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Daniele Bianchi: "Pour 100 euros par citoyen et par an, la PAC a été efficace"

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05 juillet 2013

Fonctionnaire européen (*)

Auteur de "La politique agricole commune. Précis de droit agricole européen", éditions Bruylant.


Politique agricole commune / Crédit © Union européenne, 2013


Un accord a été trouvé sur la réforme de la Politique agricole commune (PAC). Quel est votre sentiment?

Mitigé. Pour moi, la réforme est un pas vers une complication ultérieure. Un des aspects important de cette réforme est le "verdissement", le fait de conditionner une part des aides directes au respect de mesures environnementales. Est-ce réellement une avancée ou une simple mesure d'affichage ? La PAC a toujours eu un volet écologique. Comment faire de l'agriculture sans penser à l'environnement? Un agriculteur qui fait correctement son travail sait qu'il ne peut exploiter la terre au-delà d'un certain niveau. J'ai l'impression qu'on veut faire du marketing avec le verdissement pour sauver le budget de la PAC. Cela dit, c'est peut-être nécessaire effectivement dans la mesure où la PAC apparaît souvent comme un outil au service d'une seule catégorie de la population. La PAC représente pourtant beaucoup plus que cela. C'est un projet de société. Certes, le message passe mal. On dit souvent que la PAC concerne les 5 millions d'agriculteurs en Europe. Elle concerne en réalité 500 millions de consommateurs...

Dans votre ouvrage, vous rappelez les objectifs de la PAC en soulignant qu'ils sont finalement très vagues ...

Oui, les objectifs (renforcer la productivité agricole, garantir l'autosuffisance alimentaire, assurer des prix raisonnables pour les consommateurs et un revenu stable pour les agriculteurs...) ont été formulés de manière à ce que la PAC puisse s'adapter au fil du temps. La PAC est une politique à réforme constante. On ne peut aujourd'hui gérer les marchés agricoles comme à la sortie de la seconde guerre mondiale. On a aussi listé les instruments disponibles auxquels on a eu recours progressivement. D'autres objectifs ont été ajoutés: qualité des produits, bien-être des animaux, développement rural....La PAC est flexible, c'est aussi sa force.

Vous évoquez la spécificité de l'agriculture. "L'agriculture exige une forme d'interventionnisme plus poussée que dans d'autres secteurs. Vous écrivez qu'aucun grand pays agricole ne laisse son agriculture guidée par les seules lois du "laisser-faire, laisser-aller"...N'est-ce pas difficile à défendre aujourd'hui au regard des difficultés auxquelles sont confrontés d'autres secteurs...?

L'agriculture n'est pas un secteur comme un autre. La finalité de l'activité agricole, c'est de nourrir la population. On peut se passer d'un téléphone mais pas de se nourrir. Par ailleurs, l'agriculture est soumise aux aléas climatiques et d'un autre côté, les produits agricoles sont périssables. Ce sont pour moi des éléments qui justifient une politique interventionniste. Un Etat ne peut ne pas s'occuper de l'alimentation de ses citoyens. Il y a un enjeu aussi de sécurité alimentaire. La demande alimentaire devrait doubler dans les quarante prochaines années. Dans le Traité, il est indiqué que la PAC doit veiller à l'approvisionnement des marchés. Certains l'interprètent comme une justification à la préférence communautaire et à une politique d'autosuffisance. Lorsqu'en réalité, cela n'exclut pas l'approvisionnement à l'extérieur.

Il y a eu aussi le scandale de la viande de cheval...

Le véritable scandale à mes yeux, n'est pas la viande cheval à proprement parler car on ne se trouve pas devant un problème d'ordre sanitaire. Le scandale, c'est plutôt l'origine de la viande. Pourquoi en France, par exemple, devrais-je acheter un produit dans lequel on trouve de la viande provenant de Roumanie ou vice-versa. Ne peut-on pas développer des filières de production locale? Il faudrait sensibiliser le consommateur à lire davantage l'étiquette des produits qu'il achète. Connaissez-vous par exemple la différence entre AOP (appellation d'origine protégée) et IGP (indication géographique protégée? Dans le premier cas, le produit originaire de la zone protégée est transformé sur place, dans le second, la matière première peut provenir d'une autre région, d'autres Etats membres voire de pays tiers...Il y a matière à simplifier et expliquer...

(*) Les opinions exprimées sont propres à l’auteur et ne peuvent, en aucun cas, être considérées comme une position officielle de l’institution dont l’auteur fait partie

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