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Européennes 2009 : Quelle nouvelle donne pour les acteurs économiques ? Intervention de Michel Barnier au Club Europe de la CCIP

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08 avril 2009

Dans le cadre de la campagne pour les élections européennes de juin 2009, Michel Barnier, candidat UMP pour la région Ile de France, était l’invité du petit-déjeuner du Club Europe de la CCIP sur le thème : "Européennes 2009 : Quelle nouvelle donne pour les acteurs économiques ?". A cette occasion, le Centre d’information européenne (membre d’Enterprise Europe Network) de la CCIP a présenté les résultats d’une enquête sur la perception des institutions européennes par les chefs d’entreprises et leurs attentes vis-à-vis de leurs députés européens.



Dans le cadre de la campagne pour les élections européennes de juin 2009, Michel Barnier, candidat UMP pour la région Ile de France, était l’invité du petit-déjeuner du Club Europe de la CCIP sur le thème : "Européennes 2009 : Quelle nouvelle donne pour les acteurs économiques ?". A cette occasion, le Centre d’information européenne (membre d’Enterprise Europe Network créé par la Commission européenne) de la CCIP a présenté les résultats d’une enquête sur la perception des institutions européennes par les chefs d’entreprises et leurs attentes vis-à-vis de leurs députés européens. Le Ministre de l’Agriculture, ancien Commissaire européen et aujourd’hui tête de liste UMP a présenté son projet européen et commenté les résultats de l’enquête aux côtés du Président de la CCIP, Pierre Simon, de Jean-Claude Karpeles, Président du Club Europe de la CCIP et devant un parterre de responsables économiques, politiques et associatifs.

Michel Barnier © Xavier Renauld

Michel Barnier a tout d’abord souligné le contexte exceptionnel dans lequel se tenait ces élections européennes : "un moment grave", qui correspond à "la première crise globale dans le monde". Selon le Ministre, cette crise provient de dérèglements importants, d’une absence de régulation, voire de morale, plaçant le "profit artificiel" au dessus du travail. "Le système financier s’est emballé", a-t-il ajouté.

Renforcer la capacité de l’UE à parler d’une seule voix

Au lendemain du Sommet du G20 réuni le 2 avril 2009 à Londres, Michel Barnier en a salué le succès comme une "première réponse globale à la crise", en insistant sur l’impulsion donnée par le couple franco-allemand ainsi que par les Etats-Unis. Il a insisté sur la coopération entre les vingt chefs d’Etat pour "construire une nouvelle régulation", tout en s’interrogeant sur les acteurs qui dans vingt ans seront assis à la table des négociations et feront "l’ordre ou le désordre du monde". "Si la France veut être présente à cette table, elle doit l’être en tant qu’Europe" ; "ce qui ne signifie pas cesser d’être français". "J’ai fait le choix de quitter le gouvernement, car je pense que l’intérêt national est aussi européen", a déclaré le candidat aux élections européennes. Il a fait valoir que, "sans arrogance", la France pouvait utiliser au mieux "sa centralité" et occuper une place particulière au sein de l’Union européenne. Face "à la tentation du chacun pour soi", il a insisté sur la nécessité de renforcer la capacité de l’Union européenne à parler d’une seule voix. Lors du Sommet de Londres, les 27 ne sont-ils pas parvenus à se présenter unis, sur la base d’un accord franco-allemand ? Le Ministre a indiqué que la Présidence française au second semestre 2008 avait été l’occasion de redonner confiance dans la capacité de l’Union européenne à agir : "la volonté politique a repris sa place".

Pour de nouvelles politiques communautaires

Michel Barnier a indiqué sa volonté de consolider le projet européen tout en "changeant l’Europe", car "les citoyens le demandent". Dans la perspective des élections européennes, il convient selon lui de ne pas reproduire la même erreur que par le passé, celle-ci ayant consisté à présenter les questions institutionnelles comme la seule réponse de l’Europe. "Il ne faut pas parler uniquement du moteur, mais de la route que l’on souhaite emprunter". Il n’en reste pas moins vrai que le Traité de Lisbonne contient des mesures essentielles au fonctionnement institutionnel de l’UE. Parmi ces mesures, Michel Barnier a évoqué les coopérations renforcées "Je ne crois pas qu’il soit possible d’avancer tous ensemble" a déclaré le Ministre en poursuivant : "il est utile que certains éclairent la route pour les autres".

Pierre Simon et Michel Barnier © Xavier Renauld

Exposant sa vision du projet européen : "Construire l’Europe, c’est mutualiser", Michel Barnier a préconisé de bâtir de nouvelles politiques communautaires sur la base d’une "nouvelle volonté politique". "Il faut faire dans le domaine de la recherche ce que l’on a fait dans le domaine de l’agriculture", première et principale politique commune. Ministre de l’Agriculture, il a en effet en charge à ses yeux la seule politique "100% européenne". Dans un secteur aussi essentiel pour l’économie et la compétitivité de l’UE que la recherche, un effort de mutualisation permettrait selon lui de se doter d’un budget quatre fois supérieur à celui de la PAC et de créer un formidable effet de levier. "Ce qui en jeu, c’est la puissance", a affirmé Michel Barnier, avant d’appeler à dépasser les clivages politiques.

