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Afin de comprendre les enjeux de l’intégration européenne et nourrir le débat, le Cercle recueille le point de vue de responsables politiques et économiques ainsi que d’experts.
14 octobre 2009

Interview d’Elisabeth Morin-Chartier, Députée européenne (PPE) depuis 2007, réélue en juin 2009 dans la circonscription Ouest.
Membre et Vice-coordinatrice de la Commission de l’Emploi et des affaires sociales.
Membre suppléant et Vice-présidente de la Commission des Droits de la femme et de l’égalité des genres.
Alors que l’Union européenne fait face à la récession et que le taux de chômage atteint dans la zone euro son plus haut niveau depuis 1999, Elisabeth Morin-Chartier évoque son engagement pour la construction d’une Europe sociale qui plus que jamais se trouve au centre des attentes des citoyens et des priorités du nouveau Parlement européen.
Vous venez d’être nommée Vice-coordinatrice des députés PPE au sein de la Commission de l’Emploi et des affaires sociales. Pouvez-vous nous indiquer en quoi consiste ce poste clé, bien que peu connu du grand public ?
Le travail de Vice-coordonnatrice est important : je suis chargée de représenter mon groupe politique (le groupe du Parti Populaire Européen), lors des discussions relatives au déroulement du travail de commission : cela inclut l’attribution de rapports et d’avis au groupe. Je suis aussi chargée de travailler avec les rapporteurs pour coordonner la position du groupe sur chaque dossier. Nous sommes également les porte-paroles du groupe au Parlement et en dehors sur les dossiers que nous traitons. Notre rôle est très important car nous donnons la ligne politique du PPE à l’ensemble des députés de notre groupe politique dans les 27 Etats membres.
Vous siégez depuis 2007 au sein de cette Commission. Selon vous, les compétences limitées de l’UE en matière sociale, lui permettent-elles néanmoins de répondre aux attentes des citoyens en cette période de crise ?
La construction de l’Europe sociale, c’est mon engagement personnel. C’est aussi au niveau européen que l’on peut soutenir l’emploi dans la crise économique et défendre la convergence des droits entre les 27 Etats membres. Je suis personnellement très heureuse de participer à la construction de l’Europe sociale, c’est un vaste chantier qui correspond à mes idées. Nous devons faire avancer 27 pays à des niveaux de développement sociaux différents avec des écarts de protection très importants. L’Europe sociale ne peut se résumer à certains discours qui tendraient à faire croire aux citoyens que nous harmonisons vers le bas, c’est totalement faux, nous tirons vers le haut ceux qui sont le plus en retard tout en respectant les possibilités d’adaptation de l’Etat aux exigences de progrès social. A vouloir aller trop vite, nous pourrions créer plus de dégâts que de progrès. Mon travail, c’est désormais de faire avancer le droit conformément aux évolutions de la société, aux attentes et au mode de vie des citoyens
Prenons l’exemple du Fonds social européen (FSE) qui a été mobilisé pour répondre concrètement à la crise. Nous avons simplifié les critères d’attribution et accéléré le versement des avances pour que les États membres puissent accéder plus rapidement à une enveloppe pouvant atteindre 1,8 milliard d’euros. Cela a permis de renforcer rapidement, dans le cadre des stratégies de flexicurité, les plans d’activation, en particulier pour les personnes peu qualifiées, en prévoyant des conseils personnalisés, une formation/reconversion intensive des travailleurs et l’amélioration de leurs qualifications, des programmes d’apprentissage, des emplois subventionnés ainsi que des subventions au démarrage d’activités indépendantes et d’entreprises. Comme vous le voyez l’Europe et les Députés européens plus spécifiquement, agissent en faveur des citoyens européens.
En février dernier, vous avez été rapporteur (pour avis) du Plan européen pour la relance économique. Ce plan est-il suffisant ? A-t-il un réel impact ?
