Accueil du site > Points de vue et débats > Interviews
Afin de comprendre les enjeux de l’intégration européenne et nourrir le débat, le Cercle recueille le point de vue de responsables politiques et économiques ainsi que d’experts.
17 juin 2008
Interview d’Yves Deniaud, Député de l’Orne et Président du groupe d’amitié France-Irlande.
Après le retentissant "non" irlandais au Traité de Lisbonne, lors du référendum du 12 juin, Yves Deniaud analyse les différentes raisons qui ont pu conduire à ce vote négatif de le part d’un peuple pourtant très attaché à l’Europe.
Quelques jours avant le référendum, Yves Deniaud recevait une délégation de députés irlandais dans le cadre des activités du groupe d’amité France-Irlande.
Le Cercle des Européens : L’importante victoire du "non" (53,4%) lors du référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne constitue t elle une surprise à vos yeux ?
Yves Deniaud : Une surprise parce que les Irlandais étaient, à juste titre, réputés les plus attachés à l’Europe parmi les peuples qui la composent, mais, dans la campagne du référendum, on sentait une vigueur toute particulière et nouvelle dans la campagne du non, et, surtout, dans son écho dans l’opinion, une réelle nouveauté.
Quelles sont selon vous les principales raisons du rejet du Traité de Lisbonne par les Irlandais ?
Un cocktail disparate d’arguments venant de camps que, par ailleurs, tout oppose : le traité de Lisbonne aurait amené des hausses d’impôts, des pertes d’emploi, la fin de la neutralité irlandaise, la libéralisation forcée de l’avortement, le tout sur fond d’inquiétude sur la fin de la super - croissance économique, sur l’afflux récents d’immigrés de l’Est européen, le retournement de l’immobilier et les difficultés de nombreux ménages endettés.
La campagne du oui, en face, a été malaisée, malhabile à expliquer le traité, très défensive, il a été beaucoup trop dit que l’Irlande était "redevable ", ce qui a hérissé nombre d’électeurs.
Yves Deniaud et Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée nationale, reçoivent une délégation de députés irlandais. Juin 2008. © Assemblée nationale
Comment expliquer que l’un des pays qui a le plus bénéficié de l’intégration européenne, dans le sens où l’Europe a été la clé du spectaculaire développement économique de l’Irlande , puisse aujourd’hui rejeter l’Europe ?
Justement les Irlandais pensent, à juste titre, qu’ils ont été les meilleurs utilisateurs, les plus scrupuleux, et les plus efficaces, des fonds structurels.
Par ailleurs ils estiment que leur miracle économique vient d’abord de leurs propres efforts : consensus social, fiscalité exceptionnellement attractive, haut niveau de formation développé.
Au moment où ils vont devenir contributeurs nets ils estimaient injuste et humiliant qu’on leur dise qu’avec tout ce qu’ils avaient reçu ils n’avaient qu’à dire oui sans discuter.
Après le double non français et néerlandais au Traité constitutionnel de 2005, le non irlandais au Traité de Lisbonne ne montre t-il pas à nouveau les limites du recours au référendum s’agissant de la ratification des traités européens ?
Cela montre surtout qu’il y a un profond malaise dans les peuples d’Europe par rapport à la pratique de l’Union Européenne, ressentie comme bureaucratique, tracassière, ignorante des réalités quotidiennes.
Bien que tous les grands partis politiques irlandais aient milité pour le oui, peut-on considérer que les dirigeants politiques portent une part de responsabilité dans le rejet du Traité ? N’y a-t-il pas eu notamment un manque d’explication ou de pédagogie ?
Il semble qu’il y ait eu une nette insuffisance dans la recherche d’une argumentation claire et compréhensible. Le changement de Premier Ministre n’a pas aidé à la confection d’une stratégie profonde et bien étayée. Par ailleurs les responsables ont, eux-mêmes, développé le thème "l’Irlande est redevable" qui s’est avéré désastreux.
Les déclarations du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, mettant en garde les Irlandais sur les conséquences d’un rejet du Traité, ont irrité la classe politique irlandaise. Pensez vous qu’elles aient fait le jeu du camps du non ?
Il est clair que oui, à sa décharge les dirigeants irlandais eux-mêmes ont maladroitement développé l’argument de l’Irlande débitrice. Mais les propos venus de l’extérieur, de plus d’un pays, la France, réputée le meilleur ami de l’Irlande, ont avivé l’exaspération.
