Accueil du site > Actualité > Regards sur les 27 > Grèce > La victoire des socialistes du PASOK aux législatives condamne Papandréou à redresser d’urgence le pays
15 octobre 2009
De Caramanlis à Papandréou
Les socialistes du PASOK emmenés par George Papandréou ont obtenu une retentissante victoire aux législatives anticipées du 4 octobre 2009 face aux conservateurs de la Nouvelle Démocratie (ND), le parti du Premier ministre sortant Costas Caramanlis. Avec la majorité absolue au Parlement, le nouveau chef du gouvernement, après cinq ans passés dans l’opposition, a pour principale mission de répondre aux attentes et aux angoisses de ses concitoyens exprimées lors des émeutes de fin 2008. Aussi George Papandréou a-t-il fait du redressement du pays pour surmonter la crise et du rétablissement de la confiance des citoyens dans leurs gouvernants ses deux grandes priorités.
Petit fis de George Papandreou, grand humaniste et fondateur historique du Mouvement socialiste panhellénique (PASOK), plusieurs fois Premier ministre, et fils d’Andreas qui a été également Premier ministre, George Papandréou junior s’inscrit dans la tradition familiale. Brillant universitaire qui a fait ses études aux Etats-Unis, en Suède et au Canada, il a notamment mené des recherches sur les migrations. Il succède ainsi à Costas Caramanlis qui, aussitôt les résultats des élections connus, a annoncé sa démission de la direction de Nouvelle démocratie. Lui aussi était prédestiné à la politique comme neveu du fondateur historique de ce parti, Constantin Caramanlis, ancien Président de la République et grande figure politique.
Quelles que soient les qualités intrinsèques des deux hommes, cette passation de pouvoir entre deux descendants des deux plus illustres familles de la scène politique grecque témoigne d’un certain blocage des institutions. Les émeutes d’une ampleur sans précédent de décembre 2008 et le rôle joué par les étudiants durant ces évènements violents ont révélé au reste de l’Europe la situation de désespérance de la jeunesse diplômée en quête d’emplois et d’insertion dans la société. Une situation qui n’est pas limitée à la Grèce et devrait faire méditer tous les gouvernants européens.
Le pari perdu de Costas Caramanlis
Face à ce divorce entre une grande partie de l’opinion et le pouvoir, Costas Caramanlis a joué son va-tout en provoquant des élections anticipées alors qu’elles étaient prévues à l’automne 2011. Sa décision de dissoudre le Parlement (la Vouli) le 3 septembre 2009 n’a pas été appréciée par tous les caciques de son parti. Mais pouvait-il faire autrement ?
Depuis un an, les socialistes du PASOK exigeaient de telles élections anticipées. Ils avaient en outre fait savoir, par la voix de leur leader, George Papandréou, que contrairement à l’habitude, ils ne soutiendraient pas cette fois-ci de candidat commun avec la ND pour l’élection présidentielle de mars 2010. Traditionnellement et compte tenu des règles d’élection du Président de la République (celui-ci doit recueillir 200 voix sur les 300 députés que compte la Vouli), le PASOK et la ND s’entendaient en effet sur un candidat de consensus. Bien que disposant de la majorité absolue dans l’assemblée sortante (152 sièges sur 300) les conservateurs auraient eu beaucoup de mal à faire élire leur candidat sans les voix des socialistes.
Outre la crise économique qui touche la Grèce tout comme les autres pays d’Europe, les violentes émeutes de décembre 2008 avaient mis en exergue la profondeur du malaise social et le ras-le-bol des Grecs face à la corruption de la classe politique, notamment dans l’entourage du Premier ministre. Ce dernier avait franchi un nouveau seuil d’impopularité suite à la mauvaise gestion des incendies du mois d’août qui deux ans après ceux de l’été 2007 (qui avaient fait 77 morts) ont à nouveau ravagé les environs d’Athènes.
La majorité absolue pour le PASOK
Si l’impopularité du gouvernement sortant de Costas Caramanlis atteignait son plus au niveau depuis sa reconduction au pouvoir en septembre 2007, l’ampleur de la victoire du PASOK n’en reste pas moins une surprise. Avec 43,9% des voix, soit 160 sièges sur 300, les socialistes comptent 58 élus de plus par rapport à la précédente assemblée.
La Nouvelle démocratie réalise corollairement son plus faible score depuis le retour du pays à la démocratie en 1974. Avec 33,4% des voix, soit 91 sièges, les conservateurs perdent 61 élus.
A côté des deux formations qui structurent le paysage politique grec depuis 35 ans, le Parti communiste (KKE) conserve sa troisième position en obtenant 7,5% des suffrages (21 sièges), enregistrant toutefois un très léger recul (-0,62 points et - 1 siège) par rapport à l’élection de 2007, tout comme la coalition de la gauche radicale (SYRIZA, ex Synaspismos) qui perd un siège (-0,45%). Les formations d’extrême gauche n’ont donc pu tirer profit de la crise et du mécontentement social.
La véritable surprise de cette élection provient de la percée de l’Alarme orthodoxe populaire (LAOS) qui se place en quatrième position devant la SYRIZA. Ce parti d’extrême droite fondé et conduit par Georgios Karatzaferis, issue de la Nouvelle démocratie et ancien député européen (groupe Indépendance et démocratie) réalise 5,6% des voix et compte 15 députés à la Vouli (soit 5 de plus qu’en 2007).
