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La question européenne précipite la chute du gouvernement de coalition en Autriche

7 juillet 2008

La décision du chancelier social-démocrate Alfred Gusenbauer de soumettre à référendum tout nouveau traité européen, trois mois après la ratification du Traité de Lisbonne par le Parlement autrichien, a précipité la chute de la grande coalition entre sociaux-démocrates et conservateurs, le 7 juillet 2008. Si les rivalités entre les deux partis de la coalition et leur incapacité à faire avancer les reformes sont tout autant à l’origine de cette crise politique, le gouvernement autrichien apparaît comme la première victime collatérale de la crise de l’intégration européenne, née du "non" irlandais. Dans ce double contexte, la tenue d’élections anticipées pourrait bien profiter aux partis d’extrême droite.

Des élections anticipées prévues le 28 septembre

La déclaration du vice-chancelier, ministre des Finances et président du Parti conservateur, Wilhelm Molterer, le lundi 7 juillet, a marqué la fin de la coalition dirigée par le Chancelier Alfred Gusenbauer (SPÖ) et formée par les sociaux-démocrates du SPÖ et les conservateurs de l’ÖVP depuis janvier 2007. "Ca suffit" a déclaré Wilhelm Molterer lors d’une conférence de presse, "le gouvernement n’est plus capable de bien travailler ni de prendre des décisions (…) je propose de nouvelles élections sans tarder". Le lendemain, les cinq partis représentés au Parlement autrichien (SPÖ, ÖVP, Verts et deux partis d’extrême droite, FPÖ et BZÖ) s’accordaient pour dissoudre le Parlement et convoquer des élections législatives anticipées, prévues le 28 septembre 2008.

Le déclenchement de la crise

La lettre ouverte adressée conjointement par le Chancelier Alfred Gusenbauer et son ministre des Transports, également chef du SPÖ, Werner Faymann, au quotidien populaire et antieuropéen Kronen Zeitung, le 26 juin, a eu pour effet de précipiter la crise au sein de la coalition. Les deux responsables du SPÖ y annonçaient, de manière unilatérale et sans aucune consultation préalable de leurs partenaires gouvernementaux, leur intention de soumettre tous les futurs traités européens à référendum. Et ce alors même que l’Autriche avait ratifié le Traité de Lisbonne par voix parlementaire, le 9 avril 2008.

Cette annonce venait donc rompre le consensus établi entre les deux partis de la coalition sur les questions européennes, qui constituaient jusqu’alors le seul terrain d’accord. En effet, depuis l’entrée en fonction de la grande coalition en janvier 2007, les tensions entre sociaux-démocrates et conservateurs avaient empêché toute réforme inscrite dans le programme gouvernemental d’aboutir. Outre le projet de réforme de la fiscalité, des universités ou des retraites, la principale pierre d’achoppement a constitué la réforme du système de sécurité sociale. Quelques jours avant l’éclatement de la coalition, les relations entre les deux partis s’étaient considérablement dégradées sur ce sujet. La position très controversée du Chancelier Gusenbauer sur l’Europe fournissait ainsi une occasion aux conservateurs pour mettre fin à cette impasse.

Les conditions dans lesquelles cette coalition a été formée explique en partie cette situation de blocage et de rivalité. Lors des élections d’octobre 2006, les sociaux-démocrates n’avaient devancé les conservateurs que d’un point (35,3% pour le SPÖ contre 34,3% pour l’ÖVP), ce qui avait contraint les deux partis à former une coalition gouvernementale. Il fallut alors trois mois de négociations pour aboutir à un accord de coalition.

Tournant idéologique ou simple dérive du SPÖ ?

La lettre ouverte d’Alfred Gusenbauer et Werner Faymann dans le quotidien le plus lu du pays et réputé pour ses campagnes anti-européennes ont avant tout donné le sentiment d’un brutal virage populiste et eurosceptique de la part des sociaux-démocrates. "Les changements futurs des traités européens qui touchent aux intérêts autrichiens devront être décidés par référendum", écrivent les deux responsables du SPÖ.

Cette prise de position a d’emblée suscité de vives critiques au sein même du SPÖ et de ses militants. Outre la grande tradition pro-européenne des partis sociaux-démocrates en Europe, il faut souligner que c’est le SPÖ autrichien qui a mené les négociations d’adhésion de l’Autriche à l’Union européenne en 1995. Ce parti s’est en outre toujours positionné en faveur de la construction européenne. Plus qu’un véritable tournant idéologique du parti social-démocrate sur les questions européennes, cette dérive des deux dirigeants du SPÖ trouve davantage son explication dans la crise traversée par celui-ci. L’immobilisme et l’inaction du gouvernement a d’une part entraîné une forte chute de popularité du Chancelier Gusenbauer, qui se voyait d’autre part reproché au sein du SPÖ, son manque d’autorité vis-à-vis des conservateurs. Ces divisions internes ont conduit, le 16 juin, au remplacement à la tête du parti, d’Alfred Gusenbauer par Werner Faymann, le ministre des Transports du gouvernement. La dimension peu consensuelle du nouveau chef du SPÖ ne venait pourtant pas remédier à ces divisions internes, mais instaurait une sorte de direction bicéphale peu consensuelle, en quête de soutien tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du parti.

Une crise qui pourrait profiter à l’extrême droite

En érigeant la défense des intérêts nationaux et la souveraineté populaire contre la construction européenne, l’appel des deux leaders sociaux-démocrates à recourir au référendum pour tout nouveau traité européen, opérait un dangereux rapprochement avec les arguments anti-européens et populistes traditionnellement défendus par les partis d’extrême droite.

Depuis les années 1990, l’Autriche connait une forte poussée de l’extrême-droite, à l’image du parti populiste et nationaliste de Jorg Haider, le FPÖ, qui lors des élections législatives de 1999 devenait le second parti avec 27% des voix. Le FPÖ avait alors formé une coalition gouvernementale avec l’ÖVP de Wolfgang Schüssel. Après une perte notable d’influence en 2004 et une scission au sein du FPÖ, Jorg Haider a fondé un nouveau parti, le BZÖ. Bien que rejeté dans l’opposition en 2007, les deux partis d’extrême droite sont toujours représentés au sein du Parlement après avoir recueilli près de 15% des voix en 2007.

Dans un double contexte de crise politique nationale, qui tend à discréditer les deux grands partis de gouvernement, et de crise de l’intégration européenne suite au rejet par les Irlandais du Traité de Lisbonne, les thèses populistes et nationalistes des partis d’extrême droite pourraient trouver un important échos lors des élections anticipées du mois de septembre. D’après les sondages ces partis sont dores et déjà crédités de 20% des voix.