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Après une victoire sans majorité des socialistes, José Socrates forme un gouvernement minoritaire

22 octobre 2009

Le Parti socialiste (PS) du Premier ministre sortant, José Socrates, a remporté les élections législatives du 27 septembre 2009 devant le Parti social-démocrate (PSD), principal parti d’opposition de droite, dirigé par Manuela Ferreira Leite. L’ancienne ministre des Finances du gouvernement de José Manuel Barroso (2002-2004), surnommée "la dame de fer", était la première femme à briguer le poste de Premier ministre. Dans un pays qui après une cure de rigueur se trouve frappé par la crise économique, la perte de voix enregistrée par les socialistes ainsi que le score historiquement bas réalisé par le PSD, profitent aux conservateurs du Parti populaire (PP) et à l’extrême gauche qui se place en position de force face aux socialistes. Faute de pouvoir trouver un accord de coalition avec la droite ou l’extrême gauche, José Socrates a annoncé le 22 octobre la formation d’un gouvernement minoritaire.

Cette élection a été marquée par une forte abstention. Avec 39,4%, il s’agit du plus fort taux enregistré au Portugal depuis le retour du pays à la démocratie en 1974.

Les socialistes perdent des voix, le centre droit au plus bas

Contrairement aux élections de 2005 qui avaient vu les socialistes portés triomphalement au pouvoir avec un score de 45%, le PS n’obtient pas cette fois la majorité absolue au Parlement. Il recueille 36,5% des suffrages (soit 96 sièges sur 230) contre 29% pour le PSD (soit 78 sièges), qui réalise un score quasi identique à celui de 2005, alors le plus faible depuis plus de vingt ans. Le PSD qui avait obtenu une large victoire lors des élections européennes de juin dernier (34% contre 28,5% contre le PS) pouvait pourtant espérer mieux, voire la victoire. Si en temps de crise, la carte du mécontentement populaire et du vote sanction à l’égard du gouvernement socialiste a pu fonctionner pour les européennes, le PSD n’a pas su lors de cette élection législative proposer de véritable alternative. Les électeurs portugais ont dans ce contexte préféré la stabilité, même si le refus d’accorder une nouvelle majorité absolue aux socialistes peut sonner comme un avertissement.

La crise économique impose à José Socrates de revoir ses priorités

La crise économique et le chômage étaient au centre de la campagne. Après une années 2008 marquée par une croissance nulle, la récession devrait atteindre 3,7% en 2009 et se poursuivre en 2010 (estimations à -0,8%). Le chômage, qui depuis 2005 avait déjà sensiblement augmenté (passant de 6,7% en 2004 à 8,1% en 2007) devrait quant à lui s’établir au dessus des 9% en 2009, soit son niveau le plus élevé depuis le milieu des années 80. Face à cette situation, les socialistes ont réorienté leurs priorités par rapport à leur premier mandat. Depuis 2005, le gouvernement de José Socrates a en effet conduit une politique de rigueur budgétaire et de réformes structurelles (retraite, marché du travail, fonction publique) qui bien qu’ayant très nettement permis de réduire les déficits, a soulevé des mécontentements et l’opposition des autres forces de gauche avant de se heurter en 2008, au nouveau contexte imposé par la crise. En 2009, le Premier ministre sortant présentait donc un programme recentré sur l’emploi, le social et sur une politique de grands travaux, parmi lesquels notamment la liaison TGV entre Lisbonne et Madrid, pour relancer l’économie. Fermement opposé à la construction de cette ligne ferroviaire, le PSD défendait quant à lui une politique de réduction des dépenses publiques et de relance par le secteur privé.

En forte progression, l’extrême-gauche se place en position de force vis-à-vis des socialistes

Face au revers du centre droit et à la reconduction sous condition des socialistes, les partis situés de part et d’autre des deux grandes formations ont gagné du terrain. A droite du PSD, le Parti populaire (PP), enregistre une nette progression et se positionne comme la troisième force politique du pays avec ses 10,4% et ses 21 sièges (+9 sièges).

Très critiques à l’égard des "dérives libérales" de la politique du gouvernement Socrates I, la coalition d’extrême gauche, Bloc de gauche, réalise 9,1% des voix et double son nombre d’élus dans la nouvelle assemblée (16 sièges). La coalition entre le Parti communiste et les Verts (CDU – Coalition démocratique unitaire) obtient quant à elle 8,6%, soit 15 sièges (1 de plus qu’en 2005). Pesant près de 18% des électeurs et comptant 25 sièges à l’Assemblée, ces deux formations se positionnent en alliés incontournables vis-à-vis des socialistes.

Au lendemain des élections, deux options se présentaient donc à José Socrates pour former son gouvernement : soit rester minoritaire soit constituer une coalition. Ayant annoncé sa volonté de discuter avec tous les partis, José Socrates déclarait "ne rien écarter", ajoutant :"Sans majorité absolue, il faut faire des compromis". Outre le refus de principe de la droite et de l’extrême gauche de participer à un gouvernement avec les socialistes, l’équation semblait toutefois fort compliquée pour le Premier ministre. D’un côté la formation d’une "grande coalition" avec le PSD, semblait peu probable car peu ancrée dans les mœurs politiques portugaises – ce cas de figure ne s’est produit qu’une seule fois entre 1983 et 1985 –, d’un autre côté la formation d’une coalition de gauche aurait été tout à fait inédite. Cette solution était toutefois plébiscitée par l’aile gauche du PS.

Un gouvernement minoritaire et le choix de la continuité aux postes clés

Faute d’accord avec la droite ou l’extrême gauche, José Socrates s’est résigné à former un gouvernement minoritaire. Dans des circonstances particulièrement difficiles, liées aux impératifs de redressement économique, de lutte contre le chômage et de maîtrise des finances publiques, José Socrates devra faire preuve d’habileté politique et de compromis pour aller au terme de son mandat. Son gouvernement sera en effet condamné à rechercher selon les projets de loi, le soutien de la droite ou de la gauche. La Présidente du PSD, Manuela Ferreira Leite, a donné le ton en déclarant : "c’est au PS qu’il revient de gouverner le pays et de faire les ajustements nécessaires pour que l’opposition, le PSD et tous les autres, prennent leurs décisions".

Dans ces circonstances, le Premier ministre a misé sur la continuité en renouvelant sa confiance à ses ministres sortants pour les portefeuilles clés. L’ancienne ministre du Travail, José Vieira da Silva, est ainsi nommée au ministère de l’Economie, tandis que Fernando Teixeira dos Santos conserve les Finances. Luis Amado qui avait occupé les devants de la scène lors de la Présidence portugais de l’Union européenne au second semestre 2007 est reconduit aux Affaires étrangères. Le portefeuille des Affaires parlementaires, qui s’annonce d’ores et déjà stratégique à été confié à Jorge Lacao, parlementaire chevronné, ancien président du groupe parlementaire PS et président de différentes commissions dont celle des Affaires constitutionnelles.

Dans son discours d’investiture prononcé le 26 octobre, José Socrates a présenté les grandes lignes de son programme gouvernemental : la croissance et l’emploi tout en poursuivant les réformes et en engageant la modernisation de l’économie et de la société. Conscient de sa situation politique, il a également appelé au "sens des responsabilités de toutes les forces parlementaires". "La stabilité est une valeur politique essentielle, pour attirer l’investissement et la confiance, pour parvenir à des accords sociaux et prendre des décisions de fond permettant de répondre efficacement à la crise économique", a-t-il ajouté.