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Afin de comprendre les enjeux de l’intégration européenne et nourrir le débat, le Cercle recueille le point de vue de responsables politiques et économiques ainsi que d’experts.
8 novembre 2009
Interview du Dr Wolfram Vogel, chercheur et responsable du bureau de Paris de l’Institut franco-allemande de Ludwigsburg.
A l’heure où l’on célèbre les 20 ans de la chute du Mur de Berlin et à quelques jours de la visite de la Chancelière Angela Merkel à Paris, pour la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918, Wolfram Vogel dresse un état des lieux de la relation franco-allemande
La Chancelière Angela Merkel devrait se rendre aux côtés du Président Nicolas Sarkozy, sur la tombe du soldat inconnu à l’occasion de la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918. Le symbole s’inscrit-il à vos yeux dans la lignée de celui de 1984, lorsque François Mitterrand et Helmut Kohl se donnèrent la main sur le champ de bataille de Verdun ? A-t on encore besoin de donner de preuves de la réconciliation franco-allemande ?
Le geste de 1984 à Douaumont, quand François Mitterrand donnait spontanément la main à Helmut Kohl, ne peut pas être reproduit. 1984, c’était la Communauté Européenne des 10, c’était la guerre froide, le moment où l’OTAN se préparait à stationner plus de missiles en Europe – bref, un contexte différent, un contexte où l’idée de réconciliation de l’Europe avec elle-même jouait encore un rôle. En revanche, toute commémoration est à la fois un signe symbolique et politique. Or, la chancelière allemande aux côtés du Président français le 11 novembre est un symbole fort. En 2009 par contre, le geste ne vise plus la réconciliation entre nos deux pays, le pardon, mais traduit une profonde conscience que nos deux peuples ont reconnu la douleur de l’autre. Ce symbole sert plutôt comme un exemple envers d’autres pays, où de conflits belligérants entre pays voisins existent toujours, et où la réconciliation est un sujet d’actualité. Sur le plan politique, ce geste signifie certes que la France et l’Allemagne resserrent leurs liens pour montrer qu’il veulent coopérer encore plus étroitement.
A l’heure où l’on célèbre en grande pompe le 20ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin, un débat historique renait sur l’attitude de la France, et plus particulièrement du Président François Mitterrand, face à la perspective de la réunification allemande. Pouvez-vous revenir sur cet épisode et nous éclairer sur les enjeux de la réunification allemande, notamment du point de vue de la construction européenne ?
C’est vrai qu’au début François Mitterrand a été hésitant quant à l’idée d’une Allemagne réunifiée. Il appartenait à une génération qui a connu les "incertitudes allemandes" plus d’une fois dans leur vie. En décembre 1989 encore, donc après la chute du Mur, la France a conclu des accords bilatéraux avec la RDA pour les cinq ans à venir. C’est dire ! Par contre, après les garanties, demandées auprès du chancelier Kohl, sur les frontières de l’Allemagne de l’Est (Oder-Neisse), la France n’avait plus des réserves envers la réunification. L’unité allemande équivalait élargissement des frontières de l’OTAN à l’Est.
Dans une Europe à 27, les compromis trouvés entre la France et l’Allemagne fournissent-ils encore une base solide pour un accord européen ?
Dans l’UE élargie, l’accord entre la France et l’Allemagne est une condition nécessaire, mais pas suffisante pour l’avancement de l’Europe. La préparation du G20 en avril 2009 en était la preuve. Les rouages entre les administrations françaises et allemandes ont bien fonctionné, et pourtant il s’est avéré nécessaire d’inclure la Grande Bretagne ainsi que la Commission européenne dans les préparations.
Le moteur franco-allemand doit-il être repensé ?
Je n’aime pas cette formule parce que trop souvent, ce "moteur" a été plutôt un mythe fonctionnel qui servait à une certaine narration de l’histoire de l’Europe – de l’Europe de l’Ouest, pour préciser. Galvaudé à l’envi par des journalistes, ce "moteur" serait, selon eux, toujours tombé en panne dès que les gouvernements français et allemand avaient des avis différents sur un problème européen à résoudre, ce qui est loin d’être le cas dans l’absolu.
Donc, il est temps de repenser le "moteur" dans la mesure où le nombre et la complexité des défis à relever – tant au niveau européen que mondial – ne se laissent plus réduire à une seule position qui sera fixée par la France et l’Allemagne et autour de laquelle il faut simplement réunir les autres 25 pays membres de l’UE. La fonction de trouver des compromis qui sont acceptables pour tous est plus importante que la fonction du "moteur" qu’on attache au couple franco-allemand. Deuxièmement, l’Europe a toujours eu plusieurs "moteurs" : la Commission européenne à travers le droit d’initier la législation, la Cour de Justice européenne à travers sa jurisprudence, ou encore la Présidence française de l’UE, qui a été un "moteur" très efficace pour faire avancer les dossiers européens...
Alors qu’au début du mandat de Nicolas Sarkozy les relations avec Angela Merkel semblaient au plus bas, le rapprochement constaté entre la France et l’Allemagne depuis le début de la crise financière, à l’automne 2008, est-il selon vous uniquement conjoncturel ?
