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Parcours d’Européens

Le Cercle revient sur les parcours des grandes personnalités de la scène nationale, européenne et internationale afin de mettre en lumière la façon dont ils ont "rencontré l’Europe"

Viviane Reding

Viviane Reding ©Commission européenneNée en 1951, à Esch-sur-Alzette, au Luxembourg, Viviane Reding est ressortissante d’un Etat qui, bien que le deuxième plus petit de l’Union (après Malte), a joué un grand rôle dans l’histoire de la construction européenne. Membre fondateur de la Communauté Economique Européenne et signataire du traité de Rome, le Luxembourg est traditionnellement pro-européen. Le oui au référendum sur le traité constitutionnel, quelques mois seulement après le double non français et néerlandais de 2005, en a amplement témoigné. Comment ne pas être une européenne convaincue dans ce pays situé à un carrefour stratégique de l’Europe, entre l’Allemagne, la Belgique et la France et qui a vu naître Robert Schuman ? Sur les pas de Gaston Thorn, Premier ministre luxembourgeois et Président de la Commission européenne ou encore de Jean-Claude Junker, Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, Viviane Reding allie l’engagement politique national à l’engagement européen.

Les médias, un métier, une passion

Viviane Reding a fait ses études en France. C’est à la Sorbonne qu’elle obtient son doctorat de sciences humaines avant de revenir au Luxembourg pour entamer une carrière de journaliste. Elle travaille pendant dix ans au quotidien de langue franco-germanique : La Voix du Luxembourg/Luxemburger Wort. Le métier de journaliste constitue à ses yeux une fonction essentielle de la démocratie, idée qu’elle a l’occasion de défendre en tant que Présidente de l’Union luxembourgeoise des journalistes entre 1986 et 1998. Cette expérience lui sera particulièrement utile lorsqu’elle accèdera aux fonctions de Commissaire européen, d’abord à l’Education, la Culture, les Sports et les Médias, puis à la Société de l’Information et aux Médias. Jusqu’alors, le portefeuille des Médias était rattaché à celui de la Culture, mais Viviane Reding en 2004 obtient de garder cette compétence tout en étant chargé des dossiers des télécommunications.

Une figure de la scène politique luxembourgeoise

Viviane Reding se lance en politique en 1979, date à laquelle elle obtient son premier mandat de député. Elle est membre du Parti chrétien social (CSV), parti le plus influent au Luxembourg, dont elle devient Vice-présidente entre 1995 et 1999. Elue durant deux mandats consécutifs, elle siège au Parlement luxembourgeois jusqu’en 1989. Elle se spécialise alors dans les affaires sociales, puis dans les relations internationales. Présidente de la Commission des Affaires Sociales et membre du bureau de la Chambre des députés (en charge notamment de la représenter sur le plan international), elle est également membre de l’Assemblée parlementaire du Benelux ainsi que de l’Assemblée de l’Atlantique Nord. A ses responsabilités politiques, elle ajoute des responsabilités associatives. Présidente nationale de l’association des Femmes chrétiennes-sociales, elle défend ardemment la cause féminine, un engagement dont elle ne départira jamais.

Du Parlement du Luxembourg au Parlement de Strasbourg

Illustrant l’attachement profond du Luxembourg et des Luxembourgeois à l’Union européenne, Viviane Reding passe naturellement du Parlement du Luxembourgeois à celui de Strasbourg. Députée européenne entre 1989 et 1999, elle assiste à un tournant décisif de la construction européenne avec la création de l’Union européenne et le renforcement considérable des pouvoirs du Parlement européen par le traité de Maastricht.
Durant ces deux mandats, Viviane Reding siègera dans différentes Commissions, en particulier comme Vice-présidente de celle des Affaires sociales et de celle des Libertés Civiles et des Affaires Intérieures. Elle est par ailleurs Chef de la délégation du Luxembourg au sein du groupe du PPE (Parti Populaire Européen.)

La défense de la diversité culturelle de l’Europe

En 1999, Viviane Reding rejoint la Commission présidée par Romano Prodi comme Commissaire responsable de l’Education, la culture, la jeunesse, les médias et les sports. Cette nomination apparaît comme la consécration de son engagement politique européen et comme la reconnaissance de son expertise dans le domaine des médias. A ce poste, elle a présidé à l’adoption en 2001, du "Livre Blanc sur la Jeunesse" qui a contribué à relancer l’action européenne dans le domaine de la jeunesse en posant les bases d’une coopération renforcée entre les Etats membres. Entre la pression des organisations de jeunesse et l’impératif de respecter la répartition des compétences entre l’Union et les Etats membres, toute l’habileté de Viviane Reding a consisté à introduire la méthode ouverte de coordination (MOC) au domaine de la jeunesse.

