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3 juillet 2009
La Suède relève le défi
Avec comme slogan "la Suède relève le défi", cet Etat membre entré dans l’UE voici quelques 25 ans, annonce la couleur. Quand la Suède a pris les rênes de la Présidence de l’UE en 2001, l’Europe comportait 15 membres. Elle en a à présent 27 et les Européens vivent dans la crise. Les six mois de présidence – entre le 1er juillet et le 31 décembre 2009 – ne seront pas de tout repos. D’abord, le gouvernement suédois doit réveiller l’Europe. La Présidence tchèque au premier trimestre 2009 n’a pas été facile pour un pays affaibli par l’instabilité gouvernementale et par l’obstruction d’un Président de la République, Vaclav Klaus, dont l’euroscepticisme frôle l’opposition franche à la construction européenne. Les dirigeants tchèques ont eu de ce fait beaucoup de peine à s’imposer pour faire avancer les dossiers européens. C’est donc avec de fortes attentes que les capitales européennes et institutions communautaires mettent leurs espoirs dans la Suède, qui entame sa présidence de l’Union pour la deuxième fois depuis son adhésion en 1995.
A la tête d’une coalition de centre droit, arrivée au pouvoir en 2006, le jeune Premier ministre, d’à peine plus de quarante ans, Fredrik Reinfeld (Voir Fiche pays Suède), a une fenêtre d’opportunité pour affirmer sa stature internationale, à un an des élections législatives de septembre 2010. Dans un pays où les élites politiques et l’opinion publique penchent vers l’euroscepticisme, le Premier ministre a l’occasion d’atténuer cette réputation. N’a-t-il pas pris l’engagement en 2006 de donner à "la Suède une place claire et incontestée au cœur de la coopération européenne" ?
Fredrik Reinfeld a indiqué que la Présidence suédoise se concentrerait sur les dossiers économiques et climatiques. "L’Union européenne se trouve à un moment décisif de son histoire. Ensemble, nous devons gérer la crise économique et le chômage, mais nous devons également réunir tous les pays du monde pour lutter contre les changements climatiques. La présidence suédoise relève ces défis". Engagée depuis de nombreuses années dans le développement durable (la taxe sur le carbone existe en Suède depuis 1991), et faisant figure de modèle pour sa conjugaison d’une économie libérale et d’un welfare state bien géré et protecteur, la Suède incarne d’une certaine façon ce que les Européens recherchent à travers la Stratégie de Lisbonne.
Des finances saines et un marché de l’emploi performant
L’économie suédoise est frappée comme les autres de plein fouet par la crise et le taux de chômage, hier quasi inexistant, est en passe de dépasser à présent les 10%. Tout comme les Présidences française et tchèque, atténuer les effets de la crise financière et économique est naturellement en tête des priorités de la Présidence suédoise. Tout en s’en tenant au programme pour 18 mois de la troïka - avec la France et la République tchèque - la Suède veut s’attaquer plus particulièrement à la question du chômage et des déficits publics.
Après l’urgence des plans de sauvetage du secteur bancaire et des plans de relance, elle entend se situer dans une perspective de sortie de crise. Son programme de travail insiste ainsi sur "une bonne discipline budgétaire permettant un développement économique sain. Une question centrale consiste donc à discuter de la manière dont les Etats membres de l’UE peuvent rétablir l’ordre dans les finances publiques". L’"orthodoxie financière suédoise" s’explique par l’histoire récente du pays. Confronté à une sévère crise bancaire au début des années 90, dont la conséquence directe a été l’explosion des déficits et de la dette, le gouvernement suédois a d’abord nationalisé les banques, qu’il a privatisées ensuite pour son profit. Il a ensuite conduit une politique d’assainissement budgétaire aux résultats spectaculaires (de 11% de déficit public en plein cœur de la crise, la Suède est passée depuis ces dernières années un excédent budgétaire structurel de l’ordre de 2 % du PIB) sans pour autant renoncer au modèle suédois fondé en partie sur d’importantes prestations sociales. Bien que ne faisant pas partie de la zone Euro, la Suède respecte ainsi mieux les critères du pacte de stabilité que d’autres pays membres de la zone. En 2008, la dette publique de la Suède était de 38% (moyenne zone euro : 69,6% et UE27 : 61,5%), son déficit public de +2,5% (moyenne zone euro : -1,9% et UE27 : -2,3%) !
