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Après 9 mois de crise en Belgique, Yves Leterme prend la tête d’un nouveau gouvernement

20 mars 2008

Neuf mois après les élections législatives du 10 juin 2007 et une crise politique sans précédents, la Belgique s’est enfin dotée d’un gouvernement, le 20 mars 2008. C’est Yves Leterme, le leader du parti démocrate-chrétien flamand CD&V, vainqueur des dernières élections de juin, qui a été nommé Premier ministre. Il succède à Guy Verhofstadt au pouvoir depuis 1999, qui était resté à la tête d’un gouvernement intérimaire depuis le mois de décembre. Après moult péripéties, le Roi l’avait chargé de poser les bases d’un accord politique entre Flamands et francophone, dont les positions semblaient pourtant irréconciliables. Yves Leterme avait lui-même échoué à deux reprises, en juillet puis en novembre 2007 à former un gouvernement.

Fragilité du gouvernement d’Yves Leterme

Le 18 mars, après d’ultimes négociations, un accord politique sur le programme gouvernemental fut enfin trouvé entre les 5 partis du gouvernement de coalition d’Yves Leterme, soit : les libéraux francophones du MR, le Parti socialiste (PS), les francophones de centre droit du CDH, les libéraux flamands de l’Open VLD et le CD&V. Malgré ce qui sonne comme une heureuse nouvelle et le signe d’une volonté de réconciliation entre les deux communautés du pays, la plupart des commentateurs belges s’accordent pour souligner la fragilité, voire le manque de crédibilité du nouveau gouvernement. Les clivages entre communautés, mais aussi les divergences entre partis sont trop importantes : "Tous les éléments sont réunis pour faire de Leterme Ier le pire gouvernement de tous les temps", écrit l’éditorialiste flamand du Standaard. "Le règne d’Yves Leterme commence sous un ciel d’orage", note pour sa part le journal francophone Le Soir. Doit-on douter de la réalité de la sortie de crise de la Belgique ? Les sondages ne sont guère plus rassurants que les commentateurs de la presse, puisque 63% des Belges affirment ne pas faire confiance à leur nouveau gouvernement. Chacun sait que des difficultés surviendront au mois de juillet, lorsque sera abordée l’épineuse question de la réforme de l’Etat. Les quelques mois d’intérim de Guy Verhofstadt, chargé des affaires courantes à la tête du gouvernement, ont certes permis d’obtenir un premier accord sur la réforme des institutions (transfert très limité de compétences), mais les questions fondamentales ont été laissées en suspend et reportées au mois de juillet.

Un clivage entre Flamands et Wallons cristallisé autour de la reforme de l’Etat

Ce qui se joue derrière cette réforme de l’Etat, principale pierre d’achoppement entre Flamands et Wallons, c’est en réalité l’avenir de la Belgique comme Etat-nation. Les premiers réclament une plus grande autonomie des régions et des transferts radicaux de compétences (on parle même de la sécurité sociale, véritable ciment qui unit tous les citoyens de l’Etat belge), tandis que les seconds refusent de tels transferts qui signeraient, selon eux, l’éclatement de la Belgique.

Ce clivage entre Flamands et Wallons s’est creusé au fil du temps. Il trouve en grande partie son explication sur le terrain économique. Dominants autrefois la politique, mais aussi l’économie, les Wallons sont frappés par un chômage important ( 20%) et des difficultés à maintenir leur tissu industriel. La Flandre est devenue quant à elle une région riche et dont le développement se poursuit, ce qui explique la revendication d’autonomie des Flamands qui ne veulent plus, au nom de la solidarité nationale, contribuer à renflouer la communauté francophone à l’aide des ressources tirées de leur dynamisme économique. A l’inverse, les Wallons souhaitent voir l’Etat fédéral continuer à jouer son rôle de correction des écarts de développement entre le Nord et le Sud. Yves Leterme, bien que d’origine à la fois flamande et wallonne, avait fait de cette revendication d’autonomie de la Flandre, l’un de ses principaux thèmes de campagne. Ajouté à quelques dérapages (dont « l’incapacité intellectuelle » des francophones à apprendre le néerlandais), ces prises de position ont généré une grande méfiance de la part des francophones à l’égard du nouveau Premier ministre.

Autre enjeu : la région Bruxelles Capitale qui cristallise les tensions entre Flamands et francophones. Située en Flandres, mais peuplée à 80% de non néerlandophones, Bruxelles Capitale est la seule région bilingue du pays. Or il s’y mène une véritable guerre linguistique. Le vote du Parlement flamand de la région Bruxelles Capitale, en mai 2007, d’une loi visant à interdire toute traduction en français du nom des villes flamandes, des documents officiels et des panneaux routiers illustre l’intensité de ce conflit. Si les Flamands sont accusés de vouloir mener une politique de « purification linguistique », leur intention est en tous cas très claire : agir en faveur du « renforcement du caractère flamand de la Flandre ». Les tensions sont tout aussi vives dans les 6 régions de la périphérie de Bruxelles où s’applique un régime linguistique particulier. Les Flamands souhaiteraient en effet voir supprimer ces « facilités » qui permettent actuellement aux nombreux francophones de ces communes situées sur sol flamand, de faire usage du français dans leur rapports avec l’administration.

Incertitude quant à l’attitude des indépendantistes flamands

Devant de telles divisions, la marge de manœuvre du nouveau Premier ministre pour aboutir à un accord sur la réforme de l’Etat s’avère extrêmement ténue. Entre les pressions de son propre parti, le CD&V flamand, pour accentuer le fédéralisme et la résistance des Wallons à tout transfert important de pouvoirs de l’Etat vers les régions, Yves Leterme est presque condamné à s’assurer du soutien des indépendantistes flamands du NV-A (parti nationaliste modéré de la droite), avec qui il avait formé un cartel lors des élections fédérales de juin 2007. Toute réforme de l’Etat nécessitant la majorité des 2/3 à la Chambre des représentants, le vote des indépendantistes flamands sera en effet crucial pour permettre à Yves Leterme de parvenir à un accord. Or, le NV-A a déjà démontré qu’il défendrait ses positions avec vigueur et intransigeance en refusant d’enter au gouvernement sur le motif que les premières mesures de la réforme de l’Etat étaient insuffisantes et en menaçant de passer dans l’opposition faute de transferts de compétences plus conséquents. Rappelons que ce parti prône, à terme, l’indépendance de la Flandre.

Principales mesures du programme gouvernemental

Pour l’heure, le programme du gouvernement s’attache à des mesures d’ordre économique et social.
La réduction du chômage et la création de 200 000 emplois figurent parmi les priorités (baisse des charges patronales, augmentation du salaire minimum, pour doper le pouvoir d’achat, politique d’incitation au retour à l’emploi politique d’activation des chômeurs et des plus de 50 ans).
L’immigration a donné lieu à d’âpres négociations, notamment pour la définition des critères de régularisation des sans papiers.
Au plan social, une réforme des pensions de retraite est envisagée, le gouvernement voulant d’une part revaloriser les pensions et d’autre part réviser leur mode de calcul.
Une importante réforme de la fiscalité est également à l’agenda gouvernemental. Les partis ne sont toutefois pas encore parvenus à se mettre d’accord sur le véritable contenu de cette réforme, ni sur son financement.

Si la coalition de Yves Leterme semble donc fragile sur bien des points et si un accord entre Flamands et francophones sur la réforme de l’Etat en juillet, semble presque improbable, les élections régionales de 2009 constituent bien le prochain grand rendez vous que ce sont fixés tous les partis.