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Parcours d’Européens

Le Cercle revient sur les parcours des grandes personnalités de la scène nationale, européenne et internationale afin de mettre en lumière la façon dont ils ont "rencontré l’Europe"

Hans-Gert Pöttering

Professeur en sciences politiques et militant au sein de la démocratie chrétienne allemande, Hans-Gert Pöttering se fait élire à seulement 31 ans député européen, l’année de la première élection du Parlement au suffrage universel direct, en 1979. Homme de consensus, il devient Président du Parlement européen le 1er janvier 2007, après 5 mandats consécutifs. Il est un cadre du groupe PPE-DE, qu’il a présidé durant 8 ans, mais également un cadre de la CDU.

L’emprunte de la Second guerre mondiale

Hans-Gert Pöttering est né à Bersenbrück en Basse Saxe, le 15 septembre 1945, soit quelques mois après la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, suite à la capitulation du régime nazi en Allemagne. La façon dont ce conflit a impacté la vie de Hans-Gert Pöttering ne se limite pas à une simple coïncidence de calendrier, puisque celui-ci n’a jamais connu son père, soldat de deuxième classe dans l’armée de terre, mort au combat en 1945. Incarnant par son destin personnel et son engagement politique, la réconciliation franco-allemande et le projet d’unification européenne, Hans-Gert Pöttering déclarait lors d’un discours prononcé le 11 mai 2005, au Parlement européen, dans le cadre de la commémoration du 60ème anniversaire de la fin de la Second Guerre mondiale : "La responsabilité du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale ne fait pas de doute : le régime national-socialiste illicite en Allemagne a attisé ses illusions raciales et ses revendications de pouvoir dans un enfer d’agression contre tous les autres peuples d’Europe. La tentative d’extermination des Juifs devait être le pire de ses crimes. (…) Les peuples d’Europe occidentale ont accompli un travail précieux, indispensable pour préparer ce jour. Ce qu’ils ont fait durera. La création de l’Union européenne, aux valeurs communes, centrée sur la dignité humaine, l’union supranationale dans une communauté libre avec ses propres lois contraignantes a été la réponse résultant de l’occasion offerte par la fin de la guerre. L’unification européenne est un projet de paix et de liberté."

Un universitaire, militant et figue de la démocratie chrétienne allemande

Officier de réserve après deux ans de service militaire, Hans-Gert Pöttering choisit la carrière académique. Il commence par des études de droit à l’université de Bonn puis de Genève, avant de rejoindre la prestigieuse université de Columbia, à New-York, en 1971. Diplômé d’Etat en droit, il obtient ensuite un doctorat de sciences politiques. Assistant universitaire, Professeur puis Professeur honoraire, il reste dans le milieu universitaire de 1976 à 1995. Il s’engage politiquement dès 1974 au sein de la Junge Union, l’organisation de jeunesse de la CDU et de la CSU et occupe le poste de Président de la section CDU de la communauté de communes de Bersenbrück (1974-1980) où il fait ses premières armes en tant que militant. Très vite il donne une orientation européenne à cet engagement puisqu’en 1976, il devient porte-parole pour la politique européenne de la Junge Union de Basse-Saxe. C’est seulement deux années plus tard et à 31 ans que Hans-Gert Pöttering se fait élire député européen (au sein du groupe du Parti populaire européen PPE), siège qu’il occupe depuis sans discontinuité. Il connait sur le plan national une ascension importante au sein du Parti chrétien démocrate (CDU) dont il est à l’heure actuelle l’une des grandes figures. Président de la CDU pour l’arrondissement d’Osnabrück depuis septembre 1990, il est aujourd’hui membre du Comité directeur et du Bureau fédéral du Parti chrétien démocrate. Malgré cette position, Hans-Gert Pöttering n’a jamais quitté son mandat de député européen pour une carrière nationale, voyant certainement dans l’édification européenne, un projet à la hauteur de ses convictions et dans le Parlement européen, une assemblé à la hauteur de son engagement pour la démocratie.

Député européen de 1979 à 2009 : un acteur des grandes réformes institutionnelles de l’UE, de l’affirmation progressive du Parlement européen et de l’élargissement historique de 2004

