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Les Français et la construction européenne, sondage Eurobaromètre Flash

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30 mai 2009

6 mois après la Présidence française de l’Union au deuxième semestre 2008 et alors que s’ouvre la campagne pour les élections européennes de juin 2009, une enquête d’opinion Eurobaromètre Flash, commandée par la Représentation de la Commission européenne en France, éclaire les attitudes des Français vis-à-vis de la construction européenne. Si en 2009 les Français sont très majoritairement favorables à l’Union européenne, ils apparaissent relativement critiques et partagés sur certaines de ses réalisations.



6 mois après la Présidence française de l’Union au deuxième semestre 2008 et alors que s’ouvre la campagne pour les élections européennes de juin 2009, une enquête d’opinion Eurobaromètre Flash, commandée par la Représentation de la Commission européenne en France, éclaire les attitudes des Français vis-à-vis de l’Union européenne. Le sondage a été réalisé entre le 28 avril et le 5 mai 2009, auprès d’un échantillon représentatif de 2010 personnes âgées de 15 ans et plus. La relation des Français à l’Europe est analysée sous trois grands angles : la perception générale de la construction européenne, le bilan et les attentes face à cette construction et son développement, et enfin l’avenir du projet européen et l’élargissement de l’Union. Une enquête similaire avait été réalisée en janvier 2006, moins d’un an après le non au Traité constitutionnel. La comparaison entre les deux études permet de percevoir certaines évolutions de l’opinion publique française durant ces 3 dernières années.

Les Français favorables à 80% à la construction européenne…

Le premier enseignement de cette enquête est qu’une très forte proportion de Français, 80%, se déclarent "favorables à la construction européenne" (20% y sont "très favorables" et 60% "plutôt favorables"). En 2006, 75% des Français se disaient tout à fait ou plutôt d’accord avec l’idée que "l’appartenance de la France à l’UE est une bonne chose". Ce dernier chiffre rappelle que les opposants au Traité constitutionnel ne remettaient pas pour autant en cause l’appartenance de la France à l’Union européenne. Contrairement à certaines idées reçues, on ne peut donc pas parler de montée d’un sentiment anti-européen en France depuis 2006. Certaines politiques de l’Union européenne peuvent en revanche faire l’objet d’importantes critiques (ce qui apparait dans la seconde partie du sondage).

Il faut regarder du côté des opinions défavorables pour constater une réelle évolution de l’opinion entre 2006 et 2009. Alors qu’en 2006, 24% des Français considéraient comme négative l’appartenance de leur pays à l’Union, il se sont plus que 15% en 2009 à se déclarer opposés à la construction européenne (total des deux affirmations : "plutôt opposé" et "très opposé"). Ce recul des opinions défavorables peut être attribué au bilan jugé positif des six mois de présidence française, de juillet à décembre 2008. Près de deux tiers des Français considèrent en effet que celle-ci a été "plutôt une bonne chose pour la France" ainsi que pour l’Europe.

Les résultats de cette enquête commandée par la Représentation de la Commission européenne en France sont à mettre en parallèle avec les enquêtes périodiques réalisées par la Commission au niveau des 27 Etats membres (l’Eurobaromètre standard), qui présentent une construction différente du questionnaire. Ainsi dans le dernier Eurobaromètre standard (publié en décembre 2008), 49% des Français pensent que "l’appartenance de leur pays à l’UE est une bonne chose", 21% pensent que c’est "une mauvaise chose" et 27% "ni une bonne, ni une mauvaise chose". Notons que les opinions favorables à l’UE en France se situent en dessous de la moyenne des 27 Etats membres qui est de 53%.

Si 80% des Français sont favorables à la construction européenne, seuls 60% déclarent se sentir "à la fois français et européen". Ils sont 31% à se dire "français et pas vraiment européens". Une perception positive de la construction européenne n’entraîne donc pas nécessairement un sentiment d’appartenance identitaire à l’Europe.
Pour 26% des Français la construction européenne est perçue comme une menace pour leur identité, une proportion en baisse de 5 points par rapport à 2006. 72% sont en revanche en désaccord avec cette affirmation et considèrent les deux identités sont compatibles, ce qui vient appuyer le concept d’une identité européenne complémentaire ou de superposition.

