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Afin de comprendre les enjeux de l’intégration européenne et nourrir le débat, le Cercle recueille le point de vue de responsables politiques et économiques ainsi que d’experts.
23 décembre 2009
Interview d’Agnès Bénassy-Quéré, Directrice du Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII), Docteur en Economie de l’Université de Paris IX-Dauphine (1992), Professeur à l’Université Paris-Ouest et à l’Ecole Polytechnique, Membre de la Commission Économique de la Nation et du Cercle des économistes.
Après les sommets du G20 à Washington en novembre 2008, de Londres en avril 2009 et celui de Pittsburgh en septembre dernier, Agnès Bénassy-Quéré analyse les progrès réalisés en matière de régulation financière internationale alors que les banques ont renoués avec les profits et ont, pour certaines, annoncé le versement de nouveaux bonus record pour l’année 2009.
Alors que le G20 de Pittsburgh (24 au 26 septembre 2009) concluait à la nécessité d’encadrer la rémunération des traders et des dirigeants des banques, les banques américaines viennent d’annoncer de vertigineux bonus pour 2009. Comment réagissez-vous à cette annonce ?
Il est difficile d’empêcher des banques privées, qui ont remboursé à l’Etat fédéral les aides qu’elles ont reçues, de choisir librement le montant des rémunérations. Au Royaume-Uni, le Chancelier de l’Echiquier a annoncé une forte imposition des bonus. Cela peut sembler une bonne idée pour renflouer les caisses de l’Etat, inciter les banques à différer dans le temps le versement des bonus et calmer le jeu sur le plan politique et social. Néanmoins, les banques réfléchissent déjà aux moyens de contourner cette taxe – hausse des salaires, externalisation des services des traders…
La question centrale n’est donc pas celle des bonus, mais celle des profits des banques. En l’état actuel, les banques réalisent un profit sans risque en empruntant auprès des banques centrales pour prêter aux Etats à un taux plus élevé. Ces opportunités de profit devraient progressivement disparaître avec le resserrement de la liquidité et, plus tard, avec la hausse des taux d’intérêt à court terme. Par ailleurs, la mise en place de normes prudentielles plus contraignantes devrait en principe obliger les banques à utiliser leurs profits pour renforcer leurs capitaux propres plutôt que pour rémunérer les traders. Encore faudra-t-il que la concurrence joue suffisamment pour que ces nouvelles contraintes ne se transforment pas tout simplement en une restriction durable du crédit à l’économie réelle. C’est tout l’enjeu des discussions sur la taille des banques et leurs éventuelles positions dominantes.
De nouvelles exigences vont être imposées en Europe aux banques en matière de fonds propres. Les Européens peuvent-ils faire cavaliers seuls sur le sujet ? Pourquoi les Américains renâclent-ils à adopter les mêmes mesures que celles qui vont l’être en Europe ?
Non, les Européens ne peuvent pas faire cavaliers seuls car les banques américaines et européennes sont en concurrence. Cependant, derrière le renforcement des normes prudentielles, il y a des enjeux sectoriels importants. Par exemple, les Américains poussent à l’adoption d’une norme d’endettement (rapport entre les capitaux propres et la totalité du passif), alors que les Européens préfèreraient relever la norme de capitalisation (rapport entre les capitaux propres et l’actif pondéré par le risque). Ces différences correspondent aux intérêts différents des banques de part et d’autre de l’Atlantique, qui ont des structures de bilans différentes.
Par ailleurs, l’Europe bénéficie de l’indépendance très grande de la BCE et de sa gestion plus prudente que celle de la Fed au cours de la décennie passée. Ainsi, il y a eu assez vite un consensus pour confier à la BCE la présidence du nouveau Conseil européen du risque systémique. Aux Etats-Unis, au contraire, la Fed doit faire face au feu des critiques, ce qui retarde la clarification des responsabilités.
Cependant, l’Europe n’est pas parvenue à mettre en place une véritable autorité pour les marchés financiers, les banques et les assurances. Même si le rôle des nouvelles autorités sera renforcé, les Etats conserveront le dernier mot et l’on peut craindre en outre une moindre réactivité de ces autorités par rapport à leurs équivalents aux Etats-Unis.
Tout se passe comme si personne n’avait tiré les leçons de la crise. Au contraire, on voit les banques sauvées de la faillite par les contribuables, être quasiment les seuls acteurs de marché dans une situation florissante. Leurs bénéfices atteignent des niveaux records, et on assiste aux Etats-Unis à la course au gigantisme. Cette situation n’est-elle pas dangereuse ? Que peut faire l’Europe pour y faire face ?
