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Date de publication : novembre 2006
Editions du Rocher
Avec 93% des voix, Angela Merkel a été réélue à la présidence du parti chrétien-démocrate allemand (CDU). Cela s’est passé le 27 novembre 2006 au congrès de son parti. Ainsi, elle a fait mieux encore qu’en 2004 (88,4%) : un vrai triomphe.
Mais la presse rapporte en même temps que la Chancelière n’a pu empêcher la CDU de se diviser sur la question sociale. Et, dans les sondages, le parti n’obtient que 30% d’opinions favorables - ce qui est moins bon que le score de sa présidente.
Que faut-il donc penser d’Angela Merkel, personnalité qui pouvait sembler presque effacée, encore presque inconnue il y a quelques années, mais qui, l’an dernier, s’est hissée au premier rang de l’histoire de son pays et de la politique internationale, en devenant la première Chancelière de l’histoire allemande ?
En bon journaliste, Baudoin Bollaert, ancien rédacteur en chef au Figaro, a saisi l’occasion du premier anniversaire de sa prise de pouvoir pour brosser son portrait dans un ouvrage sobrement intitulé : “Angela Merkel”. Le style est vif et alerte et le livre - qui mêle d’ailleurs étroitement l’histoire politique allemande de ces quinze dernières années au portrait proprement dit - est fort bien documenté.
Ce que l’on retient de Merkel est contrasté. C’est un destin d’abord : l’histoire d’une jeune est-allemande (née à l’Ouest, elle a vécu à l’Est jusqu’à la chute du Mur) surdouée, (elle a fait de très brillantes études ce qui l’a conduit à devenir docteur en physique quantique), qui a bénéficié de circonstances exceptionnelles. Le Chancelier Helmut Kohl a besoin, après 1a réunification des deux Allemagnes, de promouvoir des femmes et des allemands venant de l’ex-RDA. Il la remarquera et il en fera une ministre. Mise en orbite politique, elle va poursuivre, au gouvernement puis dans l’opposition, une carrière météorique qui l’amène à conquérir le pouvoir dans son parti puis à la Chancellerie - sans presque avoir l’air de le vouloir. Au début, on la trouve parfois maladroite et on la croit fragile. C’est une femme, dans un pays où les femmes qui travaillent ont du mal à s’imposer, car il est entendu que leur principale vocation est d’être de bonnes mères de famille. Son manque de charisme, sa mise modeste, ses yeux clairs et son langage simple font qu’on l’imagine un peu naïve, peu dangereuse et sans grand avenir. Erreur complète ! Tenace, ambitieuse, vindicative, dotée d’une volonté de fer, elle écarte sans états d’âme ceux qui entravent - ou risquent d’entraver - sa route, Helmut Kohl compris. Réaliste, pragmatique, elle prêche la transparence, mais la méfiance dont elle fait souvent preuve en réalité relève presque de l’opacité.
Forcée de gouverner avec ses adversaires socialistes, dans le cadre d’une “grande coalition” que les élections de l’an dernier ont rendue inévitable, celle que le Chancelier Kohl avait naguère appelée “la gamine” ( un sobriquet que l’auteur se complait à reprendre un peu trop souvent), Angela Merkel ne peut encore être jugée complètement et équitablement : elle ne dirige l’Allemagne que depuis un an et bénéficie encore, en matière de réformes économiques et sociales, de l’élan donné par son prédécesseur Gerhard Schröder. Devant la nécessité de mettre en place certaines réformes impopulaires, elle est confrontée à une baisse de sa popularité. Les hasards du calendrier font qu’elle va exercer l’an prochain les présidences de l’Union européenne (au cours du premier semestre) et du G8 : une double responsabilité qui aura valeur de test.
Alain Dauvergne
Baudoin Bollaert, Angela Merkel, portrait, Editions du Rocher, Paris, 2006