Dans le domaine de la culture, Viviane Reding a pu démontrer l’ampleur de ses convictions et de sa détermination. Alors que la Commission européenne, s’appuyant sur les principes du traité, proposait d’ouvrir à la concurrence les services culturels, la France s’y opposant fortement faisait valoir qu’il s’agissait d’une remise en cause de la spécificité de la création cinématographique et audiovisuelle, laquelle devait demeurer "hors marché", Viviane Reding n’a pas hésité à prendre parti dans ce débat et s’est fait le défenseur de "l’exception culturelle" prônée par la France. Lors de l’élaboration du projet de Traité constitutionnel européen par la Convention présidée par Valéry Giscard d’Estaing, la France avait obtenu que "l’exception culturelle" soit inscrite dans le texte et que l’unanimité reste la règle dans les domaines de services culturels et audiovisuels. Pour Viviane Reding, soutenir la France dans ce combat c’était inscrire la diversité culturelle et linguistique au cœur des objectifs de l’Union.

L’engagement de Viviane Reding pour préserver et mettre en valeur la "diversité culturelle" de l’Europe s’est également manifesté par le développement du programme MEDIA (programme européen de soutien destiné au secteur audiovisuel européen, il permet de cofinancer des projets de production audiovisuelle afin d’encourager la création dans le secteur audiovisuel européen et préserver la diversité culturelle). Présente lors du 59ème Festival de Cannes, en 2006, Viviane Reding avait fait part de toute sa détermination à soutenir le cinéma européen : "Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que le cinéma européen puisse continuer à bénéficier du soutien résolu de l’Union européenne dans l’avenir, malgré les actuelles limitations financières du budget communautaire". Responsable du programme MEDIA depuis 1999, l’action de Viviane Reding a contribué renforcer la vitalité du cinéma européen, porteur de créativité, de talents et de diversité, et à améliorer sa compétitivité. Preuve de cette réussite, depuis trois années consécutives l’Oscars du meilleur film étranger revient à un film européen. Après La marche de l’empereur (français) en 2006, La vie des autres (allemand) en 2007, c’est le film Les Faussaires (austro-allemand) qui a été récompensé en 2008. Le palmarès 2008 des Oscars a été une véritable consécration pour le cinéma européen, jamais depuis 1965 les acteurs européens n’avaient à ce point trusté les récompenses : le britannique Daniel D Lewis, la française Marion Cotillard, l’espagnol Javier Bardem, la britannique Tilda Swinton. Il s’agit là pour Viviane Reding d’une formidable récompense de son action ainsi qu’un encouragement pour poursuivre son action. Son prochain chantier est de renforcer la présence du cinéma européen à l’étranger.

Vers un marché intégré de la téléphonie mobile

En charge depuis 2004 de la Société de l’Information et des Médias au sein de la Commission présidée par José Manuel Barroso - son portefeuille englobe aussi bien les infrastructures de communication que le contenu et les services – Viviane Reding a un rôle stratégique dans le secteur, notamment en matière d’innovation et de compétitivité. Pour répondre à l’idée que les consommateurs doivent être traités de manière équitable sur l’ensemble du marché, elle parvient en 2006 à imposer aux operateurs téléphoniques, une baisse des tarifs d’itinérance, dit "roaming". "Pendant des années, les tarifs de l’itinérance en téléphonie mobile sont restés à des niveaux anormalement élevés, malgré les avertissements répétés adressés au secteur d’activité. Il est donc temps que l’Europe agisse. Je suis convaincue que non seulement la réduction des tarifs de l’itinérance profitera aux citoyens voyageant dans l’Union européenne mais qu’elle améliorera aussi la compétitivité de l’industrie européenne", déclarait-elle le 12 juillet 2006 pour expliquer la portée de la réforme.

Compte tenu de sa transversalité, le portefeuille géré par Viviane Reding occupe une place stratégique dans la réalisation des objectifs de l’Union européenne en matière d’innovation et de compétitivité. Consciente de ces défis et plus particulièrement de la nécessité d’investir davantage dans la recherche, Viviane Reding a annoncé le 29 février, la connexion du réseau GEANT, le réseau informatique européen de recherche, aux autres réseaux du même type au niveau mondial. En reliant déjà plus de 30 millions d’utilisateurs, universitaires et chercheurs, et 34 réseaux nationaux de recherches, le réseau GEANT a déjà permis de mettre en place des collaborations inédites dans des domaines tels que le changement climatique, la radioastronomie et les biotechnologies. L’objectif affiché par Viviane Reding est à présent de faire de l’Europe un leader mondial en matière d’infrastructures et de réseaux de recherche : "L’énorme capacité de traitement de données de GÉANT va permettre à l’Europe de réunir les meilleurs cerveaux, partout dans le monde, pour répondre aux défis auxquels nous faisons tous face."

Pour le pluralisme des médias

Forte de son expérience de journaliste et de son engagement dans la défense de cette profession, Viviane Reding est chargée de défendre et promouvoir la liberté des médias, en tant que coordinatrice pour les médias au sein de la Commission. En janvier 2007 elle a lancé, une série de mesures pour renforcer le pluralisme des médias dans l’Union européenne, dont la mise en place d’un système de veille permanente des médias. Une étude indépendante attendue pour 2009 déterminera des indicateurs permettant d’évaluer le pluralisme des médias dans les Etats membres européens. Lors de l’annonce de ces mesure Madame Reding a déclaré : "La communication, en tant que débat entre les citoyens, constitue le sang de la démocratie et les médias ses veines et ses artères. L’information qu’ils fournissent doit être complète, variée, critique, juste et fiable".

mars 2008