Hans-Gert Pöttering fait son entrée sur la scène européenne à un moment historique, celui de la première élection du Parlement européen au suffrage universel, en 1979. Depuis, il a accompagné toutes les grandes étapes de la construction européenne : du traité de Maastricht en 1992, qui suite à la chute du Mur de Berlin venait ancrer l’Allemagne réunifiée au sein de la nouvelle Union européenne et donner un prolongement politique à une union jusqu’alors essentiellement économique ; au traité d’Amsterdam de 1997, lors des négociations duquel il a joué un rôle important ; jusqu’à la Convention européenne et au projet de Traité constitutionnel, à propos duquel Hans-Gert Pöttering déclarait le 18 juin 2004, lors de sa signature par les chefs d’Etat et de gouvernement : "C’est un moment historique pour l’Europe (…) La Constitution européenne est le complément nécessaire à l’élargissement de l’UE du 1er mai dernier". Parmi ces grandes étapes de la construction européenne, c’est certainement dans la préparation du grand élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale, synonyme de la fin de la division de l’Europe, que Hans-Gert Pöttering s’est le plus impliqué, notamment en faisant avancer la réflexion au sein du PPE. "Si quelqu’un m’avait dit en 1979 que je ferais partie d’une communauté politique et d’un processus décisionnaire qui inclurait trois nations occupées à l’époque par l’Union soviétique (l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie) et qui comporterait des Etats membres du Traité de Varsovie tels que la Pologne, la Tchécoslovaquie (aujourd’hui la République Tchèque et la Slovaquie), la Hongrie et la Slovénie (appartenant à l’époque à la Yougoslavie), et que l’on m’avait dit qu’ils feraient un jour partie de l’Union européenne, et qu’en plus l’Allemagne serait un pays uni, je lui aurais répondu qu’il ne s’agissait là que d’un rêve", déclarait-il en 2008 au cour d’une interview.

Etant l’un des six plus anciens membres de l’hémicycle, Hans-Gert Pöttering a pris part à l’affirmation progressive du Parlement européen, devenu un acteur central du processus décisionnel : "En 1979, le Parlement européen était un organe purement consultatif. Pas à pas, il s’est battu pour acquérir de plus en plus de pouvoirs et est devenu de plus en plus conscient de sa responsabilité. Aujourd’hui il est puissant et à confiance en lui". Durant ces 30 ans, Hans-Gert Pöttering a contribué à faire avancer l’Europe par l’élaboration quotidienne de la législation communautaire au sein de différentes commissions, comme celle de l’agriculture et du développement rural (1995-1999), des libertés publiques et des affaires intérieures (1992-1995), des affaires économique, monétaire et de la politique industrielle (1990-1992) ou encore de la commission de la politique régionale et de l’aménagement du territoire (1984-1989). Hans-Gert Pöttering s’est tout particulièrement investi dans le domaine des affaires étrangères, en siégeant au sein de cette commission de 2002 à 2007 et en occupant la présidence de la sous-commission sécurité et désarmement de 1984 à 1994. Son travail et ses qualités de diplomate ont sans nul doute constitué un atout majeur lorsqu’il a brigué le poste de Président du Parlement européen, dont l’une des principales attributions est la représentation de l’institution sur la scène internationale.

Un homme de consensus

Hans-Gert Pöttering a été avant tout l’un des principaux acteurs de l’élaboration quotidienne du consensus entre les deux grands groupes politiques, véritable matrice de la logique de décision du Parlement européen. En tant que Président du groupe du Parti populaire européen (Démocrates-chrétiens) et des Démocrates européens (PPE-DE) de 1999 à 2007, c’est au sein notamment de la conférence des président qu’il a su s’affirmer comme un homme de consensus. "Il faut toujours essayer d’arriver à destination, à bon port, et dans la méthode il faut être flexible, et si vous voulez arriver à vos fins, à vos objectifs, c’est-à-dire dans votre comportement vous pouvez être modéré mais il faut savoir où on veut arriver (…) et pour moi la direction c’est une Europe communautaire", déclare-t-il à propos de sa propre méthode.

Président du Parlement européen

Compte tenu de son expérience et de ses qualités, reconnues par l’ensemble des députés, l’accession au poste de Président du Parlement européen de Hans-Gert Pöttering apparaît comme une consécration, tout en s’inscrivant dans le prolongement naturel de la carrière d’un député européen discret, qui a su à l’image de l’institution dans laquelle il siège depuis 30 ans, s’imposer de façon progressive mais certaine. C’est donc sans surprise qu’il est élu Président du Parlement européen, le 16 janvier 2007, à l’issue de premier tour, par 450 voix sur 689. Il remplace alors le socialiste espagnol, Josep Borrell, en vertu d’un accord passé au préalable entre le PPE et le groupe socialiste pour le partage de la présidence au cours de la législature 2004-2009.

C’est au nouveau Président du Parlement européen qu’il est revenu en mars 2008 , de présider la cérémonie du 50ème anniversaire du Parlement européen qui, le 19 mars 1958, tenait sa première réunion constitutive. Citant comme à son habitude l’un de ses modèles, Robert Schuman, premier Président de l’Assemblée européenne, il déclarait alors "L’Assemblée à un rôle essentiel à jouer dans le développement d’un esprit européen", tout en poursuivant par ses propres mots : "L’Union européenne est une communauté de valeurs. Nos institutions ne sont pas une fin en soi mais prolongent ces valeurs : la dignité humaine, les droits humains, la démocratie, le droit, le bien être économique et social (…) Si nous pouvons donner corps au respect mutuel, l’Union européenne et le Parlement européen – en tant qu’institution supranationale et directement élue – peuvent être un modèle pour la paix dans le monde".

