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Jean Pisani-Ferry: "Un paradoxe dans la position française sur la gouvernance économique"

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12 mars 2012

Pour Jean Pisani-Ferry, directeur du Bruegel, il y a un paradoxe dans la position française à être toujours en faveur de la gouvernance mais jamais pour la délégation de compétences. Cette interview a été réalisée à l'occasion du grand débat organisé par la Représentation en France de la Commission européenne le 6 février dernier à la Maison de la Chimie à Paris et dont le Cercle des Européens était le partenaire.


Jean Pisani-Ferry est directeur du think-tank européen "Bruegel" depuis janvier 2005. Il est également professeur d'économie à l'Université Paris-Dauphine.

Il rejoint la Commission européenne en 1989 en tant que conseiller économique auprès du Directeur général de la DG ECOFIN. De 1992 à 1997, il était le directeur du CEPII, principal centre de recherche français en économie internationale. En 1997, il est devenu conseiller économique principal auprès du ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn et a ensuite été nommé président exécutif du Conseil d'analyse économique rattaché auprès du premier ministre (2001-2002). De 2002 à 2004, il a été conseiller principal du directeur au Trésor.

Jean Pisani-Ferry a occupé des postes d'enseignement dans diverses universités, notamment l'école Polytechnique à Paris et à l'Université libre de Bruxelles. Né en 1951, Jean Pisani-Ferry a suivi à l'origine une formation d'ingénieur et détient également une maîtrise en mathématiques. Il est titulaire d'un diplôme d'études supérieures en sciences économiques délivré par le CEPE de Paris. Il publie des chroniques régulièrement dans Le Monde et le Handelsblatt.


Cercle des Européens: Nicolas Sarkozy appelle à ce qu'il y ait plus de "gouvernance économique". Comment cela se traduirait-il ?

Jean Pisani-Ferry: Il y a un paradoxe dans la position française, toujours en faveur de la gouvernance mais jamais pour une délégation de compétences ou de pouvoirs. Or, la coordination a montré ses limites, ne fonctionnant qu'avec des règles claires. La position française est plutôt de dire qu'il faut avoir une capacité d'action discrétionnaire, supposant qu'on ait un vrai pouvoir... mais cela ne peut se construire par coordination ou par mise en commun. Il y a donc bien un paradoxe et une contradiciton dans la position française traditionnelle. Cela ne date pas que de ce gouvernement et de ce président, mais depuis Maastricht en fait.

 

Cercle des Européens: Faut-il remettre de la "politique" dans l'union monétaire en Europe ?

Jean Pisani-Ferry: Si on veut faire des pas décisifs dans la gestion de l'euro, cela pose des problèmes politiques. La question des eurobonds, obligations d'état garanties conjointement, c'est fondamentalement une question politique. Pour qui que ce soit devant garantir les obligations de ses partenaires, on aura la question du droit de véto sur l'émission de sa dette par le partenaire. Quelle institution aura la légitimité politique pour le faire ? Ce n'est pas une question technique ou économique, mais bien politique.

 

Photographie de Jean Pisani-Ferry issue du site de BruegelCercle des Européens: Les agences de notation sont-elles responsables de la crise de la zone euro ?

Jean Pisani-Ferry: Non, les agences de notation ne déterminent pas les opinions du marché et dans un certain nombre de cas elles le suivent. Pour autant, elles ont un impact car on leur a donné du pouvoir en asseyant sur la notation des réglementations et au-delà un certain nombre de comportements, comme la mise d'épargne dans un fonds garantissant un certain niveau de sécurité par le biais des notes. Donc quand un pays est dégradé il va sortir du porte-feuille d'investissements que nous avons. La question est par conséquent plus le rôle qu'on a donné aux agences de notation que leur comportement en lui-même.

Par ailleurs, elles ont été très coupable dans la crise des subprimes quant à la relation incestueuse avec les auditeurs, ce qu'on ne peut pas leur reprocher dans la crise de l'euro. On peut leur reprocher d'abord d'avoir été trop généreuses au moment de l'entrée de la Grèce dans l'euro avec une note relevée non justifiée. Ensuite, elles ont dégradé cette note de manière précipitée au moment où elles ont vu les problèmes se développer... mais ce ne sont pas elles qui ont créé ces problèmes.

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