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Elu président de Chypre, le communiste Demetris Christofias porte l’espoir d’une réunification de l’île

24 février 2008

Demetris Christofias, chef du parti communiste chypriote (Akel) a remporté l’élection présidentielle avec 53,36% des voix face au candidat conservateur (parti Disy) et ancien ministre des Affaires étrangères, Ioannis Kasoulides, qui a obtenu 46,64% des voix. Les deux candidats, favorables à une reprise des négociations avec les chypriotes turcs, ont placé la question de la réunification de l’île au cœur de cette élection présidentielle. 6ème président de Chypre depuis son indépendance en 1960, Demetris Christofias devient le seul chef d’Etat communiste au sein de l’Union européenne.

L’élimination au premier tour du président sortant, Tassos Papadopoulos, pourtant donné favori par les sondages, avait constitué la grande surprise de cette élection présidentielle. Tandis que les deux autres candidats s’étaient engagés durant la campagne à reprendre les pourparlers sur la réunification de l’île, les électeurs chypriotes ont, lors de ce premier tour, clairement rejeté l’attitude intransigeante de Tassos Papadopoulos sur cette question. En 2004, peu avant l’entrée de Chypre dans l’UE, le Président Papadopoulos avait en effet encouragé les Chypriotes grecs à rejeter le plan de réunification proposé par l’ONU. Depuis lors, et compte tenu de cette hostilité à la réunification, le processus était resté dans l’impasse, laissant parfois craindre une division définitive de l’île. D’après de nombreux analystes, cette élection constituait donc la dernière chance pour réunifier l’île.

Depuis l’invasion turque de 1974, Chypre est divisée entre la partie Sud, la République de Chypre, reconnue par la Communauté internationale et Etat membre de l’UE, et la partie Nord de l’île, l’autoproclamée République turque de Chypre, reconnue uniquement par Ankara et occupée par les forces turques. Les Chypriotes turcs de la partie Nord de l’île n’ont pas le droit de vote mais pour la première fois, quelque 400 Chypriotes-turcs résidant au sud de l’île ont été autorisés à voter lors d’une présidentielle.

Demetris Christofias ©Commission européenneBien que le parti communiste avait également appelé à rejeter le plan de l’ONU, aux côtés de Tassos Papadopoulos, Demetris Christofias avait rompu avec la politique intransigeante du Président il y a un an. Dès son élection et ses premières déclarations, Demetris Christofias a tenu à adresser des signes positifs aux Chypriotes turcs de la partie Nord de l’île : « Je tends la main de l’amitié et de la coopération aux Chypriotes-turcs et à leurs dirigeants. Je les appelle à travailler avec nous pour le bien commun du peuple dans un climat de paix ». Le Président chypriote turc, Mehmet Ali Talat, a quant à lui félicité dimanche soir le nouveau président. L’élection de Demetris Christofias a été dans l’ensemble accueillie favorablement par les Chypriotes turcs dont le porte parole Hasan Ercakica déclarait : « Nous considérons cette élections comme une chance et nous espérons que les négociations commencent au plus vite, sans préliminaires inutiles ». Traditionnellement, le parti communiste entretien de bonnes relations avec les Chypriotes turcs. De plus, depuis 2005 et l’arrivée au pouvoir de la droite modérée dans la partie Nord de l’île, les conditions semblent favorables à une relance du processus de réunification.
La volonté de réconciliation et d’ouverture de Demetris Christofias a été immédiatement soutenue par son ancien rival, Ioannis Kasoulides, qui a assuré : « je me tiendrais à ses côtés pour une solution au problème chypriote ».

Premier dirigeant du parti communiste à être candidat à l’élection présidentielle, Demetris Christofias devient donc également le premier chef d’Etat communiste de l’Union européenne. Durant la campagne, le parti communiste réformé, Akel, a pourtant tenu a rassurer l’opinion publique en soulignant qu’il n’était pas un parti stalinien mais « socialiste-progressiste ». Hubert Faustmann, professeur de relations internationales à l’université de Nicosie, considère en effet ce parti comme un parti, "social-démocrate pragmatique". Theodore Couloumbis, vice-président de la Fondation hellénique pour la politique européenne et étrangère, souligne d’ailleurs que ce parti communiste est depuis des années, « un parti quasi capitaliste ». Elu Président de la Chambre des représentants en 2006, Demetris Christofias a été soutenu lors de cette élection présidentielle par les sociaux-démocrates du parti Edek. Durant la campagne, il a affirmé vouloir préserver l’économie de marché de Chypre.

S’agissant des questions européennes, Demetris Christofias a tenu à se défendre durant la campagne, de sa réputation d’eurosceptique. Au premier janvier dernier, il s’était opposé à l’adoption de l’Euro. Lors d’un débat avec son rival il a insisté sur le fait qu’il n’était pas eurosceptique, en ajoutant, « Je suis un « euro-combattant », je me bats pour les intérêts de Chypre au sein de l’Europe. Je ne dirai pas oui à tout ce que dit l’Union européenne ».
Député européen, groupe PPE-DE, Ioannis Kasoulides a quant a lui considérablement mis en avant son expérience d’eurodéputé lors de cette campagne. Il avait d’ailleurs reçu le soutien de Joseph Daul, Président du groupe PPE-DE au Parlement européen, qui l’avait qualifié de « grand Chypriote et de grand Européen ».
A l’image des déclarations du Président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso, encourageant vivement à saisir cette chance, le résultat de cette élection à Chypre marque avant tout pour les autorités européennes un immense espoir de mettre un terme à la division d’un Etat membre de l’UE ; division qui constitue une véritable « épine dans le pied » de l’idéologie d’unification portée par l’intégration européenne.