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Afin de comprendre les enjeux de l’intégration européenne et nourrir le débat, le Cercle recueille le point de vue de responsables politiques et économiques ainsi que d’experts.
7 décembre 2009
Interview de Christian de Perthuis, Professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine, Directeur du PREC (Programme de Recherche en Economie du Climat), et également Conseiller scientifique de la Mission Climat de la Caisse des Dépôts.
Auteur en 2009 de deux ouvrages sur l’économie du climat :
Le Changement Climatique, (avec Anaïs Delbosc), Le Cavalier Bleu, novembre 2009.
Et pour quelques degrés de plus …Nos choix économiques face au risque climatique, Pearson, avril 2009.
Le sommet de l’ONU sur le Climat se tient à Copenhague du 7 au 18 décembre 2009. Lancées en 2007 à Bali, ces négociations internationales qui réunissent 192 pays, visent à élaborer un nouveau traité pour la lutte contre le changement climatique, en remplacement du protocole de Kyoto, arrivant à expiration fin 2012.
La question du réchauffement climatique est très discutée, certains scientifiques estimant qu’elle est surévaluée. Que pensez-vous de ce débat ?
Je ne suis pas climatologue et n’ai donc aucune légitimité dans ce débat scientifique. En tant que citoyen, je constate que les synthèses les plus complètes sur les travaux scientifiques, convergent de façon croissante pour indiquer que l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère expose les sociétés humaines à des risques, non connus avec certitude, mais potentiellement majeurs. En tant qu’économiste, j’ai la conviction que les risques de l’inaction face au changement climatique sont bien plus élevés que les risques de l’action. Il y a donc un intérêt global à agir rapidement. De surcroît, la plupart des actions à conduire pour atténuer le changement climatique apportent d’autres bénéfices à nos sociétés : sortir de l’économie basée sur les hydrocarbures, réduire les déséquilibres agricoles et alimentaires à l’origine de la déforestation tropicale, réduire les multiples gaspillages d’un côté et allouer plus de ressources pour réponde aux besoins élémentaires non satisfaits de l’autre.
Quels sont les véritables enjeux de la conférence de Copenhague en ce qui concerne le réchauffement climatique ?
Le premier est de dépasser les limites du protocole de Kyoto en élargissant les engagements des Etats et en les rendant plus crédibles grâce à la mise en place d’instruments économiques puissants. Ceci implique de faire payer bien plus largement les émissions de gaz à effet de serre en élargissant les marchés du carbone. Il y a aussi deux nouveaux enjeux qui sont discuté à Copenhague : mettre en place un mécanisme international permettant de lutter avec efficacité contre la déforestation tropicale (ce qu’on appelle le REDD) ; amorcer une réelle coopération entre le Nord et le Sud pour renforcer les capacités d’adaptation des pays en développement face aux impacts du changement climatique.
Quelles sont les lignes de clivage entre Etats sur le sujet ?
La donne nouvelle est le retour des Etats-Unis dans le jeu de la négociation climatique avec la discussion en cours au Congrès américain sur des engagements fédéraux de ce pays. Ce point essentiel : n’oublions pas que c’est le Sénat qui a refusé de ratifier Kyoto, avant l’hostilité affichée par le Président Bush. Malheureusement, le calendrier domestique américain n’est pas en phase avec celui de l’ONU, ce qui rend impossible la perspective de signature d’un traité légalement contraignant dès la conférence de Copenhague. Une fois les Etats-Unis revenus dans le système d’engagements, on peut commencer à discuter sérieusement avec les grands pays émergents. La Chine, contrairement à un stéréotype souvent répandu, n’est pas le pays le plus dur dans la négociation. Ce sont d’un côté l’Inde et encore plus les pays producteurs et exportateurs de pétrole qui seront les plus difficiles à intégrer dans les futurs accords climatiques.
Les Etats-Unis et la Chine semblent prêts à accepter des objectifs chiffrés de réduction de leurs émissions de CO2. Pouvez-vous décrypter les chiffres avancés, notamment au regard de l’année de référence, des engagements de long terme et de l’idée de limiter le réchauffement à 2°C ?
Aux Etats-Unis, le consensus qui semble se dessiner entre le Président et le Congrès est de -17 % relativement à 2005, soit -4 % relativement à 1990. C’est un effort qui n’est pas éloigné de celui de l’Europe ou du Japon rapporté à l’année 2005, mais assez en retrait par rapport à 1990 qui est l’année de référence du protocole de Kyoto. La Chine s’est engagée sur une réduction de 40 à 45 % de l’intensité carbone de son économie (le rapport entre ses émissions et le PIB). C’est un grand pas en avant par rapport à une situation où elle ne prendrait pas d’engagement. Mais compte tenu de la vigueur de sa croissance, cela montre que son pic d’émission est encore assez loin devant nous. Or pour limiter le réchauffement à 2°C il est préférable d’atteindre un pic mondial avant 2020.
