dossiers que nous avions prévu d’aborder, mais surtout que nous avons contribué à rendre l’Europe un tant soit peu meilleure pour ses citoyens.

 

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