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Date de publication : janvier 2007
Editions du Seuil
Réveillez-vous !
Mais que s’est-il passé ? Oui, que s’est-il passé pour que l’Union européenne cesse de nous faire rêver au point de conduire une majorité de Français à voter contre le projet constitutionnel européen au printemps 2005 ?
Chercheur au CERI, enseignante au collège d’Europe de Bruges et, désormais, présidente du Mouvement Européen France, Sylvie Goulard en appelle, dans son dernier livre, « Le coq et la perle », aux fondateurs de l’Europe pour donner sa réponse et, notamment, à Paul Henri Spaak, auteur de cette formule dès 1942 : « Les démocraties se sont laissé surprendre par la guerre en pleine impréparation. Si elles se laissent surprendre par la paix, elles paieront cher cette nouvelle faute. » Le retour des nationalismes, des égoïsmes et des réflexes protectionnistes en sont la preuve : nous sommes en train de dilapider notre trésor européen, garant de plus d’un demi siècle de paix. L’intérêt de cet ouvrage limpide est d’offrir, à la fois une analyse sans concession des ratées du moteur européen, d’éclairer « les zones d’ombre » mais aussi de proposer les clés d’un avenir constructif. Il n’est pas de meilleure démonstration que par la preuve. Sylvie Goulard les multiplie avec cette logique implacable dans son raisonnement : « Quand l’Europe s’est donnée les moyens d’agir, elle est respectée ; quand elle y répugne, elle reste quantité négligeable. » Cette vérité échappe encore à bien des Européens, et notamment au coq français, inventeur pourtant de la perle européenne. Sylvie Goulard le déplore : nous ne mesurons pas « le caractère révolutionnaire de l’invention communautaire. » Mais cette invention exige un effort permanent et les muscles, aujourd’hui, se relâchent alors que les chantiers à ouvrir sont nombreux.
Il y a donc urgence à se redonner des priorités : économiques, d’abord, pour créer une croissance durable porteuse d’emplois ; diplomatiques, ensuite, avec l’installation d’un vrai ministère européen des Affaires étrangères pour redonner une cohérence internationale à l’Union ; de défense et en matière de justice, enfin. Citant Jean Monnet, Sylvie Goulard conclue son livre par cette formule volontariste : « Continuer, continuer, continuer. » Mais, à sa lecture, on a envie surtout de dire autour de soi : « Réveillez-vous, réveillez vous, réveillez-vous. » Il sera bientôt trop tard.
Sylvie Goulard, Le coq et la perle, cinquante ans d’Europe, Seuil, Paris, 2007.
Du même auteur : L’Europe pour les nuls, Editions First, Paris, 2007.