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Bientôt 10 ans de PESD : quel bilan et quel avenir ?

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22 Septembre 2008

10 ans après le sommet franco-britannique de Saint-Malo, en décembre 1998, qui marque l’acte fondateur de la politique de défense européenne, la conférence organisée par l’IFRI autour de l’ancienne directrice de l’Institut d’Études de Sécurité de l’Union Européenne, Nicole Gnesotto, et du directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), Yves Boyer, le 17 septembre 2008, proposait d’ouvrir la réflexion sur le bilan et les perspectives de la PESD. D’après Nicole Gnesotto si le bilan est incontestablement positif, on peut déplorer "une PESD qui ne s’adapte pas" face à des enjeux sécuritaires croissants ainsi que le manque de vision stratégique commune des 27 en matière de politique étrangère.



10 ans après le sommet franco-britannique de Saint-Malo, en décembre 1998, qui marque l’acte fondateur de la politique de défense européenne et alors même que les enjeux de sécurité et de défense ont été replacés au cœur des préoccupations des Européens suite au conflit entre la Géorgie et la Russie, l’IFRI a lancé le débat sur le bilan et l’avenir de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), autour de :

Nicole Gnesotto, professeur titulaire de la chaire Union européenne au CNAM, ancienne directrice de l’Institut d’Études de Sécurité de l’Union Européenne (de 2002 à 2007)
Yves Boyer, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et professeur à l’Ecole polytechnique
Hans Stark, secrétaire général du comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa), Ifri

Synthèse de l’intervention de Nicole Gnesotto

Dans son propos liminaire, Nicole Gnesotto a tenu à souligner trois changements majeurs intervenus dans la PESD durant ces dernières années. Tout d’abord la prégnance des enjeux de sécurité en Europe, hérités de la décomposition de l’Empire soviétique, ensuite la nouvelle position de l’Union européenne qui face à ces enjeux de sécurité se retrouve en première ligne et dispose de davantage de marges de manœuvre que l’OTAN qui constitue "à la fois le problème et la solution". Le revirement des Britanniques, revenus à une position de blocage quant à l’approfondissement de la défense européenne, marque enfin l’essoufflement du couple franco-britannique traditionnellement moteur sur ces questions de défense et oblige les Européens à "réinventer un nouvel axe porteur pour la PESD". Le bilan que dresse Nicole Gnesotto de ces 10 ans de PESD se décline en deux points : elle tire d’une part un bilan "très positif" des réalisations de la PESD, mais exprime d’autre part une certaine "frustration" et parle des ratés de la PESD.

Un bilan très positif de la PESD

Selon Nicole Gnesotto, le bilan positif que l’on peut aujourd’hui dresser après 10 années d’existence de la PESD se fonde : sur le nombre d’opérations menées par l’UE, la diversification des missions et des capacités ; la montée en puissance de ces opérations et leur extension géographique.

Depuis le lancement de la première mission de la PESD en 2003, en Bosnie-Herzégovine, 18 opérations civiles, de police ou militaires ont été lancées, couvrant quatre régions du monde : les Balkans occidentaux, le Moyen Orient, l’Asie et l’Afrique. (Se reporter à la carte des missions et opérations de l’UE sur le site du Conseil de l’Union ). La dernière opération, en cours de déploiement, est la mission EULex Kosovo, établie par le Conseil sur la base d’une action commune du 4 février, 2008 et dont l’objectif est d’aider les autorités politiques du Kosovo à renforcer l’Etat de droit et contribuer ainsi à la stabilité de la région. Il s’agit de la plus importante mission civile lancée dans le cadre de la PESD.

La véritable plus value des opérations de la PESD, réside selon Nicole Gnesotto d’une part dans le fait qu’elle peuvent s’appuyer sur "les formidables leviers dont dispose l’UE", notamment en matière de gestion des conflits ou d’aide au développement, qui dépassent les moyens qu’aurait un pays seul. Depuis ces dernières années, le Conseil cherche en effet à renforcer les liens entre la PESD et les questions du développement, des droits de l’homme et de la prévention des conflits. La PESD bénéficie d’autre part de la "diversité des cultures" en matière de politique étrangère et de sécurité qui permet à l’UE d’avoir une vision des enjeux de sécurité plus adaptée aux conflits actuels, que par exemple la seule compréhension américaine de ces enjeux. La PESD bénéficie enfin d’une grande popularité auprès des opinions publiques européennes, qui demandent à l’UE d’exercer davantage de responsabilités sur la scène internationale.

Un décalage entre politique de défense et politique étrangère de l’UE

Le sentiment de frustration, qu’a exprimé Nicole Gnestotto à l’égard du développement de la PESD se fonde sur un double décalage : "entre l’offre et la demande", mais également entre la politique de défense et la politique étrangère de l’Union.

L’Union européenne doit faire face à une demande de sécurité qui explose depuis ces dernières années, du fait d’un contexte sécuritaire qui se détériore à l’Est et au Sud de ses frontières. Ces nouveaux défis auxquels l’UE doit faire face sont renforcés par une "indisponibilité des Etats-Unis pour la gestion des crises périphériques", en grande partie dû à leur engagement en Irak et en Afghanistan. La multiplication des conflits à l’extérieurs de l’UE revêt, selon Nicole Gnesotto, une importance d’autant plus cruciale pour l’UE qu’ils sont liés à des enjeux de sécurité intérieure ainsi qu’aux problèmes du terrorisme ou de la criminalité.

Face à cette évolution du contexte international, Nicole Gnesotto déplore "une PESD qui ne s’adapte pas". Le budget dédié à la PESD "stagne voir régresse", la défense européenne ne dispose pas d’un corps déployable suffisamment important (malgré la création de 13 "Groupements tactiques 1500", GT 1500). Symbole, selon Nicole Gnesotto, de ce manque d’ambition : "la PESD reste une organisation virtuelle, elle ne dispose même pas de bâtiment !", du fait notamment, a-t-elle souligné, de l’opposition britannique.

Le décalage entre la politique de défense et la politique étrangère de l’Union européenne constitue selon Nicole Gnesotto, le point le plus important. Le programme militaire et les efforts des Européens pour mettre en place une défense commune n’a pas été suivi par une intégration en matière de politique étrangère et l’UE n’a toujours pas su développer une vision commune dans ce domaine. "Quelle est la vision européenne des grands enjeux internationaux et des grands enjeux de sécurité", s’est interrogée Nicole Gnesotto. Du fait de cette absence de vision stratégique commune, la PESD s’est selon elle "développée de façon autonome", formant en quelque sorte "un quatrième pilier". Malgré le nombre des opérations de la PESD, celle-ci reste "déconnectée de toute influence politique". A moins, a ajouté Nicole Gnesotto en guise de conclusion, que la conflit en Géorgie, où l’UE joue jusqu’à présent un rôle déterminant, ne remédie à cette situation.

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