Dans les circonstances actuelles, le candidat pour l’Ile de France a estimé inenvisageable que 60% des Français ne se rendent pas aux urnes, comme ce fut le cas lors du scrutin de 2004. "Mon premier adversaire, c’est l’abstention", a-t-il déclaré.

Les acteurs économiques et le Parlement européen : entre méconnaissance et fortes attentes

Alors que Michel Barnier avait appelé, en conclusion de son intervention, les entreprises a participer à "l’effort civique", Jean-Claude Karpeles, Président du Club Europe de la CCIP, livrait les résultats de l’enquête effectuée auprès d’un échantillon de 303 PME du Centre et de l’Ile de France : 62% des chefs d’entreprises ne savent pas quelles institutions européennes seront renouvelées en 2009. Parmi les sondés, seuls 39% ont cité le Parlement européen. Michel Barnier a admis qu’il y avait là "un problème général à l’égard de l’Europe". En effet, le débat politique sur l’Europe est quasi inexistant, en dehors des crises. Rappelant que 60% de notre législation est d’origine communautaire, le Ministre a insisté sur le fait que l’Europe ne relève pas de la politique étrangère mais conditionne la vie quotidienne des citoyens.

Invitée également à réagir à ce manque de connaissance des acteurs économiques de la vie politique européenne, Catherine Lalumière, ancienne Député européenne et ancienne Secrétaire d’Etat aux affaires européennes a estimé que les résultats de l’enquête n’étaient guère surprenants. Le manque d’intérêt et de connaissance sur l’UE n’est d’ailleurs, selon elle, pas uniquement un problème de communication, mais relève d’un problème de fond. Noëlle Lenoir, ancienne ministre des Affaires européennes, a mis l’accent sur le rôle des députés européens "Il est nécessaire de valoriser leur image trop lointaine, car être député européen, c’est porter les intérêts des citoyens à un haut niveau". Elle a sur ce point estimé "rassurant" qu’une personnalité politique comme Miche Barnier soit candidat. L’ancienne Ministre a écarté l’idée d’un divorce profond des Français à l’égard de l’Europe : "l’idée que nous appartenons à l’Europe est totalement intégrée". L’Europe est peut-être critiquée, mais personne ne demande le retrait de la France de l’UE. Il faut simplement que l’Europe soit mieux en mesure de "répondre aux préoccupations sociales des citoyens, en particulier les salariés et les jeunes", notamment dans le contexte actuel de crise. Par exemple, il faudrait être en mesure d’utiliser le Fonds d’ajustement à la mondialisation que la France même avait promu. Il faut aussi veiller à ce que les PME aient un meilleur accès au capital risque et au capital investissement.

Noëlle Lenoir © Xavier Renauld

Autre résultat de l’enquête contrastant avec le premier : 72% des chefs d’entreprises estiment que les députés européens ont une influence "importante" sur la politique économique. Face à la crise économique en Europe, 37% des personnes interrogées considèrent que les députés européens devraient s’attacher par priorité à la relance de la consommation, 25% à la protection du marché européen de la concurrence internationale et 20% à l’investissement au travers de grands travaux européens. Seuls 6,6% estiment urgent de prendre des mesures sociales.

Parmi les mesures européennes qui pourraient être adoptées en faveur des PME, la majorité des chefs d’entreprises se déclarent favorables à l’application plus large de taux réduits de TVA (34%). Viennent ensuite : la simplification des règles relatives aux aides financières nationales aux PME (19%), une facilitation de l’accès des PME aux financements européens (16%) et la réduction des délais de paiement (15,5%). 81% d’entre eux ignorent en revanche que l’ensemble des mesures proposées dans le questionnaire fait partie du Small Business Act, adopté en juin 2008 par les institutions européennes.

Sortir de la crise et bâtir une croissance durable

Michel Barnier a estimé que le choix de la relance par l’investissement était "un choix juste pour préparer la sortie de crise". Il est en effet selon lui nécessaire de réagir de façon urgente à la crise mais également de "préparer le monde d’après" et "de bâtir un nouveau modèle de croissance". "On ne sortira pas de la crise de la même façon que nous y sommes entrés", a-t-il déclaré. Il a souligné la prise de conscience du caractère limité des crédits comme des ressources naturelles : "les comportements vont évoluer". D’ailleurs, "le changement de modèle énergétique n’est pas une option, mais une nécessité".

L’ancien Ministre de l’environnement (1993-1995) a rappelé son engagement de longue date en faveur d’une croissance durable. Pour lui, "éco-croissance" est "l’avenir de notre modèle économique et social". Il nécessitera de multiplier par deux le budget européen afin d’investir dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, le bâtiment ou encore les transports. Une voie approuvée par les chefs d’entreprises puisque 51% d’entre eux estiment que le développement durable et l’environnement sont les deux secteurs dans lesquels l’UE devrait développer des financements pour soutenir les PME (à 51%). Le soutien aux projets liés au développement durable est également désigné par la majorité des chefs d’entreprises comme l’orientation prioritaire que devrait prendre la politique européenne de recherche.

Michel Barnier, Noëlle Lenoir,Catherine Lalumière  © Xavier Renauld

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