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"L'Europe doit retrouver sa vocation deloriste"

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03 mai 2012

Noëlle Lenoir était l'invitée mercredi 3 mai à 8h30 de l'émission de Stéphane Soumier dans "Good Morning Business". Elle revient à cette occasion sur le débat présidentiel qui a eu lieu entre Nicolas Sarkozy et François Hollande durant l'entre-deux tours.

Noëlle Lenoir sur BFM Business


Stéphane Soumier: Allons-nous vers un éclatement de la zone euro ou de l'Europe entre nord et sud ?

Noëlle Lenoir: Je ne crois pas à un éclatement de la zone euro, pas plus du reste qu'à une séparation entre Europe du nord et du Sud. C'est vrai que les pays du nord sont traditionnellement plus vertueux que ceux du sud et plus aptes à la réforme ou aux efforts collectifs. Néanmoins, les Pays-Bas ne vont pas bien, on réfléchit même à une baisse de leur notation. En Allemagne, à l'occasion du 1er mai, les syndicats défilaient en demandant une augmentation des salaires.

Je pense que Mme Merkel en vrai leader a voulu donner un signal à la population et à la Cour Constitutionnelle sur la question de l'austérité. Je rappelle que lors de l'adhésion à l'euro, l'Allemagne s'était engagée à abandonner le Deutsch Mark sous réserve que cela ne lui coûte rien, ce qui n'est plus le cas. Les objectifs de la Chancelière sont aujourd'hui les mêmes que pour François Hollande: la croissance. Elle n'est pas si éloignée de penser qu'il faut faire un geste de ce côté là. Les frottements franco-allemands sont constructifs. Le décrochage économique de la France vis-à-vis de l'Allemagne est le phénomène le plus important de ces dernières années en Europe, Il faut ré-équilibrer cela pour le bien de l'Europe.

Stéphane Soumier: Mario Draghi, président de la BCE, peut-il tenir des propos révolutionnaires aujourd'hui après ses déclarations précédentes ?

Noëlle Lenoir: Le banquier central ne va pas faire son mea culpa après ses déclérations polémiques. Il va sûrement dire que le "quantitative easing" n'est pas une solution à long terme ou de relance. Cela a permis de recapitaliser les banques en leur laissant le temps de reconstituer leurs fonds. En revanche, il va admettre non pas l'abandon de son indépendance mais qu'il faut aider les Etats à faire des efforts supplémentaires pour relancer l'économie, la consommation... et la production. Le modèle allemand réussit. L'interrogation actuelle (lancée par Hollande) de tous les chefs d'Etats est de savoir comment on va relancer la production. Il faut des salariés et moins de chômeurs pour relancer la consommation. C'est un calcul mathématique assez simple...

Stéphane Soumier: François Hollande dit qu'on va relancer par la dette via les eurobonds. Nicolas Sarkozy refuse (au nom d'Angela Merkel ?) car cela serait en fait une future dette franco-allemande...

Noëlle Lenoir: La crise coûte déjà énormément aux deux pays car nous avons mis du temps à secourir la Grèce. Le point positif est que chacun a conscience qe l'intérêt de l'Europe mais aussi des Etats pris individuellement de sauver l'Euro. Celui-ci a été un formidable levier pour nos économies. Nos taux français pour nos émissions d'obligations à dix ans historiquement bas. Le constat est que la crise coûte beaucoup plus actuellement qu'elle ne le ferait avec une relance. Certes l'endettement, c'est terrible, mais comment les Etats-Unis retrouvent le chemin de la croissance ? Les deux candidats à l'élection présidentielle sont d'accords pour la réduction des dépenses des finances publiques, ce qui est une innovation pour la gauche en France. Ils le sont aussi pour relancer la compétitivité de nos industries. Notre CAC 40 est très offensifs et réussit bien à l'étranger mais on a une panne de compétittivité structurelle en France. Nous étions un pays d'excellence énergétique, ce secteur est chamboulé pour des raisons politiques récemment. Nous avions une excellence agricole et les Allemands exportent désormais davantages que nous, comme les Pays-Bas.

Si cette réflexion sur la croissance nous permettait de repenser notre économie et notre stratégie industrielle, ce serait un bien. Par ailleurs, l'Europe retrouve sa vocation deloriste. Les fonds strcuturels, tout le monde est d'accord pour considérer qu'ils ne sont pas des leviers de croissances. Ils seraient plus intéressants s'ils l'étaient plutôt que de simples financements d'infrastructures comme des piscines ou des stades, utiles mais ne servant pas la compétitivité. Les eurobonds sont un projet "delors". La Commission propose des "projects bonds", des garanties de prêts au lieu de financer en direct des projets. La vocation de l'Euroce se contruit sur ce marché intérieur, pas encore terminé, et de permettre à nos industries de produire. EADS n'est pas un si mauvais exemple. La gestion de la crise par Mario Draghi ou Mme Merkel ne suffisent pas, soyons inventifs.

  • Voir l'ensemble de l'émission sur le site de Boursorama: cliquez ici
www.troisfourmis.com