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Le Cercle revient sur les parcours des grandes personnalités de la scène nationale, européenne et internationale afin de mettre en lumière la façon dont ils ont "rencontré l’Europe"
Un haut fonctionnaire ouvert à l’économie
“Gaulliste social”, comme il s’était défini à une époque lui-même, social démocrate ou mieux encore social libéral, Jean-Pierre Jouyet est un moderniste ouvert à “l’économie sociale de marché” au sens que donne à cette expression le traité sur l’Union européenne. Son père, notaire, gaulliste, a exercé des fonctions électives locales au service de ses concitoyens en tant que maire et conseiller général de l’Eure. Jean Pierre Jouyet est également un homme de conviction, mais autrement. Son engagement est passé par le service public. Il s’est très tôt rangé à gauche avec le souci constant de garder son autonomie de pensée. Sa vision de la société est moderne et se fonde sur la conjugaison nécessaire de l’économique et du social.
Dès Sciences Po, Jean-Pierre Jouyet choisit le service de l’Etat, au plus haut niveau. Il entre à l’ENA dans la foulée de son diplôme de Sciences Po. Sa scolarité au sein de la fameuse promotion “Voltaire” lui permet de nouer de solides liens d’amitié avec des personnalités aussi fortes que Henri de Castries, président d’Axa, ou Jérôme Bédier, responsable Europe du MEDEF et président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution. Sa fidélité à Sciences Po l’amène à en devenir un des professeurs, et même Directeur des études, une façon de garder le contact avec l’univers des étudiants et de la formation.
En 1980, il sort de l’ENA dans le peloton de tête et choisit l’Inspection générale des Finances. Depuis lors, les questions économiques et financières constitueront le fil rouge de sa carrière, que ce soit comme directeur de cabinet de Roger Fauroux, ministre de l’Industrie du gouvernement Rocard en 1988, ou encore comme directeur adjoint du cabinet de Lionel Jospin, Premier ministre, entre 1997 et 2000, ces dernières fonctions le conduisant à être plus particulièrement chargé des secteurs économiques et financiers.
En 2000, il accède à la direction du Trésor. Il y restera, car la nouvelle majorité issue des urnes après les élections présidentielles de 2002 lui renouvelle sa confiance. C’est dans ce poste, prestigieux s’il en est, qu’il se familiarise définitivement avec le monde des affaires, côtoyant les grands de l’industrie et les maîtres de la finance internationale. Président du Club de Paris, il devient le pilier des conférences internationales de renégociations des dettes publiques et s’inscrit dans le réseau des responsables financiers des pays du monde entier.
La “deuxième gauche”
Peu savent encore ce que signifiait dans les années 80 le terme de “deuxième gauche”. Mais on devine qu’il s’agit bien d’un courant de pensée entendant réconcilier conscience sociale et acceptation du marché. Il n’est donc pas étonnant, compte tenu de sa culture familiale et de son parcours que Jean-Pierre Jouyet se soit intégré assez vite dans les milieux de cette « deuxième gauche », en réalité sociale démocrate sur le modèle des socialismes des autres pays européens. En 1985, il est ainsi cofondateur, avec Jean Yves Le Drian, François Hollande et Jean Pierre Mignard, du très deloriste club de réflexion “Démocratie 2000”, puis du club “Témoins”.
L’Europe, l’Europe, l’Europe…
Après trois années passées au sein du ministère de l’Industrie, Jean Pierre Jouyet se tourne résolument vers l’Europe. Sur la recommandation de Martine Aubry, Jacques Delors, Président de la Commission européenne depuis 1985, l’appelle à le rejoindre en 1991. Directeur adjoint de son cabinet durant trois ans, puis Directeur de 1994 à 1995, cette expérience auprès de ce « Grand Président de la Commission » qui a laissé sa marque de rénovateur de l’Europe dans la lignée des Pères fondateurs, sera irremplaçable. Jean Pierre Jouyet acquiert une réputation sans faille d’Européen compétent et efficace. Le chantier de la construction européenne progresse alors de façon vertigineuse : entre la mise en œuvre du marché intérieur, la préparation de l’union économique et monétaire avec l’euro, et la préparation puis la ratification du traité de Maastricht sur l’Union européenne, l’Europe fait des pas de géant.
Alors que l’Europe semble encore, pour une majorité des hauts fonctionnaires et d’élites politiques françaises, une seconde priorité par rapport aux impératifs proprement nationaux, Jean Pierre Jouyet tire profit de sa présence au cœur de la mécanique européenne et aux côtés de Jacques Delors, pour tisser un réseau inégalé de correspondants européens. Il développe à Bruxelles une expertise à la fois politique et technique ainsi qu’une culture de la négociation et du compromis déterminante pour la suite de son parcours
Des passerelles entre le public et le “privé”.
Parce qu’il lui manquait une expérience dans le privé, Jean Pierre Jouyet saute le pas – un fait alors relativement rare pour un haut fonctionnaire déjà presque au fait de sa carrière. Il entre dans un cabinet d’avocat comme spécialiste en droit de la concurrence, le fleuron du droit communautaire.
Puis c’est le retour au centre de la machine gouvernementale. Après son passage au cabinet du Premier ministre Lionel Jospin à partir de 1997 aux lendemains de la dissolution de l’Assemblée ayant provoqué une alternance, il est nommé en 2000 au poste de Directeur du Trésor. Il y retrouve le ministère de l’Economie et des Finances où il avait commencé sa carrière. Là encore, c’est sa capacité à analyser les enjeux nationaux au prisme des défis européens qui lui permettront de s’illustrer dans la gestion de différents dossiers, dont celui du plan de sauvetage d’Alstom, défendu auprès de la Commission européenne. Il est remarqué par le Ministre des Finances, Nicolas Sarkozy, qui se souviendra plus tard de son efficacité et de sa connaissance des arcanes de la Commission européenne.
Ministre d’ouverture pour faire avancer l’Europe
Peu connu de grand public et n’ayant jamais exercé de mandat électif, les convictions de Jean Pierre Jouyet l’incitent à sortir de l’ombre lorsqu’en plein cœur de la campagne présidentielle de 2007, il cosigne le « manifeste des Gracques », un groupe anonyme de hauts fonctionnaires de gauche qui se positionne en faveur d’une évolution vers le centre. Jean-Pierre Jouyet aime en effet à dépasser les clivages. Ses compétences sont appréciées par les responsables politiques qu’il a servis quelle que soit leur place sur l’échiquier politique. C’est dans ce contexte qu’il dit avoir « franchi le Rubicon » pour rejoindre Nicolas Sarkozy. Il partage avec le Président de la République le souci de mettre en oeuvre les réformes qui moderniseront la France et lui permettront de reprendre pleinement sa place en Europe. Un ministre d’ouverture, cela fait toujours grincer certaines dents. Pour le Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, la justification de sa présence au gouvernement de François Fillon est évidente : « je suis là pour l’Europe », souligne-t-il.
Décembre 2007
Le secrétaire d’État aux Affaires européennes était l’invité des Rencontres du Cercle des Européens-L’Express. Au lendemain du Conseil européen de Lisbonne et de la signature officielle du Traité modificatif par les 27, Jean-Pierre Jouyet a commenté cette étape décisive ainsi que les autres grands dossiers à l’agenda européen.