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La puissance européenne suppose volonté et solidarité

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13 juin 2012

L’Union européenne peut-elle devenir une grande puissance ? C'est la question posée par Maxime Lefebvre dans un livre récent. Pour lui, il n’y aura pas de puissance européenne sans qu’elle soit soutenue par les Etats-nations d’Europe, notamment la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni.



Engluée aujourd’hui dans la crise de l’euro, l’Union européenne ne paraît pas en mesure de mieux s’affirmer sur la scène internationale. Aucune mission militaire de la PSDC (politique de sécurité et de défense commune) n’a été lancée depuis 2008, et l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne et la création d’un Service européen pour l’action extérieure n’ont pas démontré leur utilité.

Or l’Europe a plus d’atouts qu’on ne croit dans la "bagarre multipolaire" (Hubert Védrine) qui s’annonce. Si elle demeure unie, l’Union européenne restera pendant le XXI° siècle un acteur jouant dans la même catégorie que les Etats-Unis et la Chine, et elle continuera à devancer des puissances de second rang comme l’Inde, le Brésil, le Japon et la Russie.

Certes, l’UE ne sera probablement jamais une "grande puissance westphalienne", maîtresse souveraine de la guerre et de la paix. Elle devra continuer à s’arrimer à l’ordre stratégique de l’allié américain. Mais elle pourra défendre ses préférences dans la mondialisation (la "réciprocité" dans les échanges commerciaux, la régulation financière, la préservation de l’environnement, des normes sociales minimales…), organiser autour d’elle un grand espace économique et humain euro-méditerranéen, et s’investir davantage dans la gestion civilo-militaire des crises internationales dans sa zone d’influence (Afrique, Est de l’Europe, Moyen-Orient).

Pour cela, des efforts sont nécessaires dans trois directions. En premier lieu, faire converger les volontés nationales, car il n’y aura pas de puissance européenne sans qu’elle soit soutenue par les Etats-nations d’Europe, et en particulier les plus grands d’entre eux – France (traditionnellement ambitieuse et volontariste), Allemagne (pro-européenne, mais hésitante aux interventions militaires), Royaume-Uni (puissance diplomatique et militaire, mais eurosceptique). Cette convergence n’étant jamais automatique, elle suppose une volonté, et l’intériorisation chez nos dirigeants d’un "réflexe européen".

Ce qui peut aider à consolider ce réflexe, c’est de retrouver une vision commune, en prolongeant et réactualisant les exercices tels que la stratégie européenne de sécurité de 2003, premier exercice pratique et visionnaire de définition des menaces et des moyens d’action de la puissance européenne.

Ce qui doit aussi porter la puissance européenne, ce sont tous les outils communs : les outils de gestion civile et militaire des crises, le SEAE, le programme Galileo, l’Agence européenne de défense, etc. Tout ne peut pas et ne doit pas être mutualisé, mais il y a un lien évident entre mutualisation et efficacité commune. C’est en particulier le cas dans le domaine de l’armement, où les Européens dépensent moins de la moitié de ce que dépensent les Américains, pour n’atteindre que 15 % de leurs capacités. Or tout ce qui renforce la solidarité des Européens et la mutualisation de leurs capacités, sans même toucher à l’autonomie de décision nationale dans les décisions les plus politiques, est une incitation supplémentaire à agir ensemble et en confiance.

Reste une question fondamentale pour l’avenir du projet européen. L’Union actuelle, forte de 27 Etats membres et bientôt de 35 ou plus, peut-elle encore porter le projet d’une Europe politique forte ? Ne faudra-t-il pas, si la zone euro se consolide, entériner une Europe à deux vitesses ? Le projet d’un "noyau dur" plus intégré à base franco-allemande, et excluant le Royaume-Uni, va-t-il redevenir d’actualité ? Il n’y a pas de réponse évidente à ces questions, simplement un appel aux nations européennes à s’élever vers plus d’ambition et de solidarité.

 

 

photographie de Maxime LefebvreMaxime Lefebvre
Diplomate, directeur des relations internationales à l’ENA
Professeur à Sciences Po

Il vient de publier "L’Union européenne peut-elle devenir une grande puissance ?"  (Documentation française, Réflexe Europe, 2012).

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