Face au ralentissement de l’économie, aux plans sociaux et aux licenciements, la Présidence veut contribuer au règlement du problème du chômage "tout en posant les bases pour un taux d’emploi élevé et durable sur le long terme". A l’image des solutions mises en place au niveau national ayant permis à la Suède d’afficher des taux d’activité record au sein de l’UE, la présidence privilégie la formation, la reconversion et la mobilité professionnelle pour gérer "la crise de l’emploi".
C’est en ce sens que la Présidence suédoise commence à réfléchir à la révision de la Stratégie de Lisbonne, prévue pour le printemps 2010 sous présidence espagnole, en mettant l’accent sur la croissance durable et le plein emploi. Refusant de considérer cette Stratégie comme un échec, la ministre des Affaires européennes, Cecilia Malmström, a souligné [1] que le problème résidait davantage dans l’écart entre les engagements pris au niveau européen et les réalisations effectives au niveau national. Dans la perspective d’une économie tournée vers la connaissance, l’objectif de consacrer 3% du PIB à la recherche et au développement est en effet très loin d’avoir été atteint dans l’ensemble des pays de l’UE, si ce n’est en Suède et en Finlande.
Cap sur Copenhague
Le hasard fait parfois bien les choses : c’est à la Suède, pays fortement impliqué dans le combat contre le réchauffement climatique, que revient de coordonner la participation des Etats membres à la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui se tiendra du 7 au 18 décembre 2009 à Copenhague. C’est à la Suède d’aider à la signature d’un nouveau traité mondial remplaçant le Protocole de Kyoto. Copenhague est incontestablement le grand rendez-vous de la Présidence suédoise. A l’issue de la deuxième réunion préparatoire qui se tenait à Bonn du 1er au 12 juin dans le cadre de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), aucune avancée majeure n’a pu être enregistrée, faisant ainsi craindre à un échec des négociations finales ou un accord à minima. La Suède a cependant réaffirmé sa volonté d’aboutir et de s’assurer de l’unité entre les pays de l’Union, tout en menant un dialogue constructif avec les autres pays industrialisés et les pays en développement. En adoptant le Paquet énergie climat en décembre 2008, l’Union européenne a voulu marquer son leadership.
Elle s’est ce faisant engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20% par rapport à leurs niveaux de 1990 pour 2020 et de 30% en cas d’accord international à Copenhague. Or, à ce stade des négociations, la moyenne des objectifs fixés par les pays industrialisés se situe seulement entre -8 et -15% [2]. Malgré les efforts du Président Obama pour faire adopter par le Congrès une loi sur le climat, les Etats-Unis ont déçu en ne proposant qu’un retour aux niveaux de GES de 1990. La Présidence suédoise veut montrer l’exemple en proposant une réduction de leur GES entre 25 et 40%, tout en soulignant que l’accord post Kyoto devrait inclure tous les pays du monde. Le ministre suédois de l’environnement, Andreas Carlgren, a précisé que la Présidence appuierait le passage d’un objectif de 20 à 30% pour l’UE afin de tirer vers les hauts les négociations.
Le financement des mesures de lutte contre le réchauffement climatique dans les pays en développement constitue l’autre principale pierre d’achoppement des négociations au niveau mondial. L’UE a repoussé, lors du dernier Ecofin, un accord sur la contribution financière de l’UE à l’adaptation dans ces pays. On peut craindre que – comme à l’OMC – ce soit l’opposition entre pays industrialisés et pays émergents qui constitue la menace majeure de nature à empêcher un accord final.
La Suède a très tôt pris en compte les nécessaires mutations liées au changement climatique et pourra certainement jouir auprès de ses partenaires européens et internationaux de son image de "pays du développement durable". En 2005, la ministre suédoise du Développement durable, Mona Sahlin, actuelle chef de file des sociaux-démocrates, annonçait l’ambition de la Suède de mettre fin à sa dépendance à l’égard des combustibles fossiles d’ici 2020 grâce au développement des énergies renouvelables (biomasse, hydraulique, géothermie, éolien, solaire). Dès les années 1970 et la crise pétrolière, le pays a en effet cherché à développer la contribution des énergies renouvelables au mix énergétique du pays, tout particulièrement dans les domaines du transport ou de l’habitat. En 2008, la part des énergies renouvelables atteignait 40% de la production énergétique totale. En mars 2009, le gouvernement suédois présentait "Une politique climatique et énergétique pour un futur durable", fixant au pays les objectifs à atteindre en 2020 : 40% de réduction de GES, au moins 50% d’énergie renouvelable, une amélioration de 20% de l’efficacité énergétique et au moins 10% d’énergie renouvelables dans le secteur des transports. Le gouvernement s’engageait de plus à accroître les investissements et les programmes de recherche sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables afin de "renforcer la compétitivité du pays et donner à la recherche et à l’économie suédoise un rôle leader dans la transition climatique globale". En associant objectifs environnementaux et objectifs économiques, la Suède donne un brillant exemple du potentiel que représente le développement durable pour la compétitivité et la croissance.
