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Philippe Moreau Desfarges: "Angela Merkel a obtenu tout ce qu’elle voulait"

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25 juin 2007

Alors que les 27 viennent de trouver un accord sur la rédaction d’un nouveau traité, permettant ainsi de sortir l’Europe de la crise, Philippe Moreau Desfarges analyse cette étape importante.


Chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), Philippe Moreau Desfarges est co-directeur de Ramses.


Le Cercle des Européens : Les Vingt-sept ont fini par accoucher, dans la douleur, d’un compromis...Comment expliquer l’importance de la résistance polonaise ?

Philippe Moreau Desfarges : Je pense, tout d’abord, que les dirigeants polonais connaissent mal l’Europe et son fonctionnement... Ils la comprennent mal. Ils ne sont pas encore habitués à cet univers de compromis et de marchandages dans lequel ils ont l’impression que leur "susceptiblité" nationale ne compte pas. Ce qui m’amène à la deuxième explication : il ne faut pas oublier que les frères Kaczinsky ont été élus sur un programme de la défense de l’identité nationale polonaise. Une identité remise en cause, selon eux, par l’intégration europénne mais aussi par le déclin des valeurs catholiques dans le pays... Ils ont voulu montrer que la Pologne savait rester maître d’elle même. Mais Angela Merkel a obtenu ce qu’elle voulait : ne pas rediscuter les clauses mêmes du nouveau dispositif de vote. Le prix à payer, c’est donc l’entrée en vigueur du vote à double majorité en 2014 ou 2017 et non en 2009...

Ça change quoi ?

C’est clair qu’une entrée en vigueur plus rapide du vote à double majorité eut été mieux mais je ne crois pas que ça change grand chose. Il faut savoir que c’est toujours la recherche du consensus qui prime lors d’un Conseil des ministres en Europe. Tout le monde essaie de se mettre d’accord. Si,et seulement si, un consensus est vraiment impossible à trouver, alors seulement il y a vote. L’Union fait donc un usage modéré du vote. Ce qui relativise un peu son importance et du coup ses modalités. Deuxième chose, on ne retirera pas la possibilité à un pays membre la possibilité d’user d’un droit de veto, de s’opposer à quelque chose qu’íl considère comme fondamental. Pour tous les pays, dans cette quasi-fédération qu’est l’Europe, ce droit rassure. C’est quelque chose de psychologiquement très important. Et enfin, n’oubliez pas que le Conseil décide de moins en moins souvent tout seul. Le Parlement a également son mot à dire lors des processus de co-décision.

La Charte des droits fondamentaux ne s’appliquera pas aux Britanniques et ils ont refusé le terme de "Ministre européen des Affaires etrangères" pour celui de " Haut représentant pour les Affaires étrangères et de sécurité commune"...

Le Royaume-Uni mène un combat d’arrière garde. De manière un peu caricaturale, les Britanniques veulent juste un grand marché, c’est tout ! S’ils le veulent, il faut donc des politiques, des règles et des lois communes ! Mais, hypocritement, ils refusent de nommer les choses comme pour le Minsitre européen des Affaires étrangères. Mais, c’est à usage interne. La population britannique ne veut pas de l’intégration europénne mais ce sont les responsables politiques qui la leur impose... Je pense, en étant un peu méchant, que les Anglais ont tout de même la nostalgie de l’Empire, quand ils ètaient la première puissance du monde !

Tony Blair a-t-il réussi sa sortie de scène europénne ?

Sa sortie de scène, oui. Il a plus ou moins obtenu ce qu’il voulait et il quitte l’Europe sur un succès collectif. Mais, globalement, la politique europénne de Tony Blair est un échec ! Ce fut le premier minsitre le plus pro-européen de l´Histoire mais il n’a pas réussi à convertir les Britanniques à l´idée européenne... Il voulait inclure le Royaume-Uni dans la zone euro et il a échoué.

Angela Merkel est donc la nouvelle star de la politiquue européenne...

C’est assurémment désormais la grande femme d’Etat de l’Europe. Elle a tous les atouts. Elle connaît magnifiquement l’Europe de l’Est pour avoir vécu en Allemagne de l’Est. Elle parle russe et elle a de très bons contacts avec les Américains. Il faut saluer son habilité et son intelligence politique...

Et le rôle de Nicolas Sarkozy ?

Arrêtons de dire qu’il est à l’origine de l’idée du Traité simplifié. Ce sont des bêtises ! Cette idée existait depuis le non à la Constitution en 2005. Elle a toujours été dans l’air mais Nicolas Sarkozy a sans doute eu le mèrite de l’exprimer plus haut et plus clairement que les autres... Mais on voit que quand la France et l’Allemagne travaillent main dans la main, tout en donnant leurs places aux autres partenaires ( la Grande-Bretagne, l’Espagne,...), l’Europe retrouve son souffle.

Quelle leçon globale tirer de ce Conseil historique ?

Je pense que les questions qu’il faut désormais se poser c’est : " Est-ce que ce système intergouvernemental fonctionne encore ? Ces marathons épuisants sont-ils la formule adéquate ?" Il faut un profond débat sur les modalités de la construction européenne.

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