Durant la campagne, les partisans du non ont mis en avant le caractère "non démocratique" des réformes institutionnelles du Traité de Lisbonne tout en dénonçant le renforcement de l’élite bruxelloise. Ces arguments sont ils nouveaux ou bien illustrent ils un sentiment répandu ou grandissant au sein de l’opinion publique irlandaise ?
Les arguments ne sont pas nouveaux. Ils sont incontestablement injustes, car, au contraire, le traité augmente le poids du politique par rapport aux technocrates, mais le ressenti profond d’une Europe bureaucratique et ignorante des peuples dans sa pratique quotidienne a pris le dessus en Irlande comme, je le crains, à peu près partout !
Peut-on selon vous analyser le non irlandais comme le refus de la solidarité dans une Europe élargie ou la montée des égoïsmes nationaux ? Rappelons à ce propos que l’Irlande qui a reçu 40 milliards d’euros d’aides de la part de l’Union européenne entre 1973 et 2005, passera de "bénéficiaire net" à "contributeur net" d’ici la fin de l’exercice budgétaire 2007-2013.
Il n’y a certainement pas refus de la solidarité mais refus d’accepter qu’au nom de ce que l’Irlande a reçu, elle doive, sans discuter, accepter tout ce qu’on lui demande sur le terrain politique général.
Bernard Accoyer , Président de l’Assemblée nationale (au centre) et Yves Deniaud, Député de l’Orne, Président du Groupe d’amitié France-Irlande (à droite) entourés des députés irlandais. Juin 2008. © Assemblée nationale
Durant la campagne, la politique commerciale de l’Union menée dans le cadre des négociations sur la libéralisation du commerce et des échanges agricoles à l’OMC a été fortement critiquée. Ces craintes et ces critiques ont-elles selon vous été décisives dans la victoire du non ?
Incontestablement, ces craintes et critiques ont joué, d’autant plus qu’elles se sont personnalisées sur Peter Mandelson, naguère secrétaire à l’Irlande du Nord dans un cabinet britannique, et à ce titre, bien connu et... détesté des irlandais ! C’est un des éléments du succès du non. Quant à démêler lequel a le plus porté...
Les Irlandais pourraient ils, selon vous, accepter de voter une seconde fois après avoir obtenu certaines dérogations, comme cela s’était produit pour la ratification du Traité de Nice ?
Si les 26 autres pays ratifient le traité et qu’on présente l’affaire avec suffisamment d’habileté pour qu’elle ne s’apparente ni à un chantage ni à un oukase, cela pourrait se faire, mais ne nous le cachons pas, ce sera terriblement difficile.
Quelles seront selon vous les conséquences de ce vote sur la Présidence française de l’Union qui débute en juillet ?
Outre les projets ambitieux qu’elle avait déjà, il lui faudra déployer une énorme énergie, et consacrer beaucoup de temps à résoudre cet effroyable problème constitutionnel. Les difficultés sont multipliées par dix !
Député européen (ADLE), membre de la commission du Développement et rapporteur permanent au Parlement européen sur l’aide humanitaire, Thierry Cornillet expose les principes et les réalisations de la politique européenne d’aide au développement, dans un contexte marqué par la crise alimentaire mondiale. A l’origine de résolutions du Parlement sur la situation en Birmanie et en Chine après les terribles catastrophes naturelles qui ont frappées ces deux pays, Thierry Cornillet plaide pour l’affirmation du principe de la "responsabilité de protéger".
16 juillet 2008
Docteur en histoire, auteur du livre : Soixante ans d’amours contrariées. Les relations franco-israéliennes de 1948 à aujourd’hui, Paul Marcus tire un premier bilan du somment de Paris qui a marqué le lancement de l’Union pour la Méditerranée. Selon lui ce sommet revêt une dimension historique à double titre : d’une part il a permis de remettre la France dans le jeu diplomatique et d’autre part il a réuni autour de la même table, dirigeants arabes et israéliens.
15 juillet 2008
Directeur de recherche au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales (CERI) de Science Po, spécialiste des questions européennes, Christian Lequesne analyse les raisons du rejet par les Irlandais du traité de Lisbonne et ses conséquences au regard de la poursuite de l’intégration européenne. Affirmant que l’Union fonctionne "relativement bien" avec le traité de Nice, il considère avant tout que l’abandon du traité de Lisbonne signifierait, après 10 ans de négociations, "que les Etats n’arrivent plus à se mettre d’accord". Selon Christian Lequesne l’Union doit à présent se concentrer sur les politiques communes pour regagner de la légitimité.
4 juillet 2008
6 juin 2008
5 juin 2008
27 mai 2008
6 mai 2008
15 avril 2008
1er avril 2008
15 février 2008