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Le Cercle revient sur les parcours des grandes personnalités de la scène nationale, européenne et internationale afin de mettre en lumière la façon dont ils ont "rencontré l’Europe"
Dans la grande tradition d’excellence de la diplomatie britannique
Titulaire des plus hautes distinctions honorifiques de son pays et d’autres Etats, Sir Peter est diplomate par vocation et par passion. Il a embrassé la carrière dès l’âge de 22 ans, en 1972. Après des études d’histoire et de français au New College d’Oxford, il est d’abord nommé à la direction du Moyen-Orient du Foreign Office. Son premier poste en ambassade, celui de troisième Secrétaire à Téhéran en 1974, lui permet de parfaire sa connaissance des pays de cette région, entre Méditerranée et mer Caspienne. Il en demeure l’un des meilleurs experts. Son sens du contact humain, sa capacité d’adaptation aux milieux les plus variés, la sympathie qu’il suscite d’emblée chez ses interlocuteurs et sa grande rigueur dans l’approche des dossiers qu’il est appelé à défendre au nom de son pays, ont conduit Peter Westmacott à nouer, dans tous les pays où il a été en poste, des liens professionnels et humains d’exceptionnelle qualité.
C’est en 1978 qu’il est appelé à rejoindre la Commission européenne en tant qu’expert national détaché en charge des questions méditerranéennes. Cette expérience enrichit sa connaissance du Sud, tout en lui donnant l’occasion de pénétrer les arcanes des institutions communautaires et d’en appréhender les subtilités de fonctionnement. Amoureux de la langue française qu’il pratique à la perfection, Peter Westmacott demeure quatre ans (de 1980 à 1984) à l’ambassade de Grande-Bretagne à Paris, en tant que Premier secrétaire en charge des affaires économiques. Puis il est affecté durant quelques mois à la Direction Européenne du Foreign Office à Londres, avant d’accéder en 1984 au poste de directeur du cabinet du ministre délégué aux Affaires étrangères. Il servira dans ce poste, entre 1984 et 1987, successivement deux ministres, Richard Luce et Timothy Renton, se familiarisant avec les techniques des relations internationales et en particulier de la négociation, bilatérale ou multilatérale.
D’Ankara à Paris
En 1987, il rejoint l’ambassade de Grande-Bretagne à Ankara en tant que chef de la Chancellerie, où il restera presque trois ans. En 1990 il rentre à Londres en tant que Directeur de Cabinet adjoint auprès du Prince de Galles chargé, entre autres responsibilités, de la gestion de toute les visites à l’étranger du Prince et de la Princesse Diana. Conseiller à l’ambassade de Grande-Bretagne à Washington en 1993, ensuite Directeur des Amériques au Foreign Office en 1997, il est vite appelé à retourner à Ankara, cette fois ci comme Ambassadeur. Entre le Moyen Orient, l’Europe, l’Amérique et l’Asie, la diversité des affectations de Sir Peter représente pour lui un atout. Face aux changements en cours dans les équilibres mondiaux, économiques et politiques, il porte sur le monde global un regard optimiste et néanmoins conscient des défis que l’Europe doit relever que ce soit dans le domaine de l’économie ou de la sécurité.
Ambassadeur en France depuis mars 2007, il prend immédiatement toute sa place dans la sphère des diplomates étrangers à Paris et jouit de la confiance et de l’estime de tous ses interlocuteurs français. Il sait que les positions de la Grande-Bretagne ne sont pas en tous points identiques à celles de la France et qu’elles sont parfois mal comprises et critiquées. Il connaît notamment les différences qui existent s’agissant des perspectives d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et les réticences des Français et du Président Sarkozy. Il se montre donc un infatigable pédagogue pour exposer le point de vue britannique mettant ainsi à profit son expérience à Ankara et son approche concrète du gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan avec lequel il a été en relation pendant plusieurs années. L’aboutissement des négociations entre l’Europe et la Turquie, souligne-t-il, ne peut que conforter la démocratie de cet Etat et constituer ainsi un élément de la stabilité de la région et du monde.