Ces élections sont-elles si surprenantes ? Finalement non, car on y retrouve certaines constantes observées ailleurs en Europe : une alternance qui traduit le rejet de la majorité sortante, l’affaissement de la gauche et de l’extrême gauche, la captation d’une partie grandissante des mécontentements par l’extrême droite qui défie les démocraties européennes. C’est à ce risque de populisme que le PASOK par une gestion exemplaire doit répondre, et le nouveau Premier ministre en a conscience.
La difficile équation de la relance et de la maîtrise des déficits
Sitôt terminée la très solennelle cérémonie de prestation de serment au Palais présidentiel, en présence du chef de l’Eglise orthodoxe grecque, Georges Papandréou a annoncé la composition de son gouvernement. Souhaitant s’atteler en priorité au redressement de l’économie, le Premier ministre a décidé de scinder en deux le ministère de l’Economie et des Finances et de confier ces nouveaux portefeuilles à des cadres du parti experts en économie.
Ancienne conseillère économique d’Andreas Papandréou (le père de Georges Papandérou) et Professeur associé d’économie à Yale, Louka Katseli sera en charge de l’Economie.
C’est un ancien économiste à l’OCDE, conseiller de deux Premiers ministres du PASOK (Costas Simitis et Georges Papandréou) et député européen depuis 2007 : Georges Papaconstantinou, qui s’est vu confier le portefeuille des Finances. Compte tenu de l’état préoccupant des finances publiques, Georges Papaconstantinou a un rôle central à jouer sur la scène européenne où il devra convaincre la Commission européenne d’obtenir un délais de trois ans pour revenir aux règles du Pacte de stabilité. Sous surveillance depuis le début des années 2000, la Grèce fait régulièrement l’objet de procédures en déficit excessif et passe pour le mauvais élève de la zone euro. En juin dernier, le Commissaire aux Affaires économiques et financières, Joaquin Almunia, appelait la Grèce à "adopter des mesures sévères et rigoureuses pour arrêter le déraillement systématique de ses budgets".
Le nouveau gouvernement devra présenter un plan d’assainissement dès la fin du mois aux autorités européennes. Si la politique de rigueur conduite par le gouvernement de Costas Caramanlis avait permis un redressement budgétaire à partir de 2005, la crise devait à nouveau creuser les déficits en 2009. De 3,6% en 2007, le déficit public est passé à 5% en 2008 et devrait atteindre les 6% fin 2009(source : Eurostat) , ce qui ne place d’ailleurs pas le pays en tête du peloton des pays à fort déficit ! La dette, qui était de 94,8% en 2007, a atteint 97,6% en 2008 et pourrait franchir la barre des 100% en 2009, ce qui n’était plus arrivé depuis 2002 (Eurostat). Rappelons que les critères du pacte de stabilité exigent un déficit inférieur à 3% et une dette inférieur à 60% du PIB.
Alors que le programme du gouvernement Caramnalis était centré sur la rigueur budgétaire et les réformes structurelles, George Papandréou entend mener une politique keynésienne pour "tonifier l’économie". Si la Grèce a jusqu’à présent relativement bien résisté à la crise internationale, enregistrant une croissance de 2% en 2008, la récession en 2009 devrait atteindre près de 1%, avec une croissance quasi nulle en 2010 (estimations à 0,1%). Le taux de chômage connait depuis un an une forte poussée. De 7,7% en 2008 il devrait être supérieur à 9% en 2009 (à peu près la moyenne européenne)
Face à la crise sociale, pour une "redistribution sociale juste de la richesse"
Mais le problème essentiel de la Grèce n’est pas principalement économique. Il est dans une structure sociale inégalitaire, qui place la classe moyenne dans de grandes difficultés et limites les possibilités de mobilité sociale.
Bien que proposant des recettes très différentes pour faire face à la crise, la Nouvelle démocratie et le PASOK s’entendaient au moins sur une priorité : la lutte contre la fraude fiscale et la corruption, deux maladies endémiques du pays. Le nouveau Premier ministre a donné un premier gage de sa volonté de rétablir la confiance en l’Etat en nommant dans son gouvernement 24 nouveaux venus. Rappelons que 4 ministres du précédent gouvernement avaient du quitter leurs fonctions pour leur implication dans des affaires de pots-de-vin.
Georges Papandréou s’est par ailleurs engagé dès le lendemain de sa victoire à "faire revivre l’économie et arriver à une redistribution sociale juste de la richesse". Le gouvernement sera plus particulièrement attendu sur la question du chômage de jeunes, qui figure parmi les plus élevé de l’UE (près de 24% des 15-24 ans), et sur celle des salaires et des retraites. A travers la création d’un nouveau ministère dédié à l’Environnement, le Premier ministre a inscrit le redressement économique dans la perspective du "développement vert".
George Papandréou à bien compris qu’il était condamné à réussir une "mini révolution" plus sociale et culturelle qu’économique, et l’a annoncé : "On va poser les fondements pour procéder au pas suivant : le développement vert et un changement radical de la production de la richesse".