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Irlande: un "oui" sans enthousiasme

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04 juin 2012

Christophe Caresche, député de Paris et vice-président du groupe socialiste en charge des questions européennes, s'est rendu en Irlande pour assister au déroulement du référendum sur le Traité budgétaire européen. Il revient dans cette tribune pour le Cercle des Européens sur ce scrutin.

L'Irlande a voté "oui" au Stability Treaty


Comme prévu l’Irlande a ratifié par référendum le traité budgétaire en votant oui à plus de 60%. Si cette approbation peut paraître sans appel, c’est en réalité un profond scepticisme qui a marqué cette consultation, comme en témoigne le taux de participation. Seulement un Irlandais sur deux s’est rendu aux urnes.

Les Irlandais ont approuvé ce traité plus par raison que par passion. Beaucoup se sont abstenus pour ne pas compromettre les efforts considérables accomplis par ce pays pour parvenir à se sortir d’une crise interminable. Mais les mêmes n’ont pas voulu donner un blanc seing à une politique d’austérité de plus en plus mal ressentie et violemment dénoncée durant la campagne par les partis opposés au traité, Sinn Fein en tête.

Présent à Dublin durant le référendum, j’ai pu mesurer le malaise provoqué par le vote de ce traité auprès de mes interlocuteurs, appartenant, le plus souvent, au Parti Travailliste. Ce dernier, membre de la coalition gouvernementale a appelé à voter pour le traité, suscitant nombre d’interrogations chez ses militants et parfois même ses responsables. Ainsi, le dirigeant d’une importante centrale syndicale liée au Parti Travailliste m’a indiqué qu’il n’irait pas voter, "pour la première fois", car le Parti Travailliste n’avait pas obtenu de son allié de centre droit le Fine Gaël, un plan de relance de l’économie et de l’emploi. Il s’inquiétait des ravages de la position du Parti Travailliste auprès de son électorat populaire et ouvrier, au bénéfice du Sinn Fein.

En fait, ce qui semble avoir guidé le Parti travailliste dans son choix de ratifier le traité, c’est un double réalisme, comme me l’a dit le responsable des relations internationales de ce parti. "L’Irlande aura à nouveau besoin de l’aide de l’Europe et l’Irlande est un trop petit pays pour discuter les modalités de cette aide". Elle doit donc accepter les conditions posées par l’Europe à commencer par le traité budgétaire.

C’est ce raisonnement qui explique en grande partie l’adhésion des Irlandais à ce traité. Comme me l’a dit le Lord maire de Dublin ; "nous avons peur et nous ne voulons pas suivre le chemin de la Grèce". Donc, l’Irlande fait tout pour se conformer à ce que l’on attend d’elle, espérant recueillir les fruits de ce comportement exemplaire.

La rapidité avec laquelle l’Irlande a ratifié ce traité fait partie de cette stratégie. L’Irlande se met en disposition d’être un des premiers pays à bénéficier de l’aide du MES (Mécanisme européen de stabilité), qui rappelons le est conditionnée à la ratification du traité budgétaire. L’Irlande, qui peine à retrouver une croissance suffisante, pourrait en effet avoir besoin de 80 à 90 milliards d’euros pour assurer ses besoins de financement. Les difficultés rencontrées par l’Espagne ont achevé de convaincre les Irlandais qu’ils avaient tout intérêt à accélérer le pas pour pouvoir bénéficier du MES. Car il n’est pas certain que celui-ci ait la capacité suffisante pour faire face à la défaillance des pays déjà sous assistance et, en plus, d’un pays comme l’Espagne. La stratégie irlandaise ne peut que relancer les interrogations sur le dimensionnement du MES, à l’évidence insuffisant pour faire face à la crise des dettes souveraines en Europe, et sur son éventuel adossement à la BCE.

Ce "oui", d’abord dicté par l’intérêt national, n’exclut pas une grande lucidité sur la situation économique de l’Europe. Parce que l’Irlande a un marché domestique réduit et que la vitalité de son économie dépend pour beaucoup de ses exportations, les responsables irlandais que j‘ai rencontrés, regardent très favorablement les initiatives qui pourraient être prises pour relancer la croissance en Europe.

Ils se réjouissent des propositions de François Hollande visant à replacer cette question au centre du débat européen. On aurait tort d’interpréter le résultat de ce référendum comme l’approbation d’une stratégie économique fondée sur la seule discipline budgétaire.

 

Christophe CarescheChristophe Caresche
Député (PS) de Paris

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