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Les "mythes" de la crise grecque et les défis de l’Union européenne

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24 janvier 2011

Invité d’honneur de la troisième édition du colloque "Nouveau monde, nouveau capitalisme", organisé le 6 janvier au Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, sur le thème : Régulation, solidarité, croissance, le Premier ministre grec, Georges Papandréou, s’est exprimé sur les ressorts de la crise que traverse son pays depuis le printemps 2010. Il a formulé un ensemble de propositions pour transformer la crise de la zone euro en opportunité.



Le poids de l’économie grise

Georges Papandréou s’est d’abord attaché à déconstruire les mythes entourant la crise grecque. Si au niveau européen, l’endettement constitue "le symptôme même des problèmes de gouvernance économique", en Grèce, il est du non pas à un "excès de dépenses", mais à leur "mauvaise allocation, au clientélisme, à la corruption et à l’évasion fiscale". L’"économie grise" a représenté jusqu’à 40 ou 50% du PIB. Pressé par l’UE et le FMI (dans le cadre du plan d’aide défini en mai) , ainsi que par les marchés, de redresser les finances publiques, le Premier ministre grec a mis l’accent sur les importants "sacrifices" consentis pour atteindre les objectifs de réduction du déficit (de 15,4% en 2009 à 9,4% en 2010).

Georges Papandréou se veut avant tout réformateur. En vue d’une "transformation en profondeur" du pays, plusieurs chantiers ont été ouverts sur la fiscalité, les retraites, les privatisations et la restructuration de secteurs publics, tout en tenant compte des exigences de transparence et de protection des droits fondamentaux. Ces réformes constituent des "conditions essentielles" pour refonder les bases d’une croissance pérenne. En 2010, le pays devrait connaitre une récession de 4,2% et de 3% en 2011. L’UE table sur un retour à la croissance pour 2012 (1,1%) (source : Eurostat).

Des marchés au service d’une minorité

Le second mythe consiste à penser que les marchés constituent la clé du problème. Malgré la cure d’austérité et les réformes entreprises, approuvées par le FMI et l’Union européenne, le Premier ministre a déploré le fait que "la Grèce reste sous la pression des marchés". Critiquant le rôle des agences de notation, il a ajouté : "on est en train de dévaliser le potentiel de croissance de la Grèce". Fin décembre 2010, le taux des obligations d’Etat à 10 ans atteignait un sommet avec 12,55%. A titre de comparaison celui de l’Allemagne, qui sert de référence, s’établit autour des 3,% et celui de la France à 3,4%. L’enjeu, selon le Georges Papandréou est d’encadrer les marchés afin qu’ils contribuent au "bien commun" et ne servent pas uniquement "les intérêts d’une minorité".

L’austérité, seule réponse à la crise ?

"Penser que les Etats membres résoudront leurs problèmes à coup de cure d’austérité est une erreur", a affirmé le Premier ministre. Selon lui, les inégalités dans la société et les déséquilibres entre Etats sont le défi majeur de l’Europe. Il a ainsi appelé à "une société plus juste", sur le plan national, et à la "solidarité" au niveau européen, en dénonçant la stigmatisation de son pays ou d’autres, dits laxistes. Il a à ce propos souligné que l’aide européenne à la Grèce ne devait pas être assimilée à de la "philanthropie" ou de "la charité". "Nous allons rembourser", a-t-il ajouté. La veille du colloque, le Ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou, démentait d’ailleurs toute rumeur sur une éventuelle restructuration de la dette grecque.

La gouvernance et la compétitivité au cœur des défis de l’Europe

Le Premier ministre s’est indigné contre le processus observé durant la crise qui à consisté à "privatiser les bénéfices et socialiser la dette". Il a cité en exemple le cas de l’Irlande où les citoyens "paient pour les dérives d’un système".

Au delà de la consolidation budgétaire, le renforcement de la gouvernance européenne est seule à même de permettre la sortie de crise : "Il faut renforcer la famille européenne".

Si l’Union européenne doit chercher à renforcer sa compétitivité dans l’économie mondiale, le déficit dont elle souffre vis-à-vis des pays émergents, est "fondé sur l’inégalité". Le modèle de croissance de ces pays "n’est pas un modèle à suivre", a déclaré le Premier ministre pour qui les fondements de l’économie européenne doivent reposer sur la qualité, le bien être social et le développement durable.

Les euro-obligations : un outil essentiel pour la stabilité financière et la croissance

Parallèlement au chantier de la régulation financière (passant notamment par un meilleur encadrement des agences de notation) et de la stabilisation de la zone euro (avec la mise en place du Mécanisme permanent de stabilité), le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’un nouveau modèle de croissance durable créateur d’emplois. Parmi les outils à disposition de l’Union européenne, il a mentionné la mise en place d’une taxe sur les transactions financières et sur les émissions de CO2. Il a défendu la création d’euro-obligations, pour financier de grands projets d’infrastructures et réduire les tensions sur les marchés des obligations souveraines.

La France avait appuyé l’Allemagne opposée à ce projet qui avait fait l’objet d’une importante polémique en amont du Conseil européen de décembre 2010, suite à la proposition de Jean-Claude Junker et Giulio Tremonti de créer une agence européenne de la dette. Répondant indirectement aux réticences de Berlin et de Paris, M. Papandréou a affirmé que ces emprunts ne devaient en aucun cas se substituer aux efforts nécessaires des Etats en termes d’assainissement budgétaire.

En conclusion de son intervention Georges Papandréou s’est montré confiant quant à la capacité à "transformer la crise en opportunité, pour la Grèce, l’Union européenne et le monde". Thème central de son message, il a estimé que défendre l’économie européenne, c’était défendre des valeurs démocratiques et sociales valables pour l’ensemble des peuples du monde.

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