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L’Amérique à Bruxelles

Florence Autret

Éditions du Seuil
Date de parution : mars 2007

Il y a habituellement deux manières de considérer les relations entre l’Union européenne et les Etats-Unis. La première consiste à faire de l’Europe un contrepoids aux Etats-Unis, un moyen de balancer l’unilatéralisme américain qui a prévalu après la fin de la Guerre froide mais aussi de défendre le modèle de société européen contre la prédominance du modèle américain. La seconde présente au contraire l’Europe comme le cheval de Troie des Etats-Unis, un vecteur d’américanisation des sociétés européennes.

« L’Amérique à Bruxelles » renvoie ces deux approches dos à dos pour expliquer comment l’Europe, l’intégration européenne, se réalise dans une relation dialectique avec les Etats-Unis. Non, Washington ne manipule pas Bruxelles. Non, Bruxelles n’est pas en guerre contre Washington. Le livre raconte, à travers plusieurs dossiers concrets, qui sont autant de « tranches d’histoire européenne », comment se noue cette relation.

On apprend ainsi que les diplomates américains étaient littéralement au tout premier plan du lancement de la Communauté européenne du charbon et de l’acier et qu’ils ont légué à l’Europe les quelques dispositions sur lesquelles seraient bâti son important droit de la concurrence. On découvre aussi les tensions au sein même de l’administration américaine dans les années 1960 entre les « pro » et les « anti » intégration européenne et comment, finalement, Washington a considéré que la création du Marché commun serait moins un obstacle aux échanges transatlantiques, qu’un vecteur de développement de ces échanges et des négociations commerciales internationales.

Le livre relate également comment les techniques de lobbying développées aux Etats-Unis ont influencé la manière dont les groupes d’intérêt font entendre leur voix à Bruxelles. Il dévoile les dessous de l’affaire Microsoft, du règlement Reach sur les produits chimiques, ou encore du système européen de navigation par satellites Galileo, où l’on voit à l’œuvre tout le travail politique européen, le jeu entre institutions, le rôle des hommes et la conciliation entre les objectifs politiques et les besoins économiques. Autant de dossiers également, où l’on voit l’Europe et les Etats-Unis coopérer et s’opposer successivement pour, en définitive, toujours resserrer leurs liens et être entraînés dans une spirale de la convergence transatlantique.

Si l’Europe n’est ni un cheval de Troie, ni un contrepoids, qu’est-elle donc ? Tout simplement un moyen de gérer la relation transatlantique et, au-delà, d’accompagner, au plan politique, la mondialisation de l’économie. La construction politique européenne a longtemps servi à donner un cadre réglementaire adapté à une économie de plus en plus ouverte et mondialisée. Mais depuis quelques années, de nouveaux défis se présentent à elles dans les domaines de l’environnement, de la concurrence et de la propriété intellectuelle, mais aussi des effets sociaux de la mondialisation. Sans parler des enjeux stratégiques trop souvent négligés et de la nécessité de bâtir une véritable autonomie de décision des Européens dans les affaires mondiales. Le moindre des succès de l’intégration européenne n’est pas d’avoir bâti au fil des années un outil institutionnel et un mode de gouvernance original qui permet justement d’envisager d’affronter et de résoudre ces problèmes de façon efficace et démocratique. "L’Amérique à Bruxelles" rend compte en quelque sorte de ce que cette construction doit, moins aux Américains en tant que tels, qu’à la relation entre l’Europe et les Etats-Unis comme stimulus de la coopération entre Européens.

Le Blog de Florence Autret, "L’Amérique à Bruxelles". L’actualité européenne relue sous l’angle de la relation transatlantique.

Florence Autret vit et travaille à Bruxelles. Journaliste indépendante, elle collabore notamment aux publications financières de L’AGEFI et au quotidien Le Télégramme.
Diplômée de l’université Paris IX-Dauphine, de Sciences Po Paris et titulaire d’un Diplôme d’études approfondies de l’université de Paris I-Sorbonne, Florence Autret donne un cours sur le lobbying européen à Sciences-Po Paris.