Accueil du site > Actualité > Regards sur les 27 > Allemagne > La coalition CDU-CSU / FDP d’Angela Merkel inaugure-t-elle une nouvelle ère pour l’Allemagne ?
25 octobre 2009
La victoire de la CDU ainsi que la performance historique du FDP de Guido Westerwelle aux élections législatives allemandes du 27 septembre 2009 ont permis à Angela Merkel d’être reconduite à la Chancellerie fédérale et de former une nouvelle coalition de droite avec le parti libéral. Après cinq années de grande coalition avec les sociaux-démocrates, l’accord de coalition signé entre la CDU-CSU et le FDP annonçait une "nouvelle ère pour l’Allemagne". Malgré l’influence indéniable des libéraux dans les choix de politique économique, le gouvernement Merkel II ne semble pas devoir annoncer une rupture totale, notamment en matière sociale et budgétaire.
De la "grande coalition" à la coalition de droite : le pari d’Angela Merkel
Si tous les sondages réalisés depuis le début de la campagne, y compris à quelques jours du vote, indiquaient une confortable avance de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la Chancelière sortante sur les sociaux démocrates (SPD) de Frank-Walter Steinmeier, la véritable interrogation de cette élection portait moins sur la victoire de la CDU que sur la capacité d’Angela Merkel, en fonction de l’équilibre final des forces politiques, à former une coalition avec les libéraux du FDP.
Alors que ce scenario était à peine évoqué au début de l’année 2009, année qualifiée en Allemagne de super année électoral ("Superwahljahr") du fait de l’enchainement de 16 scrutins, Angela Merkel s’est finalement prononcée au printemps dernier contre la reconduction de la "grande coalition" formée avec le SPD, y préférant une coalition de droite avec le Parti libéral-démocrate (FDP) de Guido Westerwelle. Il est vrai que la Chancelière a pu être encouragée dans ce sens par le résultat des différentes élections qui ont émaillé l’année. L’alliance victorieuse entre la CDU-CSU et le FDP avait tout d’abord permis la réélection du Président Horst Köhler à la présidence fédérale en mai 2009. Lors des élections régionales, le FDP avaient ensuite enregistré des percées historiques, notamment en janvier dans la Land de Hesse (16,2%) ou en Saxe au mois d’août, des résultats ouvrant la voie à des coalitions "noir-jaune" dans 6 Länder sur 16. Cette percée a été confirmée au niveau national , au mois de juin, lors des élections européennes où le FDP doublait son score par rapport à 2004 (11%).
L’idée de reconduire une "grande coalition" avec le SPD soulevait parallèlement de plus en plus de réticences au sein du camp chrétien-démocrate. Figure de cette famille politique et ancien mentor d’Angela Merkel, l’ex Chancelier Helmut Kohl déclarait à ce propos : "La grande coalition est un gros compromis. Et avec un grossier compromis, vous ne pouvez pas tirer tout le potentiel d’un pays. Pour cela, il faut que la coalition au pouvoir ait un socle de valeurs fondamentales communes." Du côté du FDP, l’alliance avec les conservateurs était devenue la seule option possible du fait du coup de barre à droite initié par Guido Westerwelle qui depuis sa prise en main du parti en 2001 a été le promoteur d’un libéralisme décomplexé. Cette ligne politique n’était pourtant pas celle initialement empruntée par le FDP. Créé en 1948, ce parti a participé à 14 gouvernements de coalition dont près de la moitié avec les sociaux-démocrates, jouant ainsi le rôle de parti charnière au centre de l’échiquier politique. Figure du FDP, Hans-Dietrich Genscher avait été à l’origine du basculement d’alliance en entrant dans le gouvernement d’Helmut Kohl en 1982. Depuis cette date le FDP a uniquement participé à des coalitions de droite, avant de passer 11 années dans l’opposition jusqu’à son retour au pouvoir en 2009.
"Une majorité stable en Allemagne"
Les résultats du FDP ainsi que du SPD s’annonçaient donc décisifs pour la réalisation des projets d’Angela Merkel. Rappelons en effet que lors de l’élection législative de 2005, la CDU et le SPD étaient arrivés au coude à coude (respectivement 35,2% et 34,3%), forçant les deux partis à former une coalition. Il avait alors fallut près de deux mois pour qu’un programme commun de gouvernement soit signé.
