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Le Cercle revient sur les parcours des grandes personnalités de la scène nationale, européenne et internationale afin de mettre en lumière la façon dont ils ont "rencontré l’Europe"
L’excellence professionnelle
Claude Guéant a tout du produit de la grande méritocratie à la française : né en 1945 à Vimy dans le Pas-de-Calais, il fréquente les bancs de la fac de droit et de la rue Saint Guillaume, avant d’entrer à l’ENA en 1971. A sa sortie, il choisit le corps préfectoral, c’est-à-dire le service de l’Etat sur le terrain : directeur de cabinet du préfet du Finistère, puis secrétaire général de la Guadeloupe pour les affaires économiques (1974), il travaille ensuite auprès du préfet de la région Centre, puis au secrétariat général des préfectures de l´Hérault et des Hauts-de-Seine, avant d’être nommé Préfet des Hautes-Alpes en 1991, puis Préfet de la région Franche-Comté et du Doubs en 1998. Son ardeur au travail et la fine connaissance des dossiers territoriaux qu’il acquiert, l’installent ainsi au premier rang des préfets de France. Cette carrière préfectorale se double d’une première expérience au sein d’un cabinet ministériel ainsi que d’une forte spécialisation dans les questions de sécurité. C’est Charles Pasqua qui en fait son directeur adjoint de cabinet au ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire en 1993, avant de le nommer directeur général de la police nationale en 1994, poste qu’il occupera pendant 4 ans.
Au cœur de l’action gouvernementale
Sa rencontre avec Nicolas Sarkozy, va le placer durablement au coeur des rouages de l’Etat et de l’élaboration de la politique gouvernementale. Tout d’abord au sein du ministère de l’Intérieur, puis de l’Economie et des Finances avant de retourner à l’Intérieur, Claude Guéant occupe la fonction Directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy de 2002 à 2007, avant de s’engager avec lui dans l’aventure présidentielle. L’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République représente pour Claude Guéant le juste retour de son engagement sans faille au service de l’Etat et de celui avec lequel il parcourt toutes les étapes importantes de l’accession au pouvoir. L’homme que l’on présente parfois comme parfaitement impassible ne lâche t-il pas quelques larmes le jour où le nouveau Président franchit les grilles de l’Elysée ?
Le fait que le Président en ait fait son émissaire personnel avec son épouse Cecilia en Lybie lors de la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien est illustratif de la relation humaine et de confiance qui existe entre Nicolas Sarkozy et le Secrétaire général de l’Elysée. Claude Guéant incarne d’autant plus l’esprit de réforme du nouveau pouvoir qu’il a été chargé par Nicolas Sarkozy d’animer la réflexion sur "la révision générale des politiques publiques", l’un des chantiers majeurs du quinquennat.
Secrétaire général de la présidence de la République, Claude Guéant, peut affirmer à ce poste sa maîtrise des affaires publiques. Celui qui a réglé la mise en mouvement de la campagne, veille aujourd’hui à la mise en œuvre des engagements : réformes des régimes de retraite, loi sur l’autonomie des universités ou signature d’un nouveau traité institutionnel pour l’Europe, tous les projets gouvernementaux passent par lui. Principal collaborateur du Président de la République, il est la cheville ouvrière du travail interministériel et coordonne, au niveau de l’Elysée, l’action gouvernementale.
La transformation des pratiques politiques
A travers les illustres prédécesseurs de Claude Guéant au poste de secrétaire général de l’Elysée depuis 1958- parmi lesquels on peut citer, Michel Jobert, Edouard Balladur, Jean François-Poncet, Pierre Bérégovoy, Jean-Louis Bianco, Hubert Védrine ou encore Dominique de Villepin - se dessine une véritable spécificité du régime politique français. Avec l’équipe constituée autour de lui et son droit de regard sur l’action ministérielle définie par le Premier ministre dans le cadre fixé par le Président de la République, le Secrétaire général de l’Elysée occupe une place centrale dans le fonctionnement de la Vème République. S’inscrivant dans cette longue lignée, Claude Guéant n’est il cependant pas en train de transformer la fonction de Secrétaire général de l’Elysée ? Ses prises de paroles publiques, qui sont une innovation par rapport à la pratique antérieure, ne marque-t-il pas l’engagement quotidien de la fonction présidentielle dans la politique gouvernementale et la fin en quelque sorte de la théorie du « domaine réservé » établie dans les années 70 ? Au moment où les débats sur la réforme constitutionnelle s’orientent clairement vers une présidentialisation du régime politique français, ne doit-on pas lire dans la façon dont Claude Guéant habite cette fonction, les prémices d’une évolution constitutionnelle ?
Priorités nationales, priorités européennes et internationales
Cette évolution symbolise également un changement de contexte concrétisé par l’impossibilité de séparer nettement l’action extérieure de la politique intérieure, et singulièrement la politique européenne de la politique gouvernementale. Ce que symbolise également l’important renforcement de la cellule diplomatique de l’Elysée dirigée par Jean-David Levitte. C’est ainsi que Claude Guéant, tout en parlant des priorités de la France, évoque par là même les priorités européennes et internationales du pays. Le parcours de Claude Guéant est donc à l’image de l’évolution institutionnelle. Ce haut fonctionnaire de l’Etat, passé de la fonction de préfet, à celle de directeur de cabinet, puis de chef de campagne à celle de secrétaire général de l’Elysée, traverse les frontières entre le national et l’international ou l’européen, l’administratif et le politique. Interrogé sur son travail au secrétariat général, il répond sereinement mais avec passion : « Je participe ici à une vraie vie politique ».
Novembre 2007
Claude Guéant, Secrétaire général de la présidence de la République, était l’invité des Rencontres du Cercle des Européens - L’Express. A la veille de la présidence française de l’Union, il a souligné les quatre lignes forces de la politique européenne de la France.