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Éditions Tallandier
Date de parution : novembre 2006
A l’heure des concentrations d’entreprises, pourquoi pas une fusion franco-italienne pour relancer la machine européenne ? Cette proposition est-elle provocation ? Pas tant que cela lorsque l’on voit le nouveau Président du Conseil italien, Romano Prodi, déployer toute son énergie pour marquer le retour de l’Italie comme acteur de poids sur la scène européenne et le faire en outre en manifestant un désir évident de rapprochement avec la France.
C’est l’idée que lance en tous les cas à la fin de son livre - « France-Italie. Coups de tête, coups de cœur » - le journaliste italien Alberto Toscano, correspondant depuis vingt ans à Paris pour plusieurs média de la Péninsule (presse écrite, radio et télé). Et d’expliquer : « Nous avons presque le même drapeau, que chacun de nous appelle tricolore ; nous nous définissons réciproquement comme transalpins, nous avons un patrimoine artistique et culturel de rêve, la beauté naturelle de nos territoires est époustouflante, nous aimons la cuisine, nous avons les meilleurs vins et fromages de la planète, nous sommes en train de racheter réciproquement nos villes mètre carré par mètre carré, nos entreprises sont de plus en plus liées entre elles et au moins un Français sur dix a des origines italiennes. Si les Martiens arrivaient sur la Terre au xxie siècle, où choisiraient-ils de s’établir pour avoir une vie paisible ? En France ou en Italie, bien sûr. Malgré nos différences, et peut-être à cause de celles-ci, nous nous aimons. Donc marions-nous. Faisons de notre mariage le début d’une nouvelle Europe. On pourrait créer un couple ouvert : un ménage à trois avec nos amis allemands ou à quatre avec les copains espagnols. »
Dans une Europe qui connaît l’une de ses passes les plus difficiles, l’idée d’un « noyau dur » à quatre (France, Italie, Allemagne et Espagne) est nouvelle. Est-elle la solution clé que permettra de surmonter la crise de l’intégration européenne ? Ce n’est pas certain, car on peut s’attendre à ce qu’une telle proposition soit mal ressentie par les autres pays de l’Union. Au moins a-t-elle le mérite de poser clairement la question d’une Europe à géométrie variable comme moyen de faire redémarrer le moteur de l’Europe.
Au-delà de cette proposition « pour lancer le débat », Toscano nous fait partager quelques observations sur les deux peuples. Avec humour, il décrit la France et l’Italie comme dans un « jeu de miroirs », celui de deux voisins proches aux mœurs contrastées. Par exemple, nous indique-t-il, Français et Italiens n’ont pas du tout la même façon de couper des tranches de jambon entre Parme et Bayonne ! Ils n’ont pas non plus la même manière de porter des chaussettes. Pour les Italiennes, un homme qui porte des chaussettes qui ne montent pas jusqu’aux genoux est le contraire de l’élégance, tandis que bien des Français portent sans complexes des chaussettes incroyablement courtes leur arrivant à peine à la cheville ! A côté de ces incursions dans l’intimité des hommes et des femmes des deux côtés des Alpes, Toscano nous invite à des réflexions plus profondes sur leurs mentalités respectives.
Pour lui, la principale différence qui existe entre la France et l’Italie réside dans la conception de l’Etat. L’Etat est conçu comme devant être fort dans une France encore centralisée alors que dans l’Italie très régionalisée, on admet/on souhaite qu’il soit faible. Cette faiblesse congénitale de l’Etat italien n’est pas spécialement favorable à la cohésion sociale et politique. Et d’ailleurs l’Etat suscite d’autant moins l’adhésion de la population qu’il est souvent obligé d’employer la manière forte pour faire respecter la loi. Par exemple, l’Italie a du créer un véritable corps militaire (la Guardia di Finanza) pour contraindre les contribuables à payer leurs impôts. En France, l’Etat est en principe puissant et respecté (pour combien de temps, quand on voit des sapeurs pompiers incendiant des cars de la gendarmerie !). Avec pour conséquence l’habitude prise par les citoyens de tout lui demander et par les corporations, appelées à participer à l’effort commun, de tout lui refuser. Toscano trouve dans les paroles d’une chanson à succès de Carla Bruni l’expression même de ce paradoxe : « Il faudrait que tout le monde réclame / auprès des autorités / une loi contre notre solitude / que personne ne soit oublié ! ». Pour le journaliste italien, la particularité des Français est leur perpétuelle attente de ce que l’Etat doit leur apporter, même le bonheur !
Pour Toscano, là réside la cause principale de la crise sociale et morale que connaît la France : celle du chômage et celle des banlieues. Qu’en est-il de la persistance du chômage en France ? Le droit au travail et le droit au logement sont, selon l’auteur, de beaux concepts. Mais un Etat démocratique est-il en mesure de les matérialiser à 100% ? Non. D’où les frustrations et une difficulté certaine à accepter l’économie de marché comme moteur de l’initiative individuelle. L’Italie a su favoriser la création de petites et moyennes entreprises particulièrement dynamiques, et donc créatrices d’emplois. La France n’offre pas les mêmes facilités aux entrepreneurs individuels. Toscano se réfère à une étude universitaire (publiée pendant l’été 2006 par le Figaro) révélatrice de la méfiance intrinsèque des Français vis-à-vis de l’économie de marché. Ce qui peut paraître étonnant soixante ans après la création du marché commun… Quant à la crise des banlieues, Toscano y voit le résultat d’une déception, celle des descendants des immigrés qui se sont battus à plusieurs reprises pour défendre la France. Les difficultés d’insertion dans la société auxquelles se heurtent ces jeunes Français les conduisent à rejeter les valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité, considérées comme autant de promesses non tenues. Crise des banlieues, histoire du colonialisme et vécu de l’immigration, pour l’auteur, tout s’entremêle.
Mais la France comme l’Italie ont les moyens de retrouver une nouvelle dynamique, qui ne peut être qu’européenne. Pour mieux comprendre les synergies entre les deux peuples, lisez donc l’ouvrage d’Alberto Toscano sur France-Italie, un match sans perdants, ni gagnants, un livre qui fait réfléchir et donc avancer.
Alberto Toscano, France-Italie. Coups de tête, Coups de coeur, Tallandier, Paris, 2006.