Inlassable pédagogue
L’extension de l’Espace Schengen auquel la Grande-Bretagne ne participe que très marginalement, l’élargissement de la zone euro, ou encore le processus de ratification du traité réformateur, tout ceci contribue au renforcement de l’intégration politique européenne. Or ces évolutions ne facilitent pas la tâche du gouvernement britannique qui a à faire face à un euro scepticisme de la population du pays qui, dans le climat créé par des tabloïds acharnés contre l’Europe, ne va pas en s’estompant. Sir Peter, comme d’ailleurs la presque totalité des diplomates du Foreign Office n’hésite pourtant pas à se déclarer Européen. C’est avec pragmatisme qu’il défend et justifie la politique de la Grande Bretagne que nombre de Français estiment plutôt anti-Européenne. Sans se départir d’un flegme teinté d’humour tout britannique, il va jusqu’à soutenir que "Nous, Britanniques, estimons être au cœur de l’Europe." Et il en veut pour preuve le Conseil européen de juin 2007 qui a permis de sortir l’Union de l’impasse institutionnelle grâce principalement à l’action conjointe de l’Allemagne, de la France et de la Grande Bretagne. Attaché à la prise en compte des "réalités politiques nationales", il s’efforce d’atténuer l’image eurosceptique du peuple britannique en affirmant : "le rêve européen existe aussi chez nous !".
Défense, sécurité et maîtrise de l’immigration en Europe au cœur de la relation franco-britannique
Ce n’est pas un simple hasard si dès son entrée en fonction à Paris, en mars 2007, c’est au ministère de la Défense qu’a été reçu Peter Westmacott. Cette visite n’a rien eu en effet de fortuit eu égard à l’importance de la relation franco-britannique dans le domaine de l’Europe de la défense. Dix ans après l’initiative commune lancée à St Malo en 1998, Sir Peter a fait de cette question une des priorités de son action. Dans une allocution en date du 18 octobre 2007 devant le Collège Interarmées de Défense, il a développé la vision britannique de l’avenir de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD). Il l’a fait en insistant, pour lever toute ambiguïté par rapport aux liens privilégiés avec l’OTAN, sur l’ambition de son gouvernement de voir une PESD « efficace et robuste » s’appuyant sur l’axe franco-britannique.
Même insistance concernant la coopération entre la France et la Grande-Bretagne au Moyen-Orient face en particulier aux menaces de terrorisme.
Enfin, dans la ligne de la coopération entre les ministres de l’Intérieur britannique et français voici quelques années, Sir Peter Westmacott se plaît à mettre en exergue le travail en commun sur les questions d’immigration clandestine très liées aux relations entre l’Union européenne et les pays du Sud. L’Europe a besoin de l’immigration, ne serait-ce que pour lutter contre le déclin démographique, mais elle doit maîtriser l’immigration clandestine porteuse de souffrances et de difficultés pour tous.
Ambassadeur “de terrain” et diplomate d’influence
Aux quatre coins de l’hexagone, sur un terrain de rugby ou en visite dans un ministère de la République, Sir Peter occupe tous les terrains. D’une aisance, d’un brio et d’une spontanéité rares, il se risque à débattre avec l’exubérant Daniel Herrero, figure du rugby français, à la veille de la décisive demi-finale de Coupe du monde de rugby entre le quinze de France et l’Angleterre. On le retrouve également au bord du terrain, en compagnie de jeunes français, écossais, irlandais et gallois pour le lancement, en plein cœur de la Coupe du monde du rugby, d’une opération conjointe du British Council et du Ministère de l’Education nationale, visant à développer le sens du leadership chez les jeunes, à travers la pratique du rugby. Pour Sir Peter, le sport est un moyen de « construire des liens entre les différentes nationalités, enseigner l’esprit d’équipe et former les young leaders ». En dehors des visites officielles et des échanges et contacts dans l’ambiance feutrée des palais ministériels, c’est quotidiennement que Sir Peter prend son bâton de pèlerin à Paris ou ailleurs en France pour expliquer, avec une égalité d’humeur et une courtoisie sans faille, les particularités nationales et européennes de cette grande démocratie parlementaire qu’est notre partenaire du Royaume Uni.
Janvier 2008
Ambassadeur de Grande-Bretagne en France, Peter Westmacott était l’invité des Rencontres du Cercle des Européens L’Express. Deux mois avant la visite d’état du Président Sarkozy au Royaume Uni, il a partagé avec nous ses impressions quant à la politique européenne du premier ministre, Gordon Brown.