… Mais sont plus nuancés lorsqu’il s’agit de ses conséquences concrètes et de ses bénéfices dans le contexte de crise

Lorsque l’enquête se porte plus en détail sur les conséquences concrètes de l’intégration européenne, les résultats sont plus contrastés. Du point de vue économique, 57% des Français considèrent par exemple que la construction européenne "contribue à la prospérité de la France" (43% "plutôt d’accord" et 14% "tout à fait d’accord"), alors 37% pensent le contraire (21% "plutôt pas d’accord" et 16% "pas d’accord du tout"). Ils n’étaient que 49% en 2006 à estimer que la construction européenne "contribue à la prospérité de la France", ce qui marque une importante progression, malgré le contexte de crise. Cette tendance positive s’inverse toutefois lorsque l’on pose la question du coût de la construction européenne pour la France. 62% des Français estiment en effet que celle-ci "coûte cher à la France" ; sans toutefois que la portée de l’affirmation soit très facile à décrypter. Ils étaient 66% à penser cela en 2006.

Alors que le thème du pouvoir d’achat est au cœur du débat politique français depuis l’élection présidentielle de 2007 et a gagné en importance avec la crise, 49% des Français jugent que "c’est à cause de l’Europe que les prix ont augmentés en France ces dernières années", contre 45% qui pensent l’inverse.

L’enquête s’attarde également sur un autre sujet d’importance dans le débat français sur l’Europe, celui des implications de la libéralisation des services publics, qui lors de la campagne référendaire de 2005 avait constitué un thème de choix pour les tenants du "non". Les Français apparaissent très divisés sur cette question : 43% estiment que "la construction européenne représente une menace pour nos services publics", contre 50%.

Les Français sont également paratgés quant aux bénéfices apportés par l’UE dans le contexte de crise financière et économique. 46% d’entre eux ne sont pas d’accord avec l’affirmation selon laquelle "la construction européenne constitue un bouclier face à la crise", contre 47% qui l’approuvent.

Une Europe jugée trop éloignée

L’atmosphère de ce début de campagne pour les élections européennes, marquée par un faible intérêt des citoyens pour le scrutin et un débat politique quasi inexistant, est relayée ou expliquée par certains résultats du sondage. 72% des Français estiment que "la construction européenne est trop éloignée des préoccupations des citoyens". Ce chiffre recul toutefois de 10 points par rapport à 2006. La majorité d’entre eux (57%) estiment que "la construction européenne a peu d’impact sur leur vie quotidienne", ce qui confirme la difficulté des institutions européennes et des responsables politiques nationaux à communiquer aux citoyens les résultats de l’action de l’Union européenne.

78% des Français considèrent par ailleurs que "la construction européenne se fait sans que les peuples soient suffisamment consultés". Un résultat que l’on peut juger paradoxal si l’on considère la montée constante de l’abstention aux élections européennes. Le niveau d’information constitue certainement un facteur d’explication important à ce sentiment éloignement généralement ressenti par les citoyens, puisque 69% des Français disent "se sentir pas bien informés sur le fonctionnement de l’Union européenne", soit une progression de 6 points par rapport à 2006. Ce manque d’information est corroboré par une autre enquête réalisée en janvier-février 2009 selon laquelle, seuls 27% des Français savaient alors que les prochaines élections européenne se tiendraient en 2009 (Eurobaromètre spécial n°71). La demande des Français est pourtant forte : 76% estiment que "les hommes politiques français devraient davantage parler de l’Union européenne" et 72% souhaitent que les médias fassent de même. (Sic ! La logique voudrait que l’on englobe l’hypothèse de l’existence des femmes en politique !)

Pour une Europe des Etats et une Europe "à la carte"

S’agissant de la méthode et de la finalité de la construction européenne, les Français sont peu nombreux (14%) à soutenir l’idée d’une évolution de l’UE "vers la création d’un gouvernement européen supranational". Ils montrent en revanche un attachement au maintien du rôle des Etats, puisqu’ils estiment à 33% que l’"on devrait aller plus loin dans l’intégration européenne tout en respectant le rôle des Etats". 44% se disent enfin favorables à une "Europe des Etats, dans laquelle chaque pays peut décider au coup par coup de coopérer ou non avec les autres".