A l’issue du scrutin du 27 septembre 2009, Angela Merkel pouvait afficher la satisfaction d’avoir remporté son pari : "Nous avons réussi quelque chose de formidable. Nous avons réussi à atteindre notre objectif électoral d’une majorité stable en Allemagne pour un nouveau gouvernement de la CDU et le FDP", déclarait-elle le soir des résultats. Tandis que le SPD enregistrait une défaite historique avec son plus bas score depuis plus de 50 ans et un recul de 10 points par rapport à 2005, le FDP réalisait quant à lui sa meilleure performance depuis sa création avec 14,6% des voix. Bien qu’ayant la voie grande ouverte pour former une coalition de droite, la CDU et son alliée bavaroise la CSU (l’Union chrétienne-sociale) ont réalisé un score relativement faible et en dessous de leurs espérances (33,5% des suffrages). Un résultat décevant qui plaçait d’autant plus les libéraux en position de force en vue des négociations.
Gouvernement Merkel II : un poids lourd de la CDU aux Finances, un libéral à l’Economie
Les négociations entre les libéraux et les conservateurs (CDU-CSU) ont été entamées rapidement pour répondre au souhait d’Angela Merkel de voir son gouvernement entrer en fonction avant les cérémonies commémoratives du 9 novembre, date anniversaire de la Chute du Mur de Berlin. Le 23 octobre 2009 et au bout de trois semaines de négociation, Angela Merkel présentait la composition de son nouveau gouvernement ainsi que le contrat de coalition passé entre la CDU-CSU et le FDP. Forts de leur résultat, les libéraux ont obtenu 5 portefeuilles sur 15 dont celui des Affaires étrangères pour Guido Westerwelle et celui de l’Economie et des Technologies pour Rainer Brüderle, qui durant onze ans au gouvernement du Land Rhénanie-Palatinat a fait de la défense des PME et des entrepreneurs son principal mot d’ordre. La CSU obtient 3 postes ministériels dont celui de la Défense pour Karl-Theodor zu Guttenberg, le spécialiste des questions internationales du parti bavarois. Parmi les 7 ministres de la CDU, Angela Merkel a renouvelé sa confiance à 4 ministres de son gouvernement sortant et a nommé son ancien directeur de cabinet, Thomas de Maizière, à l’Intérieur. La Chancelière place enfin un poids lourd de la CDU au ministère qui s’annonce dores et déjà comme le plus stratégique, : celui des Finances occupé par Wolfgang Schäube, ministre de l’Intérieur du précédent cabinet et ancien bras droit d’Helmut Kohl. L’ancien ministre de la Défense, Franz Josef Jung devient quant à lui ministre du Travail.
Report de l’abandon du nucléaire et ambitions sociales
Thème central d’une campagne assez atone, le nucléaire a très vite fait l’objet d’un accord entre le FDP et les chrétiens-démocrates qui ont affirmé leur intention de revenir sur la décision entérinée sous le gouvernement Schröder de fermer progressivement les centrales nucléaires allemandes à partir de 2010 pour parvenir à l’abandon total du nucléaire d’ici 2020. La nouvelle coalition souhaite prolonger la durée de vie des centrales tout en insistant sur les règles de sécurité et tout en continuant à promouvoir les énergies renouvelables. Selon Angela Merkel ces énergies ne seraient pas assez développées ni performantes pour envisager remplacer le nucléaire à la date initialement prévue.
Malgré le changement de partenaire gouvernemental, la Chancelière a souhaité donné une importante dimension sociale au programme de sa nouvelle coalition, intitulé "Croissance, Education, Cohésion". La première décision est hautement symbolique puisqu’elle vise à amender la loi Hartz IV [1]. Adoptée en 2005 par le gouvernement Schröder cette loi durcirait les conditions d’indemnisation des chômeurs de longue durée et avait soulevé de très vives protestations, en particulier chez les électeurs de gauche. Aujourd’hui encore de nombreux analystes estiment que le SPD ne se serait toujours pas remis de l’impact négatif des ces mesures, ni n’aurait su reconquérir l’électorat perdu. La réforme présentée dans l’accord CDU-CSU/FDP concerne le degré de "nécessité" (ensemble des revenus) pris en compte pour le versement du minimum d’insertion (Arbeitslosengeld II). Le plafond pour toucher cette indemnité passerait de 250 à 750 euros. Faute d’adopter un salaire minimum légal, la nouvelle coalition souhaite faire voter une loi pour interdire les "salaires indécents" (deux tiers du salaire moyen dans une branche).
Le nouveau gouvernement a par ailleurs décidé d’investir dans le long terme en augmentant les dépenses de l’Etat consacrée à l’Education (10% du PIB).