Stratégie pour la Mer Baltique
Après l’Union pour la Méditerranée lancée sous la Présidence française, et le Partenariat oriental lancé sous la présidence tchèque, la Suède souhaite également appuyer un projet de coopération régional à ses frontières à travers la "Stratégie pour la mer Baltique". Celle-ci, contrairement aux deux autres initiatives, s’inscrit davantage dans le cadre communautaire que dans celui de la politique de voisinage puisque huit des neufs pays qui bordent la Mer Baltique sont membres de l’UE. Le but est avant tout de lutter contre la pollution et l’épuisement des réserves halieutiques de la Mer Baltique, et de renforcer par ailleurs le potentiel de croissance de cette région à travers l’investissement dans la recherche, les infrastructures et les systèmes de transport.
L’appui à l’adhésion de la Turquie
Le dossier le plus délicat est certainement celui des négociations d’adhésion (ouvertes en 2005) avec la Turquie que la Suède appuie fortement. Huit chapitres sur 35 ont été gelés suite au refus de la Turquie d’ouvrir ses ports et aéroports aux navires et avions de Chypre. Au dernier jour de la Présidence tchèque, le chapitre sur la fiscalité a été ouvert, portant à onze le nombre de chapitres en cours de discussion. La France bloquant l’ouverture des chapitres les plus cruciaux, relatifs à la politique monétaire, régionale, à l’agriculture, aux dispositions budgétaires, et aux questions institutionnelles, il y a des chances que ce dossier crée des tensions entre la Suède et deux Etats membres : l’Allemagne et la France.
Le Premier ministre, Fredrik Reinfeldt a en effet affirmé son intention d’ouvrir de nouveaux chapitres d’adhésion. Tout en assurant qu’il chercherait, en tant que Président du Conseil européen, à être "un médiateur honnête" et à "trouver une solution acceptable par tout le monde", il a rappelé que, pour lui, le rapprochement avec la Turquie était d’"une importance stratégique pour l’UE". Pour autant, la visite de Nicolas Sarkozy du 3 juillet a permis déjà d’aplanir bien des divergences à ce sujet.
Deux autres dossiers concernant l’élargissement sont délicats pour la Présidence suédoise. D’une part, l’adhésion de la Croatie. Initialement prévue en 2010, elle est bloquée par le veto slovène pour cause de différend frontalier. D’autre part, les négociations avec la Macédoine. Elles sont elles aussi gelées du fait de l’opposition de la Grèce à la dénomination du pays, la Macédoine étant le nom historique d’une région grecque.
Le défi de la régulation financière
C’est peut-être le plus important. La Suède aura-t-elle la détermination de conduire à la mise en place d’une véritable régulation des marchés financiers. Certains acteurs de ce marché, tout comme le Commissaire au Marché intérieur, ne sont pas très allants sur la sujet. Ce sera notamment à la Présidence suédoise d’assurer la mise en place d’un superviseur bancaire, sinon unique au plan européen, au moins bien plus cohérent que la somme des nombreux régulateurs bancaires qui ne coordonnent pas bien leur contrôle.
La Présidence suédoise peut avoir à traiter des problèmes en urgence, comme ce fut le cas de la Présidence française avec la crise géorgienne et la crise financière. Ce qui est sûr, c’est qu’elle doit aider les Européens à surmonter la crise institutionnelle née du non irlandais au traité de Lisbonne, tout ceci sur fond de renouvellement des institutions et notamment de la Commission européenne dont le Président et les membres seront désignés pour octobre. Autant dire que la Présidence suédoise devra rester zen face dans le climat de grande effervescence qui s’annonce !
Pour approfondir :
Retrouver la vidéo de la conférence de presse commune entre le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le Premier ministre suédois, Président en exercice du Conseil, Fredrik Reinfeldt
[1] Entretien accordé à Euractiv.com, le 29 juin
[2] Selon les chiffres cités par Greenpeace