Recherche, chômage et environnement en tête des priorités

Parmi les thèmes pour lesquels les Français souhaiteraient voir l’UE jouer un plus grand rôle figurent : la recherche (87%), la lutte contre le chômage (86%), la protection de l’environnement (86%), la protection des consommateurs (78%), la protection sociale (75%), la sécurité énergétique (73%) et le système éducatif et universitaire (72%).

La présence de la recherche, de l’emploi et de l’éducation en tête des résultats soulignent l’importance des objectifs de la Stratégie de Lisbonne, fixés en 2000, et qui sont pourtant loin d’être atteints . Le rapport dirigé par Laurent Cohen-Tanugi sur le bilan et l’avenir de la Stratégie de Lisbonne confirme la pertinence des thèmes retenus mais souligne les insuffisances globales de cette stratégie en terme de méthode et de résultats. Le rapport juge en particulier les performances de la France décevantes (surtout en terme d’emploi, plus spécifiquement de taux d’emploi des séniors et des jeunes, de dette publique, ou d’investissement en recherche et développement). La Stratégie de Lisbonne devra être révisée en 2010.

Ayant affiché son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique lors de l’adoption du Paquet énergie-climat en décembre 2008, l’Union européenne, qui souhaite jouer un rôle leader dans les négociations mondiales, pourrait trouver là un terrain privilégié pour s’affirmer vis-à-vis des citoyens français, à condition toutefois que la crise ne l’amène pas à réduire ses ambitions à la demande des industriels.

Dans le contexte de la crise économique et face aux nombreux plans de licenciement en France ou dans d’autres pays européens, le social aura certainement valeur de test pour la crédibilité de l’UE et sa capacité à répondre aux préoccupations des citoyens.

En 2006, les Français souhaitaient voir l’Union européenne s’attaquer en priorité à la lutte contre le terrorisme (82%), au commerce international (80%), à l’aide aux pays les plus pauvres (79%) ou aux questions de politique étrangère et de défense (77%), des thèmes qui n’apparaissent plus en tête des thèmes cités en 2009.

Des réticences constantes quant à l’élargissement de l’Union

44% des Français ne sont pas d’accord avec l’affirmation selon laquelle "l’élargissement de l’Union européenne avec 12 nouveaux Etats depuis 2004 a été une bonne chose". Ils étaient 49% à penser ainsi en 2006 alors que la campagne sur le Traité constitutionnel s’était largement focalisée sur les conséquences de cet élargissement à travers notamment la figure du plombier polonais.

37% des Français souhaitent enfin que "la Turquie n’intègre jamais l’UE", une proportion stable par rapport à 2006. En revanche, seuls 10% d’entre eux sont opposés à l’adhésion de la Croatie, qui devrait prochainement intégrer l’UE.

Conclusion : Un large soutien, des critiques non négligeables et des attentes importantes

Après la Présidence française de l’Union et avant les élections européennes de juin 2009, la construction européenne fait l’objet d’un large soutien de la part de l’opinion publique française. On note même un net recul des opinions défavorables par rapport à 2006. Les Français restent cependant critiques quant à l’action de l’Union européenne sur certains sujets sensibles du débat public français comme le pouvoir d’achat, les services publics ou l’élargissement. Ils sont de plus très partagés sur l’apport de l’appartenance de la France à l’Union européenne dans le contexte de crise internationale.

Si la Présidence française à pu contribuer à rendre l’Union européenne moins éloignée aux yeux des citoyens, il est en revanche préoccupant, à l’approche des élections européennes de juin, de constater que les Français se sentent de moins en moins bien informés sur le fonctionnement de l’Union. Ils attendent incontestablement de leurs responsables politiques et des médias une meilleure couverture des questions européennes et demandent à l’UE qu’elle s’attaque au problème du chômage et de la protection de l’environnement.

Pour approfondir :

 

 

www.troisfourmis.com