Twitter du Cercle

Stratégie Europe 2020: quelle contribution pour le secteur du sport ?

Version pour imprimerPDF version

01 juin 2012

La Commission européenne a lancé le 3 mars 2010 la "Stratégie Europe 2020" dont l’objectif est de préparer la sortie de la crise actuelle et l’économie de l’Union européenne pour la décennie à venir. Sylvain Landa de Sport et Citoyenneté revient sur l'impact que cela peut avoir sur le sport.

Stratégie EU 2020 et le sport


Trois grandes priorités ont été identifiées par la Commission européenne :

  • Une croissance intelligente, à travers une économie fondée sur la connaissance et l’innovation.
  • Une croissance durable, fondée sur une économie plus verte et plus compétitive.
  • Une croissance inclusive, fondée sur une économie à fort taux d’emploi favorisant la cohésion sociale et territoriale.

Parmi les initiatives prévues pour atteindre ces objectifs, certaines peuvent-elles trouver un prolongement dans le secteur du sport ? Autrement dit, comment le secteur du sport peut-il contribuer à la réussite des objectifs fixés dans la Stratégie Europe 2020 ? La Communication de la Commission européenne intitulée "Développer la dimension européenne du sport", en date du 12 janvier 2011 amène quelques éléments de réponse. Selon ce document, "le sport a une capacité énorme à favoriser une croissance intelligente, durable et inclusive et à créer des emplois par ses effets positifs sur l’inclusion sociale, l’éducation, la formation et la santé publique".

Il est certain que le sport est un secteur économique vaste et en pleine expansion. Il suffit pour cela de jeter un coup d’œil à une étude européenne actuellement en cours, qui prévoit la construction de comptes satellites pour le sport (CSS) dans les différents Etats membres de l’Union. L’intérêt de ce type de comptes est de quantifier des sujets ou des secteurs de l’économie qui ne sont pas "observables" dans le système traditionnel des comptes nationaux, parce qu’ils ne correspondent pas à une activité économique spécifique statistiquement définie. Le sport est justement dans ce cas de figure. Jusqu’à présent, quatre pays ont produit un CSS : le Royaume-Uni, Chypre, l’Autriche et la Pologne. D’après les premiers résultats de cette étude, le sport représente 4,9% du PIB en Autriche, 2,4% à Chypre, 2,3% pour le Royaume-Uni et 2% pour la Pologne. La part de l’emploi sportif dans l’emploi total étant de 2% en Pologne, 2,2% à Chypre, 2,5% au Royaume-Uni, et près de 6,4% en Autriche. Une illustration de l’importance du tourisme sportif dans l’économie autrichienne, que confirme cette donnée : près de la moitié du chiffre touristique de l’Autriche est liée au sport, notamment à la pratique du ski.

Si la France n’a pas encore élaboré son CSS, les différentes enquêtes disponibles permettent de dresser certains constats. Ainsi, selon Philippe Joffard, Président du Comité Sport du Medef et PDG de Lafuma SA, la dépense sportive a augmenté deux fois plus vite ces dix dernières années en France qu’en Allemagne, et représente plus de 2% de notre PIB.

Le sport contribue également à la croissance et à l’emploi, avec une valeur ajoutée et un impact dépassant largement les taux de croissance moyens. L’Union estime ainsi que depuis 1980, le nombre total d’emplois repris dans la catégorie « activités sportives » a triplé, tout comme les possibilités qu’il offre en matière de formation tout au long de la vie (le sport est le principal secteur pourvoyeur d’activités bénévoles dans l’Union). En France, toujours selon Philippe Joffard, le secteur du sport a connu une croissance trois fois plus rapide que dans le secteur marchand non agricole entre 1996 et 2007. On dénombre ainsi environ 120.000 salariés dans l’ensemble du secteur Sport, avec un fait marquant : la bonne capacité du secteur à créer des emplois durables, même en période de crise.

Mais la contribution du secteur du sport à la poursuite des objectifs de la Stratégie Europe 2020 ne se limite pas à ces données. Son potentiel en tant qu’outil de développement local et régional, de régénération urbaine et de développement rural semble encore insuffisamment exploité. La Commission européenne a lancé en ce sens son appel à propositions "Partenariats européens dans le domaine du sport", avec une des priorités consacrée à la promotion de la pratique sportive au niveau municipal.

Cela pose également la question des infrastructures sportives. Le recensement opéré par le Ministère des Sports français (Recensement des Equipements Sportifs – RES) laisse entrevoir des zones mal équipées en équipements sportifs de proximité. Un maillage plus cohérent du territoire permettrait de redynamiser certaines zones, avec les conséquences que l’on connaît en termes de cohésion sociale et territoriale, de santé et d’éducation. Pour cela, l’Union européenne a la capacité d’intervenir, en soutenant financièrement les projets d’infrastructures sportives par le biais des fonds structurels.

La Commission européenne révise actuellement les règlements de sa politique régionale et de cohésion pour le paquet 2014-2020. Elle a également proposé que le sport soit intégré dans le futur programme "Erasmus pour tous" et qu’il soit doté d’un budget propre à hauteur de 238 millions d’euros sur 7 ans. Mais plus que des intentions politiques, ce sont désormais des avancées financières qui sont attendues par les acteurs du sport. En encourageant financièrement ce secteur, la Commission européenne jouerait à la fois sur le tableau de la croissance, de l’emploi, de la cohésion sociale et territoriale. Par les temps qui courent, ce n’est pas négligeable.
 

 

Sport et CitoyennetéSylvain Landa

Directeur adjoint du think tank Sport et Citoyenneté

www.troisfourmis.com