La question de l’aide des pays industrialisés aux pays en développement pour leur permettre de s’adapter aux nouvelles normes en matière de climat risque-t-elle de faire échouer la conclusion d’un accord international ?
Il est certain que la tension est particulièrement forte : les pays en développement ne comprennent pas pourquoi il est si difficile aujourd’hui de dégager par exemple quelques centaines de millions d’euros pour l’adaptation au changement climatique de l’Afrique alors que plusieurs centaines de milliards d’euro ont partout été miraculeusement trouvés dès qu’il a fallu sauver les banques des pays riches avec de l’argent public. Mais cette tension montre qu’il y a un véritable enjeu. Il vaut mieux que les questions qui fâchent soient sur la table, au risque d’une rupture si effectivement les pays riches ne parviennent pas à mobiliser des ressources financières suffisantes.
Comment jugez-vous les Etats européens qui se divisent sur cette question ?
Je pense qu’au sein de l’Union Européenne, la politique climatique devrait être financée par le produit des enchères des quotas de CO2 qui représenteront plusieurs dizaines milliards d’euros par an à partir de 2013. Cette recette, provenant de la vente des droits à émettre, pourrait à mes yeux constituer une nouvelle ressource communautaire propre, affectée à l’action contre le changement climatique au sein de l’Union et à l’extérieur. Il n’y aurait alors plus ces sempiternelles querelles entre Etats membre sur un sujet dont l’importance mérite qu’on le traite de façon commune.
En référence à votre ouvrage : Et pour quelques degrés de plus …Nos choix économiques face au risque climatique, quelles nouvelles règles économiques devraient selon vous prévaloir pour répondre au défi climatique ?
La principale est d’étendre la tarification des émissions de gaz à effet de serre en élargissant le marché du carbone au plan international et le complétant au plan domestique par des taxes quand c’est nécessaire. Cette voie est la seule qui permette de concilier efficacité économique et réduction rapide des émissions. Pour y parvenir, il faut simultanément redistribuer une partie de la valeur nouvelle créée par le prix du carbone, ce que j’appelle la "rente carbone" vers les pays en développement, notamment ceux qui sont les plus vulnérables face aux changements climats.
Dans le contexte actuel de crise économique et sociale, l’accent mis sur le développement durable n’est-il pas de nature à poser des problèmes de compétitivité pour les industries européennes ?
En investissant dans l’économie bas carbone, on renforce la compétitivité globale de l’industrie européenne. Mais il faut savoir simultanément organiser socialement et économiquement la mutation des vieux secteurs émetteurs qui doivent se reconvertir rapidement ou disparaître.
Pour approfondir :
Chercheur à Bruegel et Professeur d’économie à l’Université Libre de Bruxelles, André Sapir analyse la réponse de l’Union européenne à la crise grecque en soulignant les importantes divergences entre Etats membres ainsi que les raisons des hésitations de l’Allemagne. Plaidant pour l’intervention du FMI en Grèce, il estime que le moment politique n’est pas opportun pour créer un Fonds monétaire européen qui nécessiterait une réforme des traités. Il considère de même que si la gouvernance économique est souhaitable à terme, il convient avant tout aujourd’hui de prendre des décisions concrètes face à une situation d’urgence. André Sapir met enfin l’accent sur le fait que l’endettement élevé des pays de l’eurozone "limite notre capacité d’action" face à la mondialisation ou au vieillissement de la population.
19 février 2010
Député européen, Vice-président du groupe S&D et membre de la commission des Affaires étrangères, Adrian Severin nous livre sa conception du rôle de Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangère et la politique de sécurité, tel que créé par le traité de Lisbonne. Revenant sur l’audition de Catherine Ashton il met en avant la nécessaire coopération avec le Parlement européen et propose dans ce sens la création "d’un conseil consultatif informel". Alors la mise en œuvre du Service européen extérieur fait déjà l’objet de vifs débats, il estime que celui-ci doit être "un service européen et non le rassemblement de services diplomatiques nationaux".
1er février 2010
Députée européenne et première Vice-présidente de la commission de l’Environnement du Parlement européen, Corinne Lepage dresse un bilan du sommet de Copenhague sur le Climat. Considérant qu’il s’agit "d’un échec collectif", la Députée dénonce l’absence d’engagements chiffrés en terme de réduction d’émission de CO2 ou d’aide financière aux pays en développement. Elle souligne l’isolement de l’UE tout en identifiant les responsabilités de chacun dans cet échec : Etats pétroliers, Chine, Etats-Unis ou "groupe des 77". Craignant des "conséquences économiques désastreuses" suite au "fiasco de Copenhague", Corinne Lepage affirme que " l’Europe risque de perdre un leadership industriel".
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