Dans la bouche de Hans-Gert Pöttering, le dialogue interculturel, les droits humains et la paix dans le monde ne sonnent pas comme des mots creux. Défendant ces valeurs en tant que Président du groupe PPE puis du Parlement, il s’est rendu depuis 1999, dans tous les pays du bassin méditerranéen, du Proche et du Moyen-Orient. En mai 2007, lors de sa visite officielle en Israël, il prononçait un discours devant la Knesset où il appelait à un nouveau départ pour la paix dans la région. "Il y a cinquante ans, en Europe, d’anciens ennemis ont décidé de dépasser la défiance, pour ne pas dire la haine, qui existait entre eux, et de choisir au contraire la réconciliation", exhortant Israéliens et Palestiniens à suivre la voie de la pacification. Sur un autre terrain, celui des droits de l’homme, Hans-Gert Pöttering appelait en mars 2008 les dirigeants européens à boycotter la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin si la Chine ne mettait un terme à la répression au Tibet. "Nous voulons des Jeux réussis mais pas au prix du génocide culturel des Tibétains", déclarait-il avec conviction et courage.

Une présidence marquée par le non irlandais au Traité de Lisbonne et la crise financière et économique

Parmi les moments marquants qui ont jalonné la présidence de Hans-Gert Pöttering, il faut certainement mentionner le "non" irlandais au Traité de Lisbonne, le 12 juin 2008. On peut en effet mesurer la déconvenue de celui qui déclarait après le rejet français et néerlandais du Traité constitutionnel de 2005 qu’il faudrait ratifier "une nouvelle version de la Constitution", de celui qui avait soutenu les efforts de la présidence allemande au premier semestre 2007, pour remettre sur les rails cette réforme institutionnelle majeure, de celui qui avait fait de la ratification du Traité de Lisbonne la priorité de sa présidence et de celui qui enfin, déclarait à propos de ce traité qu’il marquerait "une contribution décisive pour faire de la démocratie et du parlementarisme dans l’Union européenne une réalité à tous les niveaux".

Comment enfin ne pas évoquer la crise financière et économique qui s’est propagée à l’Union européenne, à la fin de l’été 2008, alors que celle-ci se pensait jusque là relativement préservée des effets de la crise du crédit immobilier née aux Etats-Unis en août 2007. Devenue le principal enjeu de son mandat, cette crise confère à Hans-Gert Pöttering, en tant que Président du Parlement européen, organe supranational s’il en est, la lourde responsabilité de préserver la cohésion européenne, mise à mal par la crise. Alors que face aux menaces de faillites du système bancaire européen, les 27 sont parvenus à s’accorder sur un plan d’action commun lors du Conseil européen d’octobre 2008, sous Présidence française, la récession économique a mis en évidence le manque de coordination au sein de l’Union européenne. Les plans de relance présentés en ordre dispersé par chaque Etat membre, la tendance observée au repli national et à la tentation protectionniste, remettaient de plus en cause les fondements mêmes de l’Union européenne, en particulier du marché commun.
Percevant très tôt la nature des risques et des enjeux, Hans-Gert Pöttering déclarait dès octobre 2008 : "Je pense que la première leçon à tirer de cette crise financière, de la mondialisation du marché, c’est qu’aucun pays de l’Union européenne, aucun pays des 27 ne peut choisir sa propre voie . Ni la France, ni l’Allemagne, ni la Grande-Bretagne, ni l’Italie, ne peuvent faire chemin seuls. Donc il nous faut une position unie, et mon conseil c’est que nous devons avoir confiance en nous.". Outre cet appel à la confiance et à l’unité européenne, Hans-Gert Pöttering a pesé de toute son influence, vis-à-vis des chefs d’Etat et au sein même de son institution, pour un renforcement des procédures de supervision et de transparence du système bancaire. Un domaine dans lequel le Parlement européen a fait preuve durant ces derniers mois d’une formidable réactivité, poussant notamment une Commission jusque là réticente, à davantage réglementer les marchés financiers européens.

Si la crise souligne plus que jamais le besoin de renforcer l’intégration européenne, l’engagement politique de Hans-Gert Pöttering au sein du Parlement européen ne pouvait s’arrêter au terme de son mandat de Président. Celui-ci sera ainsi candidat pour la 6ème fois consécutive lors des prochaines élections européennes de juin 2009.

mars 2009