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Ce que sortir de l’Euro signifierait

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15 juin 2012

La zone Euro est en pleine crise politique. Florence Chaltiel, professeur à l'IEP de Grenoble, nous explique ce qu'il en coûterait de sortir de l'euro pour le retour aux monnaies nationales.

Ce que sortir de l’Euro signifierait - Florence Chaltiel


La zone Euro traverse une sérieuse période de turbulence économique et financière. Si la crise est mondiale, la situation de la Grèce est l’objet d’une attention particulière en raison de sa situation économique encore plus dégradée qu’initialement pensé. Le tabou d’une sortie de la zone Euro a été brisé. Brisé, ce tabou pourrait entraîner d’autres tabous, qui risquent, eux aussi, de se briser.

Dans ce débat, il faut distinguer les implications économiques, les implications politiques et, in fine, les questions de philosophie du projet européen. Plus qu’un coup d’arrêt à l’Union politique, la sortie d’un Etat membre de l’Euro serait un facteur de désagrégation aux contours illisibles.

L’Union européenne s’est construite par phénomènes d’agrégations successives d’Etats et de peuples désireux de construire ensemble un espace de paix et de prospérité. La force d’attractivité de l’Union européenne a pu se mesurer en plusieurs temps de sa jeune existence. Qu’il s’agisse de l’Espagne et du Portugal, de la Grèce ou encore plus récemment, des pays d’Europe centrale et orientale, l’adhésion à l’Union des peuples d’Europe a été perçue comme un gage de stabilité démocratique pour des Etats qui sortaient de périodes difficiles au plan politique comme économique.

D’économique, la Communauté est devenue plus politique. L’Union se dote d’une monnaie unique, fondée sur des critères de convergence des économies nationales. L’Union économique et monétaire, fondée à Maastricht et précisée à travers plusieurs engagements de coordination renforcée des politiques économiques, en vue d’une stabilité aussrée et d’une croissance retrouvée, dispose de mécanismes de surveillance et de sanctions. Ceux-ci n’ont malheureusement pas été mis en œuvre en temps voulu. C’est très regrettable et les Etats en portent une nette responsabilité si l’on veut bien se souvenir qu’en 2004 la Commission avait déjà émis des recommandations – à l’époque l’Allemagne et la France étaient concernées – que le Conseil ne voulut pas suivre, l’affaire s’étant finalement soldée devant la Cour de justice européenne qui ménagea l’une et l’autre des institutions.. et les dettes purent ainsi s’envoler sans vergogne.

Dès lors, les débats sur une hypothèse de sortie de l’Euro de tel ou tel Etat membre apparaît aller à contre-courant de toute la philosophie du projet européen. La démarche des Pères fondateurs était celle du spill over ou effet d’engrenage à partir du fonctionnalisme. A force de travailler en commun, les Etats et les peuples prendraient tant l’habitude de travailler ensemble que de nouvelles compétences seraient reconnues à l’Union et une solidarité de fait et de droit se créerait.

Malgré les difficultés économiques, le pari est sans nul doute réussi. Malgré les hésitations sur la perspective fédérale de l’Union, la fédération d’Etats nations est à l’œuvre. Dès lors, l’idée même de plans de sortie d’un Etat de la zone Euro apparaît contraire aux principes européens cardinaux qui ont construit le projet de l’Union. Que les Etats doivent être plus rigoureux dans leurs comptes publics est une certitude pour ne pas dire une évidence. Dans le même temps, les dérapages des finances publiques ne datent pas d’hier et aucune sanction, ni même avertissement, que les traités prévoient pourtant, n’ont été voulus par les organes de décisions de l’Union, incarnés, dans ce domaines, par l’initiative certes de la Commission, mais le pouvoir de décision des Etats. En conséquence la stigmatisation des finances de l’un ne peut aller sans la prise de responsabilité des autres. Solidarité et cohésion semblent devoir plus que jamais être les maîtres mots de l’Europe. Seule l’Union pourra faire la force, la désunion ne serait qu’illusion de souveraineté prétendument retrouvée.
 

Florence ChaltielFlorence Chaltiel Terral
Professeur de droit public
IEP Grenoble - Responsable de la Filière carrières publiques
Rédactrice en chef de la Revue de l'Union européenne
Déléguée à l'Agence nationale de la Recherche 

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