Encore une fois, il ne faut peut-être pas extrapoler trop vite à partir d’une situation très particulière du marché monétaire. Cependant, il est vrai que, d’un certain point de vue, la situation est pire qu’avant la crise : les banques sont plus grosses et savent que les Etats ne les laisseront plus faire faillite. Ceci peut conduire à des prises de risques excessifs. Comment éviter ces prises de risques ? Comment éviter que ces prises de risques ne mettent de nouveau le contribuable en première ligne ? La question n’a pas encore été véritablement traitée, même si plusieurs propositions ont été faites. C’est une question délicate car les Etats ont tendance à pousser leurs "champions" au lieu de leur couper les ailes.
La situation sur le marché des changes et les questions de politique monétaire ne sont-elles pas les grandes absentes de la série de réunions internationales qui ont eu lieu depuis un an ? Quels sont les enjeux ?
La question a été présente, de manière tacite, au sommet de Pittsburgh, au cours duquel il a été convenu que les Etats devraient soumettre à leurs pairs des programmes pour réduire leurs déséquilibres extérieurs, avec l’appui technique du Fonds monétaire international. Difficile d’imaginer un vaste rééquilibrage de la croissance mondiale, des Etats-Unis vers l’Asie et du secteur public vers le secteur privé, sans forts ajustements des taux de change. Tous les regards se tournent vers le renminbi, maintenu fixe par rapport au dollar grâce à une accumulation spectaculaire de réserves officielles (2200 milliards de dollars). Mais la Chine rechigne à réévaluer sa monnaie, pour deux raisons essentielles :
1) ne pas nuire à ses exportations (la Chine prévoit de recentrer son modèle de croissance, mais cela prendra du temps car cela repose sur des réformes structurelles telles que la mise en place d’une véritable sécurité sociale et la libéralisation du secteur financier) ;
2) ne pas dévaluer le patrimoine accumulé sous forme de bons du Trésor américains en dollars. La stratégie chinoise repose en fait sur une internationalisation du renminbi, qui permet de poursuivre le modèle de croissance extravertie sans subir une appréciation de la monnaie. Cette stratégie peut faire sourire car la monnaie chinoise n’est pas convertible. Mais n’oublions pas qu’il ne s’agit pas d’une économie de marché : les accords bilatéraux peuvent faire beaucoup plus qu’on ne le pense généralement en occident.
A quand la gouvernance économique mondiale ?
Crise alimentaire, crise financière, crise du climat : dans tous les cas, le problème vient bien du décalage entre une économie désormais mondialisée et l’absence de gouvernance mondiale pour encadrer cette mondialisation. Mais il ne suffit pas d’inventer de nouvelles institutions, si la volonté politique n’est pas là. De ce point de vue, la montée en puissance du G20 est très utile : même si cette institution n’est pas représentative de la planète, c’est un moyen d’insuffler un esprit de coopération dans des institutions internationales qui peinent à aller de l’avant. Espérons que cet esprit continuera de souffler une fois la reprise économique assurée. Rien n’est moins sûr, malheureusement.
Chercheur à Bruegel et Professeur d’économie à l’Université Libre de Bruxelles, André Sapir analyse la réponse de l’Union européenne à la crise grecque en soulignant les importantes divergences entre Etats membres ainsi que les raisons des hésitations de l’Allemagne. Plaidant pour l’intervention du FMI en Grèce, il estime que le moment politique n’est pas opportun pour créer un Fonds monétaire européen qui nécessiterait une réforme des traités. Il considère de même que si la gouvernance économique est souhaitable à terme, il convient avant tout aujourd’hui de prendre des décisions concrètes face à une situation d’urgence. André Sapir met enfin l’accent sur le fait que l’endettement élevé des pays de l’eurozone "limite notre capacité d’action" face à la mondialisation ou au vieillissement de la population.
19 février 2010
Député européen, Vice-président du groupe S&D et membre de la commission des Affaires étrangères, Adrian Severin nous livre sa conception du rôle de Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangère et la politique de sécurité, tel que créé par le traité de Lisbonne. Revenant sur l’audition de Catherine Ashton il met en avant la nécessaire coopération avec le Parlement européen et propose dans ce sens la création "d’un conseil consultatif informel". Alors la mise en œuvre du Service européen extérieur fait déjà l’objet de vifs débats, il estime que celui-ci doit être "un service européen et non le rassemblement de services diplomatiques nationaux".
1er février 2010
Députée européenne et première Vice-présidente de la commission de l’Environnement du Parlement européen, Corinne Lepage dresse un bilan du sommet de Copenhague sur le Climat. Considérant qu’il s’agit "d’un échec collectif", la Députée dénonce l’absence d’engagements chiffrés en terme de réduction d’émission de CO2 ou d’aide financière aux pays en développement. Elle souligne l’isolement de l’UE tout en identifiant les responsabilités de chacun dans cet échec : Etats pétroliers, Chine, Etats-Unis ou "groupe des 77". Craignant des "conséquences économiques désastreuses" suite au "fiasco de Copenhague", Corinne Lepage affirme que " l’Europe risque de perdre un leadership industriel".
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