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Violence lors des manifestations sportives: que fait le Conseil de l’Europe ?

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05 octobre 2012

Pierre Masson, Secrétaire des conventions du sport, Conseil de l’Europe, nous explique comment le Conseil de l'Europe peut avoir une action pour contrer les violences en marge des rencontres sportives.



Le 29 mai 1985, lors d’un match entre les clubs de football de Liverpool et de la Juventus de Turin, 39 spectateurs perdent la vie et plus de 600 autres sont blessés. Le 1er novembre de la même année entre en vigueur la Convention européenne sur la violence et les débordements de spectateurs lors de manifestations sportives et notamment de matches de football.

Après plus de 25 ans d’existence, cette Convention, forte de l’adhésion de 41 États européens et de plusieurs observateurs, n’a rien perdu de son actualité, et vient même d’enregistrer une demande d’adhésion du Maroc, premier État non-européen à franchir ce pas.

La Convention sur la violence des spectateurs est un traité international décrivant un ensemble de mesures que les États parties s’engagent, en le ratifiant, à mettre en œuvre afin d’améliorer la sécurité des spectateurs lors des évènements sportifs. En ce sens, l’éradication de la violence lors des manifestations sportives relève en première instance de la responsabilité première des États parties à la Convention.

Ces États, dont certains n’ont ratifié la Convention que très récemment, ont développé une énergie hors du commun pour assainir les manifestations sportives. Le Royaume-Uni et la Belgique ont par exemple tous deux mis en place une agence spécialisée dans la sûreté lors des manifestations sportives. Les États membres de l’UE ont également pris l’initiative, à travers les structures du Conseil de l’UE, de mettre en place un réseau de points nationaux d’information football notamment destinés à prévenir les débordements lors de matches internationaux.

Si la mise en œuvre de la Convention revient essentiellement à ses États parties, le Conseil de l’Europe joue également un rôle important. Les articles 8 à 10 de la Convention établissent un Comité permanent chargé de suivre l’application de la Convention, mais aussi de formuler des propositions d’amélioration ou des recommandations. Ce comité est le seul organe officiel qui s’occupe de cette problématique au niveau intergouvernemental. Depuis 1985, plus de 20 recommandations ont été adoptées, venant préciser ou compléter certains articles de la Convention, et des visites du Comité permanent ont permis à près de 20 États parties d’évaluer leur mise en œuvre de la Convention et de bénéficier de conseils pour progresser en la matière.

Il faut également rendre hommage au rôle joué par les organisations sportives. A des degrés certes divers, l’UEFA et la FIFA, observateurs du Comité permanent, ont à cœur d’assurer la sûreté et la sécurité des spectateurs participant aux manifestations qu’elles organisent. Ainsi, entre janvier et mai 2012, l’UEFA a-t-elle souhaité coopérer avec le Conseil de l’Europe pour aider les autorités polonaises et ukrainiennes en charge d’organiser l’EURO 2012, à travers un projet conjoint destiné à assurer les meilleures conditions en matière de sûreté et de sécurité des spectateurs.

Enfin, il faut également souligner le rôle joué par la société civile. Ainsi, Football Supporters Europe, organisation regroupant des associations de supporters de près de 30 pays européens, disposant du statut d’observateur auprès du Comité permanent, développe actuellement un manuel européen sur les chartes de supporters, appuyant le travail du Comité permanent en la matière. Le comité met dès lors clairement l’accent sur une approche qui implique chaque partenaire.
En guise de conclusion, il faut souligner que les problèmes de violence de spectateurs, à l’origine de la Convention du Conseil de l’Europe, ne constituent qu’une partie, certes importante, de la question plus générale de la sûreté et de la sécurité des spectateurs. Cet aspect des choses a été reconnu par le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe qui, sur bases des résolutions adoptées par les Ministres européens responsables du sport lors de leur dernière Conférence (Belgrade, 15 mars 2012), ont confié le mandat de revoir la Convention afin de l’adapter aux défis contemporains. 

 

Pierre Masson

Secrétaire des conventions du sport, Conseil de l’Europe

 

logo de Sports et CitoyennetéCet article était à l'origine à destination du think-tank Sports et Citoyenneté:

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