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Innovation et politique industrielle en Europe

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07 mars 2012

Pour Jean-Paul Herteman, pdg de Safran, l’industrie aérospatiale est un des rares leviers que possède l’Europe pour faire de la mondialisation non pas une menace mais une opportunité pour ses citoyens.

Innovation et politique industrielle en Europe


La crise économique est une raison supplémentaire d’accroître nos efforts dans un des domaines, l’aéronautique, où la mondialisation est une chance pour l’Europe. Il y a quarante ans, nos prédécesseurs ont eu une vision et une ambition qui ont créé le secteur de la construction aéronautique et du transport aérien que nous connaissons aujourd’hui.

A cette époque, de nouveaux avions ont mis sur le marché des applications de technologies nouvelles, en rupture avec ce qui se faisait auparavant. Le leader mondial du moteur d’avion de l’époque, Pratt & Whitney, n’a pas su maîtriser ce changement. Il a progressivement cédé la première place à CFM, la coentreprise entre Safran et General Electric dont les réacteurs CFM56 ont conquis 70% du marché mondial dans leur catégorie. Parallèlement, McDonnell Douglas n’a pas su innover suffisamment et a fini par fusionner avec Boeing tandis qu’Airbus, partant de très loin, est devenu un leader mondial avec des technologies innovantes.

Aujourd’hui, dans un contexte de crise économique et face aux grandes ambitions aéronautiques des pays émergents, nous sommes à la veille d’une nouvelle rupture technologique qui va conditionner notre avenir pour les quarante ans qui viennent.

L’industrie aérospatiale investit aujourd’hui pour des innovations qui seront sur le marché dans vingt ans ou plus et les avions vendus en 2030 voleront encore en 2050. Dans ces perspectives de long terme, nous avons besoin d’une vision commune entre politique et industrie. En mars 2011, la Commission européenne a rendu public un document de politique d’innovation dans le transport aérien intitulé "Vision 2050" qui est l’aboutissement de réflexions communes entre la Commission et tous les acteurs : transporteurs, industriels, administrations et constructeurs aéronautiques. Il formalise un compromis entre les objectifs publics de mobilité, de sécurité, de réduction des émissions et du bruit, et les efforts technologiques, industriels et donc financiers nécessaires pour y parvenir.

L’Europe ne peut pas atteindre ses objectifs politiques sans une industrie forte pour en fournir les moyens. L’industrie aérospatiale est un des rares leviers que possède l’Europe pour faire de la mondialisation non pas une menace mais une opportunité pour ses citoyens. Je pense personnellement que cette force de notre industrie est essentiellement fondée sur sa capacité d’innovation. D’un autre côté, cette industrie opère dans un environnement d’étroite réglementation. Ces réglementations publiques sur la sécurité des vols, la protection de l’environnement et beaucoup d’autres sujets sont nécessaires et elles structurent l’innovation du secteur.

Vision 2050 va fournir un cadre cohérent pour d’une part les décisions de politique publique et de l’autre l’investissement privé. De cette logique découle aussi le principe d’un financement mixte public privé dans le Programme Cadre de Recherche et Développement. Des plans nationaux, comme en France dans le cadre du grand emprunt, s’inscrivent dans la même vision commune. En résumé : c’est une politique industrielle européenne.

 

Jean-Paul Herteman

PDG de Safran

(crédits photos: R. Frankenberg)

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