En premier lieu, je tiens à préciser que j’étais rapporteur sur le volet social du Plan européen de relance économique ; les mesures que j’ai précédemment citées, ont commencé à porter leurs fruits, même si les résultats ne sont pas encore très visibles. Nous avons mis en œuvre un plan de relance de 200 milliards d’euros qui est venu accompagner les plans de relances nationaux auquel nous allons encore ajouter 5 milliards d’ici la fin de l’année. La stabilité de la zone euro nous a permis de traverser cette crise sans dégâts irréversibles ; je regrette toutefois, que, sur le plan social encore trop d’entreprises et de travailleurs fassent les frais de l’inconscience des financiers qui ont spéculé sans raison garder.
L’effet positif de cette crise, c’est le réveil des politiques qui ont repris en main l’avenir de notre planète, je ne peux que me féliciter de l’impact de la présidence française de l’Union européenne, le Président de la République a redonné toute sa place au politique. L’Europe est aujourd’hui aux avants postes de le réforme financière du monde et impose des nouveaux modèles financiers comme on l’a vu lors de la dernière réunion du G20 ; sur ce dernier point l’entente franco-allemande est un atout formidable.
Comment interprétez-vous l’annulation du Sommet sur l’emploi en mai dernier, sous présidence tchèque, finalement réduit à une simple rencontre entre la présidence tchèque, la Commission et les partenaires sociaux ?
Annuler un tel sommet n’était pas de nature à donner un signal positif aux travailleurs. Cette faute incombe à la présidence tchèque qui est engluée dans ses propres problèmes de politique intérieure ; elle n’a pu donner la hauteur nécessaire à cette étape importante de dialogue social. Toutefois, je vous le répète une nouvelle fois, la construction de l’Europe sociale est affaire de patience et d’un travail permanent ; c’est ce sur quoi je suis engagée aujourd’hui.
Vous avez promu la révision du fonctionnement du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation. A quoi sert vraiment ce Fonds aux moyens limités ?
Voici un nouvel exemple d’action en faveur des travailleurs. Le Fonds d’ajustement à la mondialisation a été réorienté afin de pouvoir intervenir plus rapidement dans des secteurs stratégiques, soit pour cofinancer la formation et le placement des personnes licenciées soit pour garder sur le marché du travail les travailleurs qualifiés qui seront nécessaires lorsque l’économie commencera à se redresser.
Ce Fonds ne peut être regardé aux seuls moyens dont il dispose, mais comme un véritable levier d’action en faveur des travailleurs en situation difficile. Nous accompagnons aujourd’hui de nombreuses entreprises au bénéfice des employés et cela a permis de sauver des milliers d’emplois.
La stratégie de Lisbonne doit être révisée en 2010. Ses résultats sont médiocres et sa méthode peu probante. Est-elle vraiment amendable ? Si oui, comment l’améliorer notamment en ce qui concerne les objectifs sociaux et l’emploi ?
Je défends les objectifs de la stratégie de Lisbonne : aller vers la société de la connaissance, conforter l’employabilité des salariés par la Validation des Acquis de l’Expérience et la formation tout au long de la vie, veiller à l’intégration professionnelle pour assurer l’intégration sociale, soutenir la mobilité professionnelle et développer la compétitivité de l’Europe : les objectifs de la stratégie de Lisbonne doivent permettre à chacun l’intégration professionnelle seule garante de l’intégration sociale.
En eux mêmes les objectifs sont des objectifs justes mais pour être plus efficace la stratégie de Lisbonne doit s’imposer systématiquement à chaque niveau national et pour être encore plus efficace elle doit se décliner en objectifs opérationnels au niveau de chacune des régions d’Europe. C’est l’articulation des niveaux européens, nationaux et régionaux qui seule peut garantir l’atteinte des objectifs.
L’Europe a beaucoup fait en faveur de l’égalité hommes/femmes. Que reste-t-il à faire en ce sens, et quelles sont vos priorités en tant que Vice-présidente de la Commission droits de la femme et de l’égalité des genres ?
