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Hervé Morin, président du Nouveau Centre: "Les Français ne supportent pas l'Europe qu'on a faite"

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09 février 2012

Hervé Morin, candidat du Nouveau Centre à la présidence de la République, était l'invité du Cercle des Européens à l'ambassade de Pologne mardi 7 février. Il a défendu sa vision d'une Europe plus intégrée avec plus de politique dans les institutions. Pour lui, l'Europe deviendra fédérale grâce à une avant-garde constituée autour du couple franco-allemand.


Hervé Morin est né le 17 août 1961 à Pont-Audemer (Eure). En 1993, il rejoint le ministère de la Défense, en tant que conseiller technique chargé des relations avec le Parlement, des affaires domaniales et des questions d'environnement au cabinet de François Léotard, ministre de la Défense. En 1995, il devient maire de la commune d'Epaignes (Eure) puis député le 29 novembre 1998, dans la 3ème circonscription de l’Eure, succédant à Ladislas Poniatowski. Il devient président du groupe de l’Union pour la démocratie française (UDF) à l'Assemblée nationale, jusqu’en 2007. Cette année-là, il obtient un troisième mandat de député de l'Eure. Du 18 mai 2007 au 14 novembre 2010, il participe au gouvernement de François Fillon en tant que ministre de la Défense.

Il préside le Nouveau Centre, parti qu’il a fondé dans la lignée de l’UDF au lendemain de l’élection présidentielle de 2007 car il était en désaccord avec la ligne politique définie par François Bayrou. Depuis 2011, il est co-président de l’Alliance Républicaine Ecologiste et Sociale.

Hervé Morin milite pour la réunification de la Normandie, au sein de l'Association pour la Réunification de la Haute-Normandie et de la Basse-Normandie, qu’il préside depuis 1999.


Cercle des Européens: L'Europe, est-ce un des grands sujets de cette présidentielle ?

Hervé Morin: Ce devrait en être un car on voit bien qu'on est dans un monde nouveau. Ce monde n'est plus construit autour de l'Atlantique mais devient multipolaire. Les océans pacifique et indiens deviennent des zones de prospérité et de croissance. Nous avons besoin de créer une Europe puissance, capable de construire un rapport de forces avec les autres puissances du XXIe siècle.

Par ailleurs, l'Europe capable doit bénéficier d'institutions lui permettant de régler les défis qui lui sont propres: comment peut-on avoir une politique de l'immigration efficace si elle n'est pas européenne ? comment peut-on maintenir une zone monétaire si elle ne va pas vers plus d'intégration budgétaire, fiscale et sociale dans le même temps ? Ces sujets sont centraux, c'est une partie de la résolution de nos problèmes. Pourtant, c'est un sujet encore mis à la trappe parce qu'on a le sentiment aujourd'hui que ce n'est pas porteur.

 

Cercle des Européens: Pourquoi les Français apparaissent-ils comme désanchantés sur l'Europe ?

Hervé Morin: Les Français ne supportent pas l'Europe qu'on a faite plutôt que la construction européenne en tant que telle. Ils ne supportent pas qu'on ait un espace économique intégré alors que nous avons autant de divergences d'un pays à l'autre. C'est l'arboriculteur du Sud-Ouest qui ne supporte pas que le produit phyto-sanitaire soit interdit en France mais autorisé en Espagne... C'est le pêcheur breton ne supportant pas qu'on importe 80% de notre poisson consommé et qu'on impose pas les mêmes règles en matière de protection de la ressource haliotique... ce qu les Français veulent, c'est d'une vraie intégration européenne. Pas d'une règle de la concurrence libre et non-faussée comme alpha et oméga de la politique européenne. On a besoin d'une Europe avec un Parlement européen où on est en mesure de dire s'il est libéral, social ou au centre. On a des institutions démocratiques en Europe mais nous devons y remettre de la politique.

 

Cercle des Européens: Nicolas Sarkozy se dit pour une Europe "intergouvernementale"... et vous ?

Hervé Morin: Ce n'est pas l'Europe que je souhaite. Cette Europe dont le symbole était cette visite de Georges Bush en Europe au moment de la présidence française de 2008 et où Nicolas Sarkozy et lui étaient à l'avant d'une voiture de golf tandis que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, était à l'arrière à l'endroit où l'on range les sacs de golf. Je veux une Europe aux institutions capables de définir l'intérêt général européen, ce qui n'est pas la somme des intérêts des Nations. Ces institutions doivent bénéficier d'une légitimité démocratique nécessaire quand on leur confie des parts de souverainetés et de compétences. Voilà pour moi ce qu'il faut construire, mais cela ne se fera pas à 27. Cela ne pourra se réaliser qu'avec une avant-garde.

 

Cercle des Européens: Si vous êtes élu, quel sera votre premier geste vis-à-vis de vos partenaires européens ?

Hervé Morin: Pour moi, c'est de passer le Rhin, d'aller à Berlin en avion de ligne (pour montrer un comportement de l'Etat fait de sobriété) et de proposer à Angela Merkel de construire cette Europe fédérale, avec des institutions nouvelles qui soient celles d'une avant garde pour une Europe intégrée. Cela ne se fera pas à 27 car certains pays n'en veulent pas et préfèrent que cela reste une zone de libre-échange et de prospérité. Il faut un ensemble de sept, huit, dix pays autour du couple franco-allemand pour créer ces institutions avec cette ambition d'une Europe fédérale, d'intégration budgétaire, économique et fiscale, portant l'intérêt européen et contrôlée démocratiquement.

 

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