Il y avait toujours des hauts et des bas dans la relation franco-allemande. Après chaque prise de fonctions d’un nouveau gouvernement, il fallait "recréer" le partenariat. Ce fut le cas entre Chirac et Kohl en 1995, entre Schröder et Chirac en 1998 (où presque rien n’allait bien au début et Tony Blair paraissait comme le partenaire plus intéressant), et entre Sarkozy et Merkel en 2007. Il faut du temps pour apprendre à se connaître. Et plus qu’on se connaît plus on se fait confiance. Le grand défi à relever dans la relation franco-allemande – à tous les niveaux d’ailleurs – a toujours été d’intégrer les différences d’approche, de prise de décision politique, de communication. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy semblent avoir intégrés ces différences, donc le rapprochement a moins l’air d’être conjoncturel. D’autant moins que les deux gouvernements semblent décidés à travailler ensemble dans de domaines importants comme l’énergie et la politique économique.
La volonté du Président Sarkozy de relancer le couple franco-allemand est-il selon vous lié à la perspective de l’arrivée au pouvoir de David Cameron et des conservateurs britanniques, ce qui annihilerait toute velléité de former une alliance franco-britannique, comme nouveau moteur en Europe ?
Depuis la crise financière la France a compris que la Grande-Bretagne ne sera pas le partenaire clé pour traiter les gros dossiers européens qui pèsent. Toutefois, il serait myope de vouloir exclure la Grande Bretagne, elle est trop importante en matière de politique européenne de la défense ainsi qu’en matière de politique de régulation économique.
Le nouveau gouvernement de coalition d’Angela Merkel, formé entre la CDU-CSU et le FDP de Guido Westerwelle, annonce-t-il des changements dans la politique européenne de l’Allemagne ?
Il s’agit moins d’un changement dû aux dernières élections que d’un changement, léger mais de plus en plus perceptible depuis un certain temps, de discours sur la place de l’Allemagne en Europe. Certains observateurs n’hésitent pas à dire que l’Allemagne se "renationalise" dans la mesure où il y a des intérêts nationaux allemands qui peuvent être séparés des intérêts européens, ce qui, dans l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre, est nouveau. "N’ayez pas peur de nous !", disait fin octobre 2009 l’ancien Président fédéral allemand Richard von Weizsäcker dans un grand hebdomadaire allemand. D’où la nécessité de le dire ? Parce qu’apparemment il y a des signes, plus ou moins palpables, que la politique de l’Allemagne n’est plus centrée sur l’Europe.
L’arrêt du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe du 30 juin sur la loi de ratification du Traité de Lisbonne en est un autre signe. Bien qu’il s’intègre parfaitement dans la lignée de son arrêt de 1993 sur le Traité de Maastricht ("Les Etats-nations restent maîtres des traités"), partout en Europe cette décision a été interprétée comme un "halt" à une intégration européenne approfondie, comme un repli de l’Allemagne sur elle-même et sur ce que représente "l’identité constitutionnelle allemande", mise en exergue à plusieurs reprises dans l’arrêt.
La création d’un ministère franco-allemand semble figurer parmi les projets de Nicolas Sarkozy. Quelle en serait l’utilité ?
S’il aidait à mieux concerter les politiques économiques et financières de nos deux pays, ce serait une bonne chose. Mais aurions-nous besoin d’un ministère pour ce faire ? Pour tout ce qui relève du dialogue politico-administratif, ils existent déjà des structures "croisées" dans les deux ministères des Affaires étrangères : un Français qui représente le Secrétaire général pour la coopération franco-allemande en Allemagne (fonction exercée par le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes), et une Allemande représentant son homologue français. Si ce ministère aidait à fédérer tous les projets franco-allemands d’envergure, pourquoi pas ? Mais attention à la structure d’un tel ministère : il n’y a pas de "cabinet" en Allemagne...
Chercheur à Bruegel et Professeur d’économie à l’Université Libre de Bruxelles, André Sapir analyse la réponse de l’Union européenne à la crise grecque en soulignant les importantes divergences entre Etats membres ainsi que les raisons des hésitations de l’Allemagne. Plaidant pour l’intervention du FMI en Grèce, il estime que le moment politique n’est pas opportun pour créer un Fonds monétaire européen qui nécessiterait une réforme des traités. Il considère de même que si la gouvernance économique est souhaitable à terme, il convient avant tout aujourd’hui de prendre des décisions concrètes face à une situation d’urgence. André Sapir met enfin l’accent sur le fait que l’endettement élevé des pays de l’eurozone "limite notre capacité d’action" face à la mondialisation ou au vieillissement de la population.
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Député européen, Vice-président du groupe S&D et membre de la commission des Affaires étrangères, Adrian Severin nous livre sa conception du rôle de Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangère et la politique de sécurité, tel que créé par le traité de Lisbonne. Revenant sur l’audition de Catherine Ashton il met en avant la nécessaire coopération avec le Parlement européen et propose dans ce sens la création "d’un conseil consultatif informel". Alors la mise en œuvre du Service européen extérieur fait déjà l’objet de vifs débats, il estime que celui-ci doit être "un service européen et non le rassemblement de services diplomatiques nationaux".
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Députée européenne et première Vice-présidente de la commission de l’Environnement du Parlement européen, Corinne Lepage dresse un bilan du sommet de Copenhague sur le Climat. Considérant qu’il s’agit "d’un échec collectif", la Députée dénonce l’absence d’engagements chiffrés en terme de réduction d’émission de CO2 ou d’aide financière aux pays en développement. Elle souligne l’isolement de l’UE tout en identifiant les responsabilités de chacun dans cet échec : Etats pétroliers, Chine, Etats-Unis ou "groupe des 77". Craignant des "conséquences économiques désastreuses" suite au "fiasco de Copenhague", Corinne Lepage affirme que " l’Europe risque de perdre un leadership industriel".
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