J’ai particulièrement à cœur de faire avancer les droits des femmes et l’égalité femme-homme, et tout spécialement de faire progresser la conciliation de la vie professionnelle et familiale. La réduction des différences de salaires entre les hommes et les femmes sera aussi une de mes préoccupations majeures. Je suis totalement investie dans cette commission.
L’Europe peine à sortir de la crise institutionnelle née du non français au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel. Le pas du traité de Lisbonne n’est pas encore franchi. Comment voyez-vous l’avenir de l’Europe en l’absence d’une vision commune entre les Etats ?
Sur ce dernier point, je ne partage pas votre analyse : Quand il y a volonté politique, l’Europe avance ! Si nous connaissons des difficultés politiques à la mise en œuvre, il y a malgré tout et depuis le vote en faveur du Traité de Lisbonne par les irlandais et la ratification par le président polonais une véritable opportunité de voir l’Europe démocratique avancer. Plus rien ne doit s’opposer à ce que les citoyens européens puissent bénéficier d’une Europe plus forte, plus démocratique, plus proche et plus efficace.
Quant à l’absence de vision commune, je ne la partage pas non plus : ne regardons pas la construction européenne avec un prisme franco-français ! La route est certes longue et semée d’embuches mais cela reste encore et pour longtemps le plus beau projet politique jamais mis en œuvre. Pour moi ce qui nous réunit aujourd’hui à 27, c’est la paix. Si nous n’avions pas eu l’Europe et une présidence française politiquement forte en été 2008, oui, nous pouvions retomber dans le syndrome de la guerre. Nous avons pu l’éviter grâce à l’Europe. De plus, j’ajoute que lorsque le couple franco-allemand fonctionne pleinement comme c’est le cas actuellement, l’Europe avance.
Directrice de recherche au Centre d’études européennes de Sciences Po et auteur d’un ouvrage sur "les gouvernements New Labour", Florence Faucher-King revient dans cette interview sur l’échec des négociations entre travaillistes et les libéraux-démocrates, suite aux législatives du 6 mai. Après une défaite historique des travaillistes, elle souligne le besoin de "reconstruire le parti" et de "reconquérir l’électorat de base". Si les bilan de Gordon Brown est indissociable de la crise, Florence Faucher-King examine plus généralement l’héritage de 13 années de gouvernement New Labour. Dans la perspective d’une réforme du mode de scrutin, elle met enfin en lumière une "désaffection croissante des Britanniques à l’égard du système politique".
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Professeur à l’Université de Bourgogne, spécialiste de la vie politique britannique et auteur d’un récent ouvrage sur le parti conservateur, Agnès Alexandre-Collier revient sur les résultats des élections législatives du 6 mai remportées par les Tories de David Cameron. Elle analyse l’accord de coalition signé avec les libéraux-démocrates et souligne les concessions faites par chacun concernant la réforme électorale et l’Europe. Face à la crise, elle considère que David Cameron aura beaucoup de mal à "concilier le discours sur le conservatisme compassionnel avec la réalité de la pratique du pouvoir". Ayant étudié les mutations internes au parti conservateur, elle met en lumière la radicalisation du discours eurosceptique des Tories.
21 mai 2010
Responsable politique européenne à l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, le Dr Stefan Seidendorf décrypte le comportement de la Chancelière Angela Merkel ainsi que les réactions de l’opinion publique allemande face à la crise grecque. Alors que le Parlement a adopté le plan d’aide à la Grèce le 7 mai, après de longues tergiversations, il souligne que la perte du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie par la CDU "semble confirmer les craintes d’Angela Merkel" tout en dénonçant une "campagne nationaliste d’une partie de la presse". Stefan Seidendorf examine également le recours déposé devant le Tribunal constitutionnel allemand contre l’aide à la Grèce. Il revient enfin sur le débat portant sur le modèle économique allemand.
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