Un accord de coalition centré sur les baisses d’impôts
Mesure phare du programme, les 24 milliards d’euros d’allègement fiscaux par an à partir de 2011 semblent bien caractériser au mieux le début de cette "nouvelle ère" évoquée dans l’accord de coalition. Apôtre de la rigueur budgétaire et du respect des règles du Pacte de stabilité au sein de l’Union européenne, l’Allemagne opère un revirement politique majeur en décidant de laisser se creuser la dette et les déficits. Ces réductions d’impôts seront effectives dès 2010 (20 milliards) et concerneront l’impôt sur les sociétés, les droits de successions, les ménages (augmentation des allocations familiales, réduction fiscale par enfant charge), puis l’impôt sur le revenu à partir de 2011 à travers une grande réforme.
L’influence des libéraux dans ces choix économiques est indéniable. Lors de la campagne ceux-ci défendaient une baisse d’impôts de 35 milliards d’euros tandis que la CDU en visait seulement 15 milliards. La situation économique exceptionnelle reste toutefois l’élément déterminant pour expliquer ce revirement. La première économie de la zone euro qui est également le premier exportateur mondial, subit en effet de plein fouet les conséquences de la crise économique internationale. Ses exportations se sont ainsi effondrées de 23% (en juillet 2009 par rapport à juillet 2008) entrainant une baisse importante de la production industrielle (-24% en avril 2009 par rapport au même mois de l’année 2008). Malgré une reprise au deuxième trimestre 2009 de l’économie allemande (+0,3%), celle-ci a enregistrée sur un an une récession de 6,7% au premier trimestre 2009 (moyenne zone euro : -4,9%). Le recul du PIB devrait être de l’ordre de 5 à 6% en 2009. La croissance pourrait être de retour en 2010 (prévisions aux alentours de 1%). Dans l’attente de la reprise des échanges mondiaux et des exportations, le gouvernement a donc décidé d’activer d’autres leviers pour relancer l’économie : celui de la baisse des impôts et de la consommation des ménages (traditionnel point faible de l’économie allemande).
La fin de l’orthodoxie budgétaire allemande ?
Le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, qui déclarait à la presse allemande : "cela n’a pas de sens de parler de mesures d’économies, à un moment où l’on doit faire passer des mesures de relance", a d’ores et déjà annoncé qu’il ne fallait pas s’attendre à un retour à l’équilibre budgétaire avant 2013. Les deux plans de relance adoptés par le précédent gouvernement (de 31 milliards à l’automne 2008, puis de 50 milliards en janvier 2009, ce dernier comprenant déjà 9 milliards de baisse d’impôt) avaient déjà amorcé le creusement des déficits qui devraient fortement s’accentuer dans les prochaines années. Alors que l’Allemagne présentait en 2008 un déficit public de 0%, le bon élève de la zone euro va pour la première fois depuis la création du Pacte de stabilité en 1997, excéder la limite autorisée des 3%. En 2010, le déficit pourrait atteindre un taux record de 5,5%. Quand à la dette publique elle pourrait passer de 65,9% en 2008, à 86% en 2010. La croissance devra donc impérativement être au rendez-vous afin de permettre un retour à l’équilibre des finances publiques. "Nous avons choisi une voie qui parie sur la croissance économique. il n’y a aucune garantie qu’elle marche mais elle nous donne une chance", déclarait lucidement Angela Merkel. Si on peut parler d’une entrave à l’orthodoxie budgétaire allemande, il ne s’agit en aucun cas de la rupture d’un dogme dont les principes sont à présent inscrits dans la Constitution. La précédente coalition a en effet introduit dans la Loi fondamentale un mécanisme de frein à la dette interdisant l’Etat fédéral de s’endetter à hauteur de plus de 0,35% du PIB par an, à partir de 2016.
Déjà engagé dans cette voie depuis 2007, le Président français, Nicolas Sarkozy, s’est "réjoui que notre grand partenaire et grand ami allemand fasse le même choix que le nôtre, celui de la baisse des impôts". Une convergence des politiques économiques entre les deux grandes puissances de la zone euro constitue certes une bonne nouvelle, mais celle-ci ne saurait avoir comme base le creusement des déficits. Il ne s’agit là que d’un choix temporaire et contraint pour l’Allemagne et la France – qui fait déjà l’objet d’une procédure en déficit excessif - devra très vite engager une politique de maîtrise des déficits, faute de se retrouver à nouveau isolée. D’autre part, le dernier gardien du temple veille : Jean-Claude Juncker, le Président de l’Eurogroupe. Lors de la dernière réunion du Conseil de ministres des Finances celui-ci affirmait que la France et l’Allemagne seraient traités selon les mêmes règles que les autres Etats membres, ajoutant ensuite "le pacte de stabilité et de croissance est notre règle".
[1] "Hartz IV : la fin des trappes à inactivité ?", par Isabelle Bourgeois