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Nikiforos Diamandouros, médiateur européen : "Il faut développer une vraie culture administrative de service."

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08 octobre 2013

Après 10 ans de mandat, et quelques jours après avoir passé la main, le désormais ancien médiateur européen Nikiforos Diamandouros a accepté de répondre aux questions du Cercle des Européens.



Le rôle du médiateur européen est mal connu alors qu’il a été institué dès le Traité de Maastricht. Comment définiriez-vous votre fonction ?
Le médiateur européen n’est pas très connu mais en général les médiateurs nationaux ne sont pas très connus non plus. Si je devais expliquer, je dirais que l’Europe a, comme la France, un défenseur des droits, en la personne du médiateur européen.Au niveau européen, le médiateur est une instance indépendante élue par le Parlement européen. Elue mais indépendante, j’insiste. Elle peut être saisi par n’importe quel citoyen européen à partir du moment où il rencontre des difficultés avec la fonction publique européenne.

Quel les sont les conditions de saisines ?
Deux conditions doivent être remplies : il faut une brèche du droit européen manifeste au niveau européen (et non pas au niveau national). Dans ce cas, vous pouvez saisir le médiateur européen.

Le médiateur européen est une instance méconnue. Quelle est la cause principale de ce manque de visibilité ?
Tout ce qui touche à l'Etat providence est dans les mains des administrations nationales et régionales et pas de l'administration européenne. C’est la raison la plus profonde qui explique le manque de visibilité du médiateur.
Il n’y a pas de formule magique pour augmenter la visibilité et la connaissance des citoyens. La pédagogie et l’information sont deux axes majeurs. Et puis, il faut être persévérant. C’est un axe à ne pas négliger.
Pendant 10 ans, j’ai voyagé dans tous les pays membres, 3 ou 4 fois chacun, pour informer les citoyens de chaque pays. De plus, j’ai voulu que l’on accentu e notre présence sur internet.
Aujourd’hui, le site web connait une audience remarquable. C’est un vecteur important pour les services du médiateur.

Quels sont les pays d’où émanent le plus de plaintes ?
Tout dépend de la façon d’examiner. Si on se fixe au nombre de plaintes , les plus grands pays arrivent en tête comme l’Allemagne, l’Espagne et la Pologne. Si on se base sur une estimation au prorata du nombre d’habitant, le classement change au profit des petits pays comme Chypre, Malte ou le Luxembourg.

Le mercredi 3 juillet dernier, Emily O’Reilly a donc été élue au poste de Médiateur européen. La première femme, mais aussi la première Irlandaise à défendre ce poste. Quel conseil lui donneriez-vous?
Continuer et renforcer les efforts pour se rapprocher du citoyen européen. Il faut développer une vraie culture administrative de service. C’est ce que j’ai fait pendant les 10 ans, c’est ce qu’il faut poursuivre.

Dernière question : Nous sommes à moins d’un an des élections européennes ; beaucoup redoutent une montée des populismes. Qu’elle est le point de vue, non pas du médiateur, mais de l’européen ?
Je suis tenu à une certaine neutralité.  On se confronte à une baisse considérable du taux de participation dans de nombreux pays accentué par un sentiment de distance qui s’est créé entre les institutions et les citoyens. Le plus grand défi, c’est de s’assurer que les élections vont produire un parlement qui pourra renforcer la vision européenne que l’on construit depuis un demi-siècle. Renforcer et pas affaiblir. Ce sera l